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Bombardier et la toile chinoise en 5 questions

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L’actualité est pleine de l’incroyable saga de Donald Trump à la Maison-Blanche. Pendant ce temps, des événements moins spectaculaires, mais peut-être plus importants, sont moins commentés.

Un de ceux qui nous touchent le plus près est celui de la toile commerciale que la Chine est en train de tisser autour du monde. La compagnie Bombardier est engluée aux fils que brode l’araignée chinoise. Ces derniers jours, l’AMT a annoncé qu’elle préférait une compagnie chinoise à Bombardier pour la construction de wagons de trains de banlieue. Voici maintenant que des rumeurs laissent entendre que les Chinois investiraient dans les avions de la C Serie.

1. Quelle est la stratégie commerciale de la Chine ?

Le week-end dernier, le gouvernement chinois avait convié une trentaine de pays à Pékin. Cette réunion visait à renforcer les routes commerciales dessinées par la Chine. Ce projet, baptisé «les nouvelles routes de la soie», vise à établir autour du monde un vaste réseau de transport maritime et terrestre connecté à la Chine. Le gouvernement chinois a annoncé des investissements de 1700 milliards de dollars américains dans cette toile commerciale. Grâce à ces investissements, des infrastructures portuaires, routières et ferroviaires neuves seront construites partout sur la planète. Par exemple, relier Pékin à Paris en TGV n’est plus un rêve fou.

2. Que veulent les Chinois en échange ?

En échange, les Chinois demandent des accès aux marchés et aux ressources qui se trouvent le long des nouveaux axes de commerce. En chinois, le mot Chine se dit zhong guo, ce qui signifie littéralement le «pays du centre». La Chine cherche à retrouver cette position centrale qu’elle occupait autrefois.

3. Quels sont les obstacles devant la Chine ?

La Chine ne trône pas encore au centre du monde. Bien des obstacles se dressent devant les dirigeants chinois avant qu’ils ne concrétisent leur rêve. Les problèmes les plus difficiles à surmonter se trouvent peut-être en Chine même. La pollution et l’autoritarisme du Parti communiste comptent parmi ceux-là.

4. Où se situent nos entreprises ?

En attendant, les entreprises des puissances moyennes, comme celles du Canada, se retrouvent au milieu de vastes joutes internationales de fusions et d’acquisitions. Il est possible de se bercer d’illusions et penser que nos entreprises ont une chance égale à celles des autres pays. Mais les moyens financiers dont disposent les entreprises des grandes puissances sont bien plus étendus que les nôtres. Dans le cas particulier de la Chine, les grandes entreprises et les banques bénéficient des immenses ressources du gouvernement chinois. À long terme, les gagnants ne font aucun doute. Comment protéger nos fleurons économiques contre la concurrence des géants qui veulent les acquérir?

5. En quoi ceci concerne-t-il Bombardier ?

Bombardier constitue un excellent exemple des menaces économiques qui guettent le Canada et le Québec à long terme. Perdre Bombardier serait une catastrophe pour l’ensemble des secteurs aéronautique et ferroviaire. Quand nos élus et nos représentants, comme chez AMT, préfèrent une compagnie chinoise à une compagnie d’ici, ils nuisent à l’économie du Québec à long terme, en échange de gains à court terme. Quand les dirigeants de Bombardier fricotent avec les Chinois, ils tendent aussi à favoriser des gains à court terme, sans tenir compte des pertes à long terme pour leur compagnie et pour l’ensemble de l’économie.

C’est ici que les gouvernements doivent intervenir. Comme en Chine. Surtout quand la compagnie montre une gestion vacillante.