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Comment répondre aux inconnus qui exigent des sourires dans la rue

Comment répondre aux inconnus qui exigent des sourires dans la rue
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C’est le printemps et la saison des sifflements. Le regard des mecs sur mes genoux amochés ou sur mes fesses dévoilées par un coup de vent ne me dérange pas. Ce qui me donne plus envie de montrer mon majeur que de battre des cils sont les remarques qu’ils s’autorisent parfois.

Récemment, alors que mes enfants circulaient joyeusement sur le trottoir, un homme m’a interpellée. Il était debout, devant le presbytère de l’église du quartier, avec un autre homme.

« Souris. Tu as de beaux souliers, tu pourrais te permettre de sourire. »

Comme je faisais la sourde oreille, il a continué : «Je te demande pas le ciel. Souris, c’est facile, tu vas voir. »

Je me suis retournée et j’ai crié, en espérant très fort qu’aucun de mes voisins ne témoignent de ma transformation de Calinours à Hulkette : «Tu veux que je souris? Fais-moi rire. Raconte-moi une blague», ai-je alors lancé, avant d’ajouter un fuck off dont je suis un peu moins fière. J’ai expliqué à mes enfants pour quelle raison j’avais utilisé ces mots, devant un presbytère en plus. Parce que personne n’a le droit de dire à une autre personne quoi faire de son corps. Sourire, se raser ou être obligée de poursuivre une grossesse : pas à la même place dans la hiérarchie des combats féministes, mais trois actions pour nuire à l’autonomie physique d’une femme.

Voici d’autres variables possibles aux insistants « Souris! »

1. « Je viens de me casser un ongle. »

2. « Mes parents viennent de mourir. Je m’en vais choisir leur cercueil. »

3. « Je viens d’apprendre que le Père-Noël n’existe pas. »

4. « Toi en premier! »

5. « Pourquoi? » Si l’homme répond que c’est pour être plus jolie : « Pour qui? »

6. « Non. »

7. « Je ne suis pas ici pour te divertir. »

8. « J’ai perdu à Roche-Papier-Ciseaux. »

9. « Donne-moi 100$ »

10. « Je suis humaine. Je ne souris pas toujours. »

11. « Je suis menstruée et mes crampes me font vraiment trop mal. Le premier jour de mes menstruations est le pire. Demain peut-être que je n’aurai pas trop mal et que je sourirai aux tulipes, aux papillons et aux inconnus qui se croient tout permis. »

Réclamer un sourire n’est jamais innocent

Depuis 2012, l’artiste américaine Tatyana Faslalizadeh crée une série de portraits afin de dénoncer le harcèlement de rue vécu par les femmes, Stop Telling Women to Smile. En préconisant les façades de bâtiments, les boites postales et les espaces de stationnement, elle place stratégiquement ses portraits sur les lieux mêmes qu’utilisent les hommes pour lancer leurs requêtes de sourires.

Même si plusieurs hommes répliqueraient qu’ils sont candides, qu’ils ne veulent ni  astreindre les femmes à sourire, ni contrôler leur corps; réclamer un sourire n’est pas innocent. C’est une instruction non sollicitée. C’est égoïste, condescendant et ça renforce le sentiment qu’il faut absolument être heureuse et jolie, passivement, pour occuper un espace public. Est-ce qu’un homme demanderait à un autre homme de sourire? Un sourire n’est-il pas plus apprécié quand il est vrai, et non forcé?