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La vraie question pour la FTQ

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Il fallait s’y attendre: la FTQ-Construction préférerait ne pas voir de bénévoles participer à des travaux d’amélioration dans les écoles. Au fond, on comprendra que, lorsque la CCQ a débarqué à l’école de Saint-Sébastien pour interrompre l’effort de peinture des parents, le grand syndicat riait dans sa barbe.

D’une façon, la Commission de la construction du Québec agissait comme bras protecteur des intérêts syndicaux. Les syndiqués veulent protéger leur exclusivité sur certains travaux. Si personne d’autre dans la société n’a le droit de toucher à cela, les syndiqués détenteurs de cartes s’assurent beaucoup de travail et, de surcroît, cette rareté­­ met une pression à la hausse sur le tarif horaire.

La FTQ pose une question: est-il sain que des bénévoles fassent des travaux dans des bâtiments publics? À celle-là, je réponds oui. Les écoles appartiennent à la communauté: tant mieux si les citoyens se l’approprient et veulent en faire un plus beau milieu de vie. Je refuse de croire que nous en sommes rendus au point d’interdire­­ le bénévolat au nom d’une protection syndicale.

Système désuet?

Une fois le débat lancé, je serais tenté de poser une autre question à la FTQ. Tout ce système de cartes de compétence est-il encore d’actua­lité en 2017? Ce système est-il vraiment voué à la protection du public ou est-il devenu un mécanisme de protection? En fermant la porte à de nouveaux joueurs qui voudraient gagner leur vie dans la construction.

Comme c’est le cas dans bien d’autres domaines, le modèle québécois dans la construction est assez unique. Le Québec a l’industrie de la construction la plus réglementée et la plus cloisonnée. Un tel système n’existe dans aucune autre province canadienne. Et pourtant, elles construisent... plus que nous. Et leurs bâtiments ne tombent pas.

Par exemple, en Ontario, il n’y a que six métiers de la construction qui requièrent une certification obligatoire. Ce sont des métiers spécia­lisés et critiques du point de vue de la sécurité d’un bâtiment. Au Québec, le système prévoit 26 métiers entièrement réglementés.

Plus cher au Québec

Il y a quelques années, l’Institut­­ économique de Montréal s’est penché sur les conséquences du cloisonnement des métiers. Il faut plus de main-d’œuvre pour réaliser le même ouvrage. La concurrence est réduite. Les pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers sont amplifiées par le système.

En somme, tous ces facteurs mettent une pression à la hausse­­ sur les coûts de construction. Bâtir au Québec coûte plus cher qu’ailleurs. Une mauvaise chose pour l’économie, dont les effets pervers affectent­­ tous les secteurs. En fin de compte, les consom­mateurs paient plus cher.

Les entrepreneurs vivent aussi leurs frustrations. Le restaurateur qui investit dans son nouveau local sera sous surveillance si son beau-frère vient l’aider un samedi après-midi à repeindre l’endroit. Il n’a pas ses cartes!

Le gouvernement doit autoriser par règlement le béné­volat la semaine prochaine. Si la FTQ a vraiment le goût d’élargir le débat, qu’elle le dise­­. S’ils entendent les moins de trente ans défendre la libéralisation sous UBER, ils devraient­­ s’inquiéter pour leur système de cartes...