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À la prochaine...

opinions - caricature offerte à Michel Hébert pour sa retraite -
Caricature Ygreck

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On l’a annoncée et voici la dernière chronique avant la retraite.

J’imagine les applaudissements du conseil central et la joie qui se répand dans les bureaucraties qui font la gloire du Québec, surtout en hiver...

Mais, délégués de toutes allégeances, ne vous réjouissez pas trop vite, vous porterez le deuil de temps à autre...

J’ai reçu ces dernières semaines de nombreux témoignages d’affection de la part de lecteurs du Journal. Au supermarché, au garage, au dépanneur, et parfois même en marchant dans les rues enneigées de ma banlieue antarctique.

J’en profite donc pour paraphraser René Lévesque : «Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire à la prochaine...»

Alors, bonne nouvelle : j’aurai toujours un blogue. Ce sera mon hublot sur le monde, mon porte-voix sur le perron, mon essuie-glace contre la morosité...

Ce sera une occasion d’écrire librement à n’importe quelle heure de n’importe quel jour, et de n’importe où. Et de garder contact avec les lecteurs, ces milliers d’yeux invisibles si chers aux scribes. Ils ne sont pas tous des «fans finis» de ma personne, mais on ne peut pas toujours plaire aux autres et à soi-même...

Merci...

Écrire au Journal aura été un immense privilège et je vais donc l’étirer le plus longtemps possible, en format «numérique»...

Vous pourrez me lire quand l’actualité nous apprendra une nouvelle absurdité. N’est-ce pas ce que nous apprend le ministère des Transports ces jours-ci? Que l’incompétence relève de la métaphysique et que Kafka avait raison...

Le Québec étant, encore pour un temps, figé dans l’impuissance, il ne sert à rien de s’énerver. Mais le pessimisme et l’ironie demeurent essentiels à la santé mentale; on finira par les élever au rang de «valeurs québécoises». C’est le bonheur que je vous souhaite...

Pour moi, l’heure a sonné. Et je dis merci aux artisans que j’ai connus et appréciés. Toutes ces bonnes têtes de nouvelles, journalistes et cadres, jeunes et moins jeunes. Des amis inspirés et indulgents : Dany, Sébastien, George, Jean, etc.

Et pourquoi pas merci à PKP qui, après avoir favorisé la diversité des opinions dans ses journaux, aura été d’une droiture exemplaire durant son passage en politique.

Les Anges noirs...

Et je dis un lointain merci à ce prof du secondaire où mes parents m’ont raccroché deux fois plutôt qu’une. Un jour, il a fait circuler en classe une boîte de livres. J’y ai pigé Les Anges noirs en espérant savourer une histoire de motards.

Ce fut plutôt l’apprentissage ardu de la langue française: Mauriac et ses métaphores, les inversions et l’imparfait du subjonctif...

Ont suivi au fil des ans d’innombrables ouvrages qui se sont ensuite écoulés en millions de mots sur mon clavier. Lire avait finalement débouché sur le plaisir d’écrire. Cela me fut très utile.

Le temps a passé vite, si vite qu’il me faut maintenant le ralentir. C’est ce qui arrive, paraît-il, quand on prend sa retraite.

On dit aussi que partir, c’est mourir un peu. Alors donc je ne partirai pas vraiment, du moins pas tout de suite. À la prochaine...