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L'éducation physique, un incontournable?

L'éducation physique, un incontournable?

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Le printemps pointe le bout de son nez cette semaine. La cause de ce bonheur? J’ose espérer que je ne vous apprends rien : la Terre tourne autour du Soleil.

C’est un peu comme si je vous disais que la cigarette est mauvaise pour la santé ou encore que faire de l’activité physique est indispensable à votre bien-être général.

Dans notre société, il ne s’agit plus d’hypothèses, mais bien de certitudes.

D’ailleurs, vous avez sûrement remarqué que votre enfant a un cours d’éducation physique et à la santé (ÉPS) inscrit à son horaire. Tout au long de son parcours scolaire, cette matière obligatoire contribuera à son développement global et à sa réussite académique (Pagani, 2011).

Est-ce que tous les intervenants scolaires s’entendent sur l’importance de l’activité physique chez les jeunes?

En lisant le mémoire de la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ) pour une politique de la réussite éducative, rien n’est moins certain :

«Une étude de Morin et al. (2013) démontre que 69 % des écoles primaires et de 64 % à 69 % des écoles secondaires se conforment aux normes ministérielles en matière de temps accordé à l’ÉPS.»

Des incohérences troublantes au préscolaire

Au préscolaire, le ministère exige le développement d’une compétence spécifique chez nos jeunes : agir avec efficacité dans différents contextes sur le plan sensoriel et moteur (Compétence 1). Cette compétence inclut autant les actions de motricité fine (ex. : tenir des ciseaux) que globale (ex. : faire une roulade avant).

Difficile d’être en désaccord avec cette vision, car ces habiletés motrices         «... s’acquièrent dans les premières années de vie de l’enfant. Rigal et al. (2009) expliquent que la zone critique de développement des habiletés motrices fondamentales se situe de l’âge de 2 à 9 ans et est caractérisée par une phase importante entre 4 et 6 ans.»

J’imagine alors qu’un cours d’éducation physique est un incontournable pour développer la motricité globale des petits?

Pas vraiment. Selon la loi sur l’instruction publique, l’ÉPS n’existe pas au préscolaire!

S’il y a des périodes d’ÉPS à l’horaire de l’enfant, le temps alloué variera en fonction des décisions du conseil d’établissement de l’école. On parle ici, en moyenne, d’environ 30 minutes de cours par cycle de neuf jours.

Force est de constater que nous sommes à des années-lumière de l’avis de l’UNESCO et de la FÉÉPEQ qui recommandent d’offrir 150 minutes d’ÉPS de qualité par semaine.

Mais il y a plus...

À ma connaissance, la formation universitaire des étudiants au baccalauréat en éducation préscolaire et primaire (BEPP) ne comporte aucun cours sur l’activité physique.

Et curieusement, la planification, l’enseignement et l’évaluation de la fameuse compétence 1 appartiennent uniquement à l’enseignant titulaire de la classe du préscolaire. Contrairement à une certaine logique, ce n’est pas l’enseignant d’éducation physique qui est responsable de ce dossier.

De plus, même s’il dispense officiellement des cours d’ÉPS au préscolaire dans certaines écoles, l’enseignant d’éducation physique n’a pas l’obligation de donner un compte rendu de ses observations au titulaire d’un groupe.

Pour le moment, il est difficile de croire que personne ne travaille à l’amélioration de cette situation paradoxale dans nos écoles. Certes, quelques milieux ont décidé de se prendre en main, mais des spécialistes de la question commencent tout de même à s’impatienter devant tant d’incohérences de la part du ministère.

C’est le cas de Joël Beaulieu. Pour monsieur Beaulieu, éducateur physique de formation, ce dossier est d’une importance capitale. Cet expert en motricité, qui a entre autres travaillé pour le ministère de l’Éducation à titre de consultant-formateur en développement moteur, croit qu’il est grand temps de faire preuve d’un peu plus de rigueur pour le bien de nos petits.

Bref, un épais brouillard recouvre le monde du préscolaire :

  • Quel est le temps réel accordé à l’éducation physique?
  • Est-ce que le développement de tous les savoirs essentiels de la compétence 1 est adéquat? (particulièrement la motricité globale)
  • Est-ce que l’enseignant d’éducation physique pourrait avoir un mandat clair pour soutenir les titulaires du préscolaire?
  • Est-ce que l’évaluation de cette compétence est cohérente, rigoureuse et transparente?
  • Est-ce que la nouvelle politique en matière de réussite éducative viendra clarifier la situation?

En attendant les réponses à mes questions, vous pouvez tout même convaincre vos enfants de la réelle importance de l’éducation physique dans notre système scolaire.

Par contre, dans le but de ne pas briser les croyances de votre progéniture, j'ai une petite demande pour vous...

Est-il possible d’attendre le 18e anniversaire de votre enfant avant de lui confier que le cours d’éducation physique de 5e secondaire n’est pas obligatoire afin d’obtenir son diplôme d’études secondaires?

Une autre question de simple bon sens.