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Boîte à surprises ou boîte de Pandore?

La popularité de Gabriel Nadeau-Dubois est-elle là pour rester? La stratégie du Parti québécois en dépend.
Photo d'archives, Maxime Deland La popularité de Gabriel Nadeau-Dubois est-elle là pour rester? La stratégie du Parti québécois en dépend.

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Selon un sondage Léger/Le Devoir publié samedi, l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois (GND) en politique fait mouche. Depuis janvier, Québec solidaire (QS) est passé de 9 à 14 % des intentions de vote. Chez les francophones, il bondit même de 9 à 17 %.

En plus de la popularité montante de Manon Massé et de milliers de nouveaux membres, ces gains majeurs de QS se font au détriment du Parti québécois. Toujours en tête chez les francophones, les appuis au PQ glissent de 36 % à 31 %.

Pour le chef péquiste Jean-François Lisée, la question est incontournable: l’«effet» GND est-il là pour rester? Si oui, une convergence ponctuelle des deux formations s’annonce plus essentielle que jamais à toute tentative de déloger les libéraux à l’élection du 1er octobre 2018.

Pour le PQ, la montée de QS complexifie encore plus la situation. Déjà grugé à sa droite par la CAQ et de plus en plus à sa gauche par QS, et s’étant privé du «ciment» de son option souverainiste, il doit aussi contenir une nouvelle chef du Bloc dont les flèches visent M. Lisée comme si la course à la chefferie n’était pas terminée.

Voyants jaunes

Dans un tel contexte, le dernier sondage Léger allume de sérieux voyants jaunes. Il le fait parce qu’il s’inscrit dans la même tendance lourde qui, depuis l’arrivée de la CAQ, explique le fameux «monopole libéral» du pouvoir. Cette tendance étant la division tenace du vote francophone.

Si l’«effet» GND s’avérait durable, cette division s’accentuerait jusqu’à l’absurde. Selon Léger, le vote francophone éclate en effet dans toutes les directions: 22 % vont aux libéraux, 31 % au PQ, 25 % à la CAQ et 17 % à QS. Or, même si l’électorat est volatil et que les campagnes accou­chent de résultats de plus en plus imprévisibles, il n’en reste pas moins ceci:

S’il n’y a ni convergence d’ici l’élection ni émergence pendant la campagne d’un parti capable à lui seul de s’imposer comme véritable solution de rechange au gouvernement Couillard, le «monopole libéral» pourrait se transformer en quasi-monarchie.

Cinq mandats ?

De fait, hormis pour une brève parenthèse sous Pauline Marois, une victoire des libéraux en 2018 marquerait leur cinquième mandat au pouvoir en 15 ans. Dans n’importe quelle démocratie, on s’inquiéterait de voir le même parti, quel qu’il soit, conserver aussi longtemps le contrôle des lois et de l’assiette au beurre des fonds publics.

Cette inquiétude sévit sûrement dans les rangs de QS. D’où l’importance pour ce parti de réfléchir non seulement à sa propre croissance, mais également aux conséquences néfastes d’un séjour prolongé au pouvoir d’un parti dont la vision néolibérale est aux antipodes de la sienne.

Pendant ce temps, 71 % des francophones, toutes origines confondues, souhaitent un changement de gouvernement. Boîte à surprises ou boîte de Pandore? La prochaine élection sonnera- t-elle ou non la fin du monopole libéral? La question de l’urne, comme on l’appelle, risque fort d’être celle-là.