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Dépolitiser le drapeau des Patriotes

Dépolitiser le drapeau des Patriotes

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Si l’appropriation de la fête nationale par les souverainistes m’énerve, celle de la rébellion des Patriotes m’enrage. Leur cause était une cause universelle.

Posez cette question dans votre entourage – quelle était la cause des Patriotes ? - et on vous répondra trop souvent ‘l’indépendance du Québec’.

C’est faux et ridicule - le Québec n'existait pas à l'époque - mais aussi la conséquence de l'instrumentalisation de la rébellion de 1837-1838 par certains souverainistes révisionnistes pour donner une profondeur historique à leurs revendications au XXe siècle.

Politisé par son association à l’indépendance du Québec, le drapeau du parti des Patriotes de Louis-Joseph Papineau, adopté en 1832, divise toujours en 2017.

Sans compter que son utilisation par le FLQ pendant la Crise d’octobre l’a rendu radioactif.

C’est pourquoi Philippe Couillard n’avait d’autre choix que de refuser de hisser le drapeau des Patriotes à l’Assemblée nationale lundi, même dans sa version originale, c’est-à-dire sans l'ajout du Le Vieux de ’37, l’habitant imaginé par l’artiste Henri Julien en 1904, tuque sur la tête, ceinture fléchée à la taille, pipe en bouche et mousquet à la main (qui est en réalité le drapeau du Mouvement de libération nationale du Québec de l’ex-felquiste Raymond Villeneuve).

Un mouvement de décolonisation

Inspirés par les Lumières et par les grandes révolutions du 18e et du 19e siècle en faveur de la démocratie représentative, de la justice constitutionnelle et de la protection des libertés individuelles, les Patriotes souhaitaient certes l’indépendance, mais pas comme nous l’entendons aujourd’hui. Leur objectif premier était de libérer le Bas Canada de contrôle du colonisateur britannique tout-puissant. Tout en affirmant leur loyauté à Sa Majesté dans la première des 92 résolutions progressistes envoyées à Londres. Et balayées du revers de la main, il va sans dire.

Ils étaient appuyés par les Patriots de l’Écossais William Lyon Mackenzie, grand admirateur de Papineau, qui se sont battus en 1837 et 1838 pour la décolonisation du Haut Canada et la fin des privilèges accordés à l'élite britannique dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'Ontario.

Combien de gens savent que des anglophones se sont battus contre les troupes de Sa Majesté, ici comme dans le Haut Canada, et que des insurgés ont aussi été pendus par les Anglais à Toronto ?

Une mémoire à rétablir

La rébellion des Patriotes est l’acte fondateur non seulement du nationalisme québécois mais aussi du libéralisme canadien.

Il importe de faire les nuances que l’Histoire impose, ainsi que d'être fidèle à la pensée de Louis-Joseph Papineau qui écrivait, en 1831, dans Le Canadien, le journal de son parti, que le but ultime était d’obtenir de Londres des réformes politiques qui auraient ouvert la voie à la souveraineté du Canada et à l’avènement d’un peuple ‘ni Français, ni Anglais, ni Écossais, ni Irlandais, ni Yanké, mais Canadien’.

Avant de le faire flotter au-dessus de l’Assemblée nationale, il faut dépolitiser ce drapeau, et le mouvement nationaliste qu'il a représenté, comme on est en train de le faire avec la Saint-Jean.

Il faut aussi que les mots ‘national’ et ‘nationalisme’ cessent d’appartenir en exclusivité au lexique souverainiste et que les mots 'libéral' et 'libéralisme' cessent d'être réservés à des partis politiques.