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L’intimidation et les conflits aussi liés au décrochage

Intervenir auprès des tout-petits ne suffit pas pour prévenir l’abandon scolaire

Les chercheurs Véronique Dupéré, de l’Université de Montréal, et Éric Dion, de l’UQAM, ont fait une série d’études sur le décrochage en collaboration avec des chercheurs américains.
Photo Dominique Scali Les chercheurs Véronique Dupéré, de l’Université de Montréal, et Éric Dion, de l’UQAM, ont fait une série d’études sur le décrochage en collaboration avec des chercheurs américains.

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L’intimidation et les ruptures amoureuses expliquent le décrochage des jeunes en milieu rural presque autant que les échecs scolaires, constatent des chercheurs montréalais.

La séquence est typique. Une adolescente se chicane avec son copain après avoir été infidèle. Le couple se sépare, l’événement crée des remous dans leur cercle d’amis, qui finit par rejeter la jeune femme. Des rumeurs se mettent à circuler sur les réseaux sociaux, elle vit de l’intimidation. Elle finit par décrocher de l’école pour ne plus avoir à croiser ses anciennes fréquentations.

«Des cas qui partent de chicanes de chums ou de blondes, ça revenait très souvent en milieu rural», observe Éric Dion, professeur à l’UQAM.

Il fait partie des auteurs d’une série d’études sur le décrochage dans la grande région de Montréal. Les universitaires ont rencontré 183 adolescents de milieu défavorisé peu après qu’ils ont décroché.

Parcours sans histoire

Leurs conclusions, dont certaines ont récemment été publiées dans la réputée revue Child Development, défont le mythe voulant que le décrochage soit principalement une question de performance scolaire (voir autre texte). Près de la moitié des décrocheurs approchés, soit 40 %, avaient un parcours scolaire sans histoire.

Ces jeunes ont plutôt décroché à un moment où ils vivaient un ou des événements stressants qui avaient généralement peu à voir avec ce qui se passe dans la salle de cours, comme les conflits familiaux et les ruptures amoureuses.

«Par exemple, un jeune nous racontait s’être fait mettre dehors de chez lui par sa famille. Ou encore un jeune qui vivait seul, sans ses parents», illustre Véronique Dupéré, de l’Université de Montréal.

Les problèmes de santé mentale étaient aussi très présents, tant chez les jeunes qu’au sein de leur famille, ajoute M. Dion.

«Il y a un lien évident. Les jeunes qui venaient de décrocher avaient quatre fois plus de chances d’être en dépression», a-t-il observé.

Par ailleurs, les chercheurs ont noté des tendances spécifiques aux milieux ruraux et urbains. En milieu rural, les événements qui précipitent le décrochage partaient souvent de conflits entre pairs, notamment parce que le rejet a souvent plus d’impact sur les jeunes qui vivent dans un petit milieu où tout le monde se connaît, explique Mme Dupéré.

«En ville, un jeune aura sa gang d’amis de l’école et sa gang du hockey. Mais en [région rurale], ce seront les mêmes personnes.»

En milieu urbain, les chercheurs ont remarqué que plus d’adolescents qui décrochaient dans une période de crise se frottaient au système de justice. C’était le cas de jeunes qui se sont eux-mêmes fait arrêter, qui ont frayé avec les gangs de rues, ou encore qui ont dû aller témoigner en cour en tant que victimes.

Dans d’autres cas, ils avaient été placés en famille d’accueil après un signalement à la DPJ, par exemple.

Être à l’affût des crises à la maison

Pour prévenir le décrochage, il ne faut pas uniquement chercher à favoriser l’apprentissage des tout-petits. Il faut aussi outiller les écoles pour mieux soutenir les adolescents en crise, concluent les chercheurs.

«[Nos résultats] suggèrent que ce n’est peut-être pas une bonne idée de dégarnir les ressources au secondaire pour tout mettre en intervention précoce», indique Éric Dion.

Selon la vision qui est la plus souvent véhiculée dans le milieu de l’éducation actuellement, le décrochage serait l’aboutissement d’un long processus qui a débuté au préscolaire et qui fait que le jeune accumule des échecs dès l’enfance, explique M. Dion.

«Or, il n’y a pas énormément d’études qui vont dans ce sens-là.»

Dans un monde idéal, l’équipe-école devrait avoir assez de ressources pour être à l’affût des cas d’adolescents qui vivent des crises à la maison et les diriger vers les bons professionnels quand c’est le cas, plutôt que d’attendre que les jeunes se confient eux-mêmes à leurs enseignants, dit-il.

Éléphant dans la pièce

Aussi, les activités parascolaires jouent un rôle important dans la prévention du décrochage, a-t-il remarqué.

Les formules parascolaires les plus efficaces pour garder les jeunes accrochés sont celles qui sont inclusives. C’est-à-dire que les élèves qui y participent sont autant ceux qui réussissent à l’école que ceux qui sont à risque de décrochage, explique Mme Dupéré.

«Par exemple, il y a des équipes sportives où il n’y a aucun critère de sélection: même si tu fumes ou [tu coules, tu peux participer]. Et ces équipes performent», dit-elle.

«Il y avait une école où tous les jeunes [à risque] qui persévéraient faisaient partie de l’équipe de football, alors que les décrocheurs n’en faisaient pas partie», illustre M. Dion.

Ce qui peut déclencher le décrochage

En milieu urbain

  • Les parents ou grands-parents appellent la DPJ parce qu’ils ne savent plus comment agir avec le jeune. Il est placé en famille d’accueil.
  • Un jeune est arrêté par la police après une bataille entre deux gangs à l’école.
  • Un jeune est victime de violence de la part d’un inconnu, dans la rue ou dans le métro.

En milieu rural

  • Un jeune est exclu de son groupe de musique rock.
  • Une jeune femme est victime de viol de la part de son ex-copain.
  • Un jeune est arrêté par la police pour conduite dangereuse.