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Le plongeon dans l’inconnu

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Le Comité sur le renseigne­ment du Congrès américain commençait hier ses audien­ces sur les possibles intru­sions de la Russie dans la campagne présidentielle. Personne ne sait où ces audiences vont aller.

Le Comité dispose de très peu de moyens. Il pourrait n’aboutir nulle part. À l’inverse, les accusations sont tellement graves qu’elles pourraient conduire au renvoi du président.

1 Quels sont les objectifs du comité ?

Démocrates et républicains ne partagent pas tout à fait les mêmes objec­tifs dans ce comité, bien que les uns et les autres soient inquiets d’une implication de la Russie dans l’élection. Pour les démocrates, il impor­te de savoir si Moscou a téléguidé les agissements de la campagne présidentielle de Trump. Ils avancent toute une série de coïncidences troublantes qui, de leur propre aveu, pourraient n’être que des coïncidences. Les républicains sont surtout intéressés par les fuites de renseignements au sein des services secrets. Pour eux, les journalistes qui ont publié ces renseignements ont commis un crime et ils devraient être traînés en cour.

2 Que pourrait-on découvrir ?

Le Comité sur le renseignement pourrait bien être en train de déterrer plusieurs scandales à la fois. Dans le pire des cas, la Russie ferait chanter le président américain. Des agents de renseignements américains pourraient avoir été mis sur écoute par les espions russes ou travailler pour eux. Des médias joueraient le jeu des Russes pour gonfler les tirages et les cotes d’écoute. Dans le meilleur des cas, il s’agit tout simplement de hasards.

3 Quelles sont les limites politiques des audiences ?

Ces audiences commencent avec deux travers. D’une part, le gouvernement américain se pose en victime de complots russes. Or, même si complot il y a, la réponse russe provenait de la volonté américaine de faire complètement basculer l’Ukraine dans son camp. Il ne sera probablement pas question de cet aspect de la politique américaine dans les audiences. Ensuite, républicains et démocrates ont toujours eu une attitude très négative face à la Russie. Pour reprendre les termes d’un des membres du comi­té, il existe «une lutte à finir» entre les démocraties et les régimes autoritaires. Admettons. Mais est-ce à dire que les États-Unis vont lâcher leurs petits copains d’Arabie saoudite, de Birmanie ou d’ailleurs, qui sont plutôt autoritaires? Bien entendu que non. La Russie est un bouc émissaire.

4 Pourquoi s’acharner contre la Russie ?

C’est ici que les audiences du Comit­é peuvent devenir très propagandistes. Trump et son équipe pensent que la Russie peut faire partie des solutions au Moyen-Orient, plutôt que de constituer seulement un problème. Mais la majorité des élus républicains et démocrates refusent cette analyse. Le Comité fait partie du bras de fer entre le président et le Congrès pour la définition de la politique étrangère. Que Trump sorte ou non blanchi de ce Comité, la Russie, elle, y perdra.