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Au-delà de la gauche et de la droite

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Comme le référendum sur Brexit et l’élection de Donald Trump, l’élection présidentielle française dont le premier tour se jouera dimanche bouscule les représentations traditionnelles des choix politiques.

Si Marine Le Pen et Emmanuel Macron passent au second tour comme prévu, ce sera la première fois dans la cinquième République que s’opposeront deux candidats situés en-dehors de l’axe gauche-droite des partis traditionnels. C’était aussi le cas, avec quelques nuances, lors des deux grands chocs politiques de 2016.

Les limites de l’axe gauche-droite

Ni en France ni ailleurs n’a-t-on complètement abandonné les distinctions entre l’interventionnisme et le marché, la solidarité sociale et l’individualisme, ou les autres contrastes entre la droite et la gauche.

Ces distinctions demeurent, mais leur déclin relatif peut mener à remettre en question la pérennité de l’axe conventionnel.

« En haut » et « en bas »

La montée du populisme fait associer le nouveau jeu politique à une lutte entre les «élites», qui dominent aussi bien avec la droite qu’avec la gauche, et le «peuple», toujours perdant.

Par exemple, le géographe Christophe Guilluy voit dans le paysage politique de son pays une opposition entre la «France d’en haut» et celle d’en bas. Comme pour le Brexit et pour Trump, la montée du Front national apparaît dans cette perspective comme une expression du ras-le-bol du «peuple» face aux élites déconnectées.

Cette vision d’une lutte entre le «peuple» et «l’establishment» a pourtant des limites. Donald Trump, qui se targue d’être le porte-parole du «peuple», est en train de remplacer le «marécage» de Washington par d’autres élites encore plus déconnectées, qui profitent du pouvoir d’un des leurs.

Mondialisme vs nationalisme

Cette distinction est utile, car la fermeture économique, sociale et culturelle est au cœur du programme de cette nouvelle «internationale populiste» incarnée par Trump, Brexit et Le Pen.

Les perdants de la mondialisation alimentent ces mouvements populistes teintés de nationalisme à contre-courant de l’internationalisme libéral dominant. Le nationalisme n’a pourtant pas besoin de s’opposer à l’ouverture, comme le montrent aujourd’hui les indépendantistes écossais — et comme l’ont déjà montré les souverainistes québécois.

Deux visions de la nature humaine

Selon les sondages français, les distinctions entre la gauche et la droite sont moins nettes que dans le passé mais s’il est un trait qui distingue aujourd’hui très nettement les partisans de Le Pen de ceux de Macron, c’est le pessimisme des premiers et l’optimisme des seconds.

Comme les Américains pleins de ressentiment que Trump a su mobiliser, les partisans de Le Pen voient l’avenir en noir. Inversement, les électeurs de Macron font preuve d’un optimisme qui rappelle le message d’espoir de Barack Obama en 2008.

L’opposition entre optimisme et pessimisme est ancrée dans la nature humaine et peut être aussi déterminante en politique que l’opposition droite-gauche. Une politique de l’espoir est toutefois ardue, car elle peut facilement engendrer la déception, alors que les mouvements politiques qui naissent dans le pessimisme se renforcent quand les choses s’empirent.