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Petites boules ou grosses boules?

opinions - facal
Photo Caroline G. Murphy

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Et si on prenait une pause­­ de Trump, des inondations, du PLQ et de la «convergence» anti-PLQ ?

Avez-vous vu le magnifique reportage intitulé Bowling­­ Blues, publié dans la version électronique du Journal de Montréal?

Après 60 ans d’existence, un endroit mythique pour les amateurs vient de fermer­­: le salon de quilles Champion à Longueuil.

Avec ses 77 allées, c’était le plus grand au Canada. Les habitués vivent un deuil.

Signe des temps, un promoteur le rasera pour y construire des résidences pour personnes­­ âgées.

Le reportage rend à merveille cet univers pittoresque d’aînés qui se retrouvent­­ et veulent bouger plus qu’au bingo, de maniaques de la performance­­, de boules multicolores et de souliers fabuleux.

Seuls

Cela m’a ramené en tête un livre fascinant.

En l’an 2000, un éminent politologue de l’Université Harvard, Robert Putnam­­, publia un livre intitulé Bowling­­ Alone.

Il avait remarqué que plus de gens jouaient au bowling qu’avant, mais que les inscriptions dans les ligues organisées­­ de bowling baissaient.

De plus en plus, on jouait au bowling­­ seul ou avec toujours le même­­ petit groupe d’amis.

Putnam a vu dans ce bowling solitaire­­ un reflet de notre époque.

Il s’est en effet aperçu qu’il y avait une baisse généralisée du membership­­ dans les partis politiques et les organisations de type communautaire.

On fait du bénévolat, mais épisodiquement, et pas au sein d’une organisation. On vote, on chiale, mais on ne milite plus.

On s’engage surtout dans des organisations qui défendent NOS intérêts, NOS droits, NOTRE cause.

Putnam a donné le nom de «capital social» à toutes ces interactions concrètes, face à face, entre des individus de chair et de sang, comme la ligue de bowling.

Ce sont elles, dit-il, qui permettent de tisser de vrais liens, de construire des communautés solidaires, un authentique­­ tissu citoyen.

Or, ces interactions se réduisent de plus en plus. Il n’y a jamais eu autant de solitude.

Dans la rue où vous habitez, vous connaissez le nom de combien de vos voisins?

Le problème, dit Putnam, est qu’une démocratie forte nécessite des citoyens­­ engagés et participatifs.

Notre isolement affaiblit le tissu social­­, l’arène publique et, ultimement, la démocratie.

Bulle

Est-ce seulement parce que nous sommes dégoûtés par nos politiciens, se demande-t-il?

Non, c’est surtout parce que nous passons de plus en plus de temps «scotchés» devant la télé, devant notre ordinateur, pitonnant frénétiquement sur notre téléphone intelligent­­.

On s’isole dans des bulles où l’on ne reçoit que les «informations» filtrées­­ pour renforcer nos opinions. On n’écoute que les avis de nos «amis».

On peut littéralement se mettre à l’abri de toute opinion contraire qui pourrait nous faire réfléchir et évoluer­­.

Bientôt, les casques de réalité virtuelle­­ achèveront de nous enfermer­­ dans la pseudo-réalité ultra-réaliste que chacun se commandera.

Pourra-t-on encore parler d’une société­­?