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Les inspecteurs de plus en plus victimes d’intimidation

Les restaurateurs et les producteurs s’en prennent à la police de l’alimentation

Saisie chiens et chats
Photo d'archives, Agence QMI Saisie de 224 animaux qui vivaient dans des conditions d’insalubrité dans une usine à chiots en mai 2014 à Bonsecours, en Estrie. L’opération a été réalisée par la Société protectrice des animaux (SPA) de l’Estrie, en collaboration avec le MAPAQ.

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L’une a été menacée avec un «rack en métal», l’autre a dû se cacher dans une chambre froide pour appeler la police. Les cas de violence et d’intimidation envers les inspecteurs du ministère de l’Alimentation atteignent des sommets cette année.

Le MAPAQ dénombre déjà 90 incidents en 2016-2017, alors qu’on en comptait au maximum 65 au cours des cinq dernières années.

Des inspecteurs ont maintenant mis au point des trucs pour se protéger.

«Je stationne toujours mon auto de reculons pour pouvoir partir plus vite [en cas d’incident]», mentionne une inspectrice du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, qui préfère taire son nom pour ne pas subir de représailles.

Le Journal publiait en novembre un article sur les inspecteurs spécialisés en santé animale, qui se font souvent insulter ou intimider. Or, la situation est généralisée à tous les types d’inspection du MAPAQ, a-t-on pu constater en parcourant la centaine de rapports d’incidents des deux dernières années. Même qu’en 2016-2017, le nombre d’incidents est plus élevé dans les restaurants et épiceries.

Uniforme demandé

«On ne sait jamais sur quoi on va tomber», explique l’inspectrice, qui fait tou­tes sortes de visites, non seulement en santé animale, mais aussi dans les abattoirs et les restaurants.

«On est un peu la police de l’alimentation et du bien-être animal», ajoute celle qui n’a toutefois pas l’impression d’avoir droit au même respect que les policiers.

En 2016, un propriétaire de chevaux a brandi un «rack en métal» et a tenté d’ouvrir la portière de la voiture de l’inspectrice quand elle essayait de s’enfuir. En 2014, un inspecteur a dû se cacher dans la chambre froide d’un abattoir.

«Au nombre d’événements, [la violence et l’intimidation sont] une plaie. [...] Déjà, un uniforme ferait une différence», dit Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique du Québec.

Il affirme avoir suggéré cette solution à l’employeur il y a quelques années, mais que rien n’a bougé. Le MAPAQ indique ne pas avoir l’intention d’implanter un uniforme, mais rappelle que des sarraus ou des dossards identifiés sont portés lors de certaines inspections.

Retour sur les lieux

Les inspecteurs sont appelés à retourner plusieurs fois sur des lieux où ils ont déjà été menacés. Résultat, le syndicat observe de plus en plus de cas de détres­se chez eux, dit M. Daigle.

Il estime que le consommateur est lui aussi perdant. Un inspecteur qui craint pour sa sécurité ne peut pas être aussi minutieux que d’habitude.

«Ultimement, c’est la sécurité du public qui est en jeu.»

De son côté, le MAPAQ dit avoir une politique de tolérance zéro envers les gestes agressifs. Si le propriétaire du commerce ne corrige pas son attitude, des mesures peuvent être prises, comme l’envoi d’un inspecteur accompagné d’un policier, ou encore le dépôt d’une plainte à la police en cas de voie de fait.

INCIDENTS RAPPORTÉS PAR LES INSPECTEURS

  • 2016-2017 : 90*
  • 2015-2016 : 56
  • 2014-2015 : 65
  • 2013-2014 : 56
  • 2012-2013 : 55

*En date du 24 février 2017. L’année se termine le 31 mars.

Source : MAPAQ

Extraits des rapports

Abattoirs

«Un employé a lancé les viscères éclatés contre la paroi de la chute des viscères de façon à ce que je reçoive le contenu sur le dos, le casque, le sarrau et mes bottes.»

«[Le producteur de porcs] va et vient dans le stationnement et frappe ma voiture de fonction à plusieurs reprises à coups de pied. [...] À ce moment, l’exploitant entre dans le local de coupe et me tend le téléphone sans fil en me disant: “Cache-toi, ne reste pas là! Va dans la chambre froide.” Je continue la communication [avec la poli­ce] à partir du sans-fil.»

Fermes

«Monsieur continue de me suivre et se penche pour ramasser un rack en métal ressemblant à un traction aid et se dirige d’un pas vif vers moi en brandissant l’objet dans les airs en continuant de me crier après. J’embar­que très rapidement dans ma voiture, mais monsieur ouvre la porte côté conducteur. [...] Je cherche mes clés pendant ce qui me semble une éternité et je suis convaincu que monsieur va briser la vitre de la porte.»

«Il me dit: “Je vais installer un piège pour que la prochaine personne qui vient fouiner sur ma terre ne ressorte pas vivante d’ici.’’ [...] Il met ses mains dans ses poches et sort un couteau rétractable qu’il garde fermé dans les mains.»

Restaurants et épiceries

«Lorsque je suis arrivé en arrière dans le stationnement, [le responsable] était en train de photographier la plaque d’immatriculation de mon auto. Je lui ai demandé ce qu’il faisait et il m’a répondu: “Tu verras...”»

«J’ai expliqué que je devais prendre le permis, car il n’était pas à eux. La dame me l’arrache des mains en me griffant.»

«Il m’a suivi et, du coin de l’œil, j’ai aperçu qu’il levait sa jambe pour se donner un élan pour me donner un coup de pied. Alors je lui ai dit: “Wow! [...] Vous voulez me kicker’’ et lui de répondre: “Oui, je veux que tu décalisses.”»