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Montréal et ses 375 secrets

Pont Jacques-Cartier
Photo courtoisie PJCCI

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Montréal inaugure aujourd’hui les festivités de son 375e anniversaire. «375» - le chiffre est bizarre, presqu’incongru. Et pourtant, le voilà. Nous voilà.

Dans les pages de ce journal bien nommé justement le Journal de Montréal, plusieurs pages y sont consacrées.

Ce soir, le «clou» du lancement du 375e sera bien entendu l’illumination du Pont Jacques-Cartier, symbole montréalais par excellence et un pont qui, contrairement au pont Champlain, tient le coup merveilleusement bien.

Côté facture, pour le 375e, le coût total des dépenses est estimé pour l’année à plus d’un milliard de dollars. Ce qui est quand même beaucoup.

C’est toutefois au passage des prochains mois que l’on sera mieux à même de juger si cette facture en valait ou non la chandelle.

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Montréalaise pure et dure de naissance, j’aime «ma» ville et je l’aimerai toujours. Quoique certains de ses défauts me fassent pâtir comme la plupart des Montréalais. Ça va avec le territoire...

Déluge de cônes orange; circulation souvent pénible; une propreté relative selon les quartiers; des urgences d’hôpitaux systématiquement débordées; la certitude de s’être fait voler pendant des décennies par ceux qui nous ont «donné» des infrastructures mal foutues (voir la commission Charbonneau, la corruption, collusion, pendant trop longtemps des élus et des fonctionnaires corrompus, la mafia, etc...); une ville parfois sens dessus-dessous; trop de condos et pas assez de maisons accessibles aux familles; un parc d’immeubles locatif trop souvent délabrés; la seule ville nord-américaine avec des nids-de-poule jusque sur ses trottoirs; ses conducteurs, ses cyclistes et ses piétons trop nombreux à considérer le code de la route comme un détail optionnel, etc...

Mais Montréal, métropole du Québec, c’est aussi tout ce qui fait battre son cœur et le nôtre.

Son île et son fleuve majestueux.

Ses parcs magnifiques.

Son Mont-Royal qui nous guette du haut de son regard protecteur.

Ses quatre universités.

Ses grandes artères toutes plus différentes les unes que les autres.

Sa vie de quartiers, vivifiante et diversifiée, avec sa vie de «voisinage» qui, malgré la froideur des grandes villes, existe toujours à Montréal.

Ses commerces de proximité et ses commerçants courageux de tenir le fort et tellement aimables en même temps.

Son système de transport en commun – certes imparfait, mais on ne pourrait plus vivre sans lui.

Son centre-ville à échelle humaine.

Ses nombreux trésors de beauté, cachés dans ses recoins et ses quartiers.

Sa diversité réelle, éclatée, imprévisible et inspirante.

Diversité de sa population – ethnique, linguistique, politique, culturelle, religieuse, etc. C’est ce qui fait vraiment vivre Montréal, dans tous les sens du mot «vivre».

Diversité de son architecture.

Diversité de ses racines.

Diversité de sa gastronomie, de la plus modeste à la plus sophistiquée (et inabordable pour le commun des mortels) en passant par les centaines de nuances entre ces deux extrêmes. Des goûts venus de partout. Surtout depuis l’Expo de 1967...

Diversité de son «offre» culturelle.

Diversité de ses médias.

Diversité de sa communauté artistique.

Ses musées, ses galeries d’art, son stade olympique (eh oui, le stade...), sa ville sous-terraine, son Vieux-Montréal un peu tout croche, mais qu’on aime quand même, ses bagels, la beauté de ses couchers de soleil, son murmure discret quand la neige la recouvre, ses airs de Boston, sa luminosité unique, ses wagons de métro Azur (qu’on aime à la folie, on en veut plus!), et tant et tant d’autres bijoux urbains, petits et grands...

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Montréal, aujourd’hui, on nous dit de te fêter. C’est du moins ce qu’en ont décidé les «décideurs» politiques. Alors, soit.

Or, aimer sa ville, c’est l’aimer à l’année longue. C’est l’aimer suffisamment pour en apprécier ses gens, ses beautés et ses facilités.

Mais c’est aussi l’aimer suffisamment pour s’élever contre ses injustices, sa bureaucratie inhibante, son trop-plein d'élus et ses services de base encore souvent mal rendus.

C’est l’aimer suffisamment pour exiger mieux de ses gouvernants, autant ceux de la ville-centre que ses maires d'arrondissements.

C'est l'aimer suffisamment pour exiger également mieux de ses citoyens - qu'ils soient plus nombreux à voter et à revendiquer leurs besoins réels, qu'ils soient plus attentifs à leur environnement et à la nécessité de garder le leur propre et bien tenu, etc.

Bref, c’est l’aimer suffisamment pour exiger ce qu’il y a de mieux pour elle et les gens qui l’habitent. Ceux-là mêmes qui, malgré les sirènes séduisantes des banlieues – car elles le sont en effet de plus en plus -, choisissent néanmoins de ne pas quitter Montréal.

Alors, bonne fête Montréal!

Que tu puisses fêter un jour ton 400e sans cônes orange, ni nids-de-poule, ni dépassements chroniques de coûts.

En attendant, nous continuerons à t’aimer sous toutes tes coutures.