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Arrière, parents!

Nettoyage École / 11-06-11
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Il y a des petites histoires qui nous en apprennent beaucoup sur le monde comme il ne va pas. Je vous en raconte une, mais vous en avez probablement entendu parler. Elle parle de parents et de pots de peinture.

Je rappelle les événements: dans une école québécoise normale, c’est-à-dire une école décomposée et dans un état qui ferait honte dans n’importe quelle société évoluée, des parents catastrophés ont décidé de prendre les choses en main.

Ils ont décidé de repeindre les murs. On appelle ça des gens qui prennent en main leur communauté et décident d’agir eux-mêmes avant d’attendre une aide extérieure.

Peinture

C’est l’esprit de solidarité dans ce qu’il a de mieux. On améliore le monde un coup de pinceau à la fois, un mur à la fois, une école à la fois.

Mais un instant! Était-ce permis? Non! Scandale! La CCQ est intervenue sur les lieux pour empêcher la chose! Arrière, bénévoles! Dehors, parents! Dégagez le terrain!

Et elle a reçu ces jours-ci l’appui de la FTQ-Construction.

Cette dernière nous met en garde: les parents pourraient utiliser des matériaux indésirables et ainsi compromettre la sécurité des enfants.

Elle laisse même entendre que si jamais des enfants périssaient dans un accident, les parents devraient peut-être un peu se blâmer: la chose ne serait pas arrivée si les travaux de peinture avaient été confiés à des professionnels.

On se frotte les yeux. On se pince. On se gifle. On se verserait même un seau d’eau glacée sur la tête. Pour se réveiller. Parce qu’on ne veut pas y croire.

Est-ce que la FTQ-Construction sort vraiment des arguments bidon pour camoufler la défense grossière du corporatisme syndical? La réponse est oui.

Je n’ai jamais versé dans l’antisyndicalisme. Les syndicats ont bien des défauts, mais ils sont essentiels.

Ils permettent aux travailleurs de se rassembler, de faire valoir leurs droits. Ils représentent une forme essentielle de la solidarité, surtout dans un monde où le capitalisme a perdu la tête.

Rien ne sert de les dénoncer à répétition comme c’est l’habitude d’une certaine droite.

Mais les syndicats devraient s’aider un peu. S’ils représentent une part importante de la solidarité, ils n’en ont pas le monopole.

Ils ne devraient pas empêcher des citoyens ordinaires de se rassembler le temps d’une tâche commune, surtout quand elle concerne une institution aussi essentielle et élémentaire que l’école.

Ils ne devraient pas, autrement dit, faire obstacle à la solidarité spontanée d’une communauté.

Solidarité

J’ajouterais que dans nos sociétés ravagées par un individualisme qui pousse chacun à se replier dans son cocon, de telles initiatives sont vitales.

Elles recréent du lien social et contribuent à reconstruire nos communautés émiettées. Elles redonnent envie aux gens d’aider leurs voisins.

Il y a un certain paradoxe à voir les gardiens officiels de la solidarité s’offusquer de telles initiatives.

Et on comprend dès lors pourquoi le commun des mortels devient perplexe devant les luttes syndicales.