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Boston pour tous?

Des milliers de coureurs d’élite ­participeront au marathon de Boston lundi.
photo d’archives Des milliers de coureurs d’élite ­participeront au marathon de Boston lundi.

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La 121e édition du légendaire marathon de Boston se tiendra lundi. Gagner Boston est ­l’objectif de l’élite mondiale. Courir à Boston est l’objectif des coureurs à travers le monde. Quelles sont les chances de se tailler une place dans ce peloton prisé?

«J’estimerais à moins de 1 % la proportion des gens qui ont les qualités physiques requises pour se qualifier pour le marathon de Boston», dit d’emblée Guy Thibault, professeur en physiologie de l’exercice et directeur scientifique à l’Institut national du sport du Québec.

Il se veut ensuite rassurant: «Rares sont les personnes qui ont la forme pour courir un marathon tout court, mais parmi les marathoniens – et non les futurs ou nouveaux marathoniens –, tous peuvent contempler Boston.»

Résistance et endurance

C’est que l’effort exigé par un marathon est déjà astronomique. Le chercheur Juan Del Coso a établi dans une recherche récente que chaque jambe subit une charge équivalant à 1,5 à 3 fois le poids du corps... 30 000 fois pendant un marathon. Cela peut créer un dommage évident si la préparation n’est pas adéquate. L’étude met en évidence la génétique comme facteur critique influençant la «solidité» du corps envers les demandes d’un marathon. Bref, a-t-on la machine assez solide pour rêver à cette course?

Et là, on ne parle même pas encore de performance! Sans surprise, la génétique y joue aussi le premier rôle.

«On naît marathonien et on naît sprinter, résume Guy Thibault. Les muscles sont composés de fibres lentes et de fibres rapides. Cela a été confirmé par des biopsies: les sprinters possèdent des fibres rapides en nombre supérieur, les marathoniens, des fibres lentes.»

Si on n’a pas suffisamment de fibres lentes, on est nettement désavantagé sur la longue distance.

Mais une performance suffisante pour courir Boston est-elle accessible? Guy Thibault se fait encourageant.

«Probablement. L’endurance, c’est l’aptitude à maintenir un haut pourcentage du VO2max pendant un laps de temps donné. Certains marathoniens réussissent à courir 42,195 km jusqu’à 85 % de leur VO2max, alors que d’autres, à cause d’une endurance moins élevée, n’atteignent même pas 75 %.»

Il ne faut pas non plus nier la composante psychologique de l’endurance: est-on de ceux qui ont envie de pousser?

Vitesse, réactivité et efficacité

On a tous un VO2max – c’est-à-dire une consommation maximale d’oxygène – de départ qui a été influencé par nos habitudes de vie. Le but du jeu pour aller à Boston, c’est d’augmenter cette valeur à un niveau qui nous confirme, plus ou moins, qu’on a les ­aptitudes aérobies nécessaires pour entreprendre ce défi physique.

Quel travail devra-t-on abattre pour développer cette forme physique? Alors là, la génétique nous remet encore la réalité en pleine face. Notre réponse à l’entraînement, notre «entraînabilité», est inscrite dans nos gènes. Deux athlètes peuvent suivre le même plan d’entraînement, manger la même chose, dormir autant, et l’un des deux peut s’améliorer beaucoup, alors que l’autre, à peine. Injuste, c’est vrai.

À cela s’ajoute l’efficacité de la foulée. Qu’est-ce qu’on fait de cette forme? Se propulse-t-on efficacement vers l’avant ou gaspille-t-on notre énergie ici et là? Fait intéressant, l’analyse visuelle de la foulée ne nous dit strictement rien sur notre efficience.

«Il a été prouvé qu’il n’y a aucun lien entre l’allure globale de la foulée et son efficacité. On peut avoir une belle foulée inefficace, et une foulée, loin d’être fluide en apparence, tout à fait efficace», dit Guy Thibault. Le chercheur précise que l’analyse de la foulée est toutefois un outil utile pour limiter les blessures.

On ne peut pas grand-chose sur notre endurance, sur notre potentiel d’amélioration, sur la solidité de notre corps à supporter l’entraînement... peut-on quand même rêver à Boston?

«Tout à fait, rassure Guy Thibault. Certaines personnes semblent avoir moins de possibilités de réussir pour diverses raisons, et elles y arrivent avec beaucoup de volonté, et peut-être un peu de chance.»

«Il faut toutefois se laisser le temps, parfois des années. De toute façon, comme dans bien des choses, ce n’est pas l’aboutissement en soi qui est si important, mais le chemin pour s’y rendre. Boston est un bel objectif ­motivant pour les marathoniens ­d’expérience», conclut le chercheur.