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Difficile de passer le flambeau

Plus de 60 000 propriétaires devront délaisser leur entreprise d’ici dix ans

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Laurent Couture, PDG et fondateur du Groupe Couture, hier, lors du Sommet international du repreneuriat, à Montréal.

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Pas facile de laisser aller l’entreprise de 30 millions $ qu’on a fondée, confie Laurent Couture, PDG et fondateur du Groupe Couture, spécialisé en étanchéité de toiture.

«Ç’a pris dix ans. C’est un processus compliqué. C’est un univers d’émotions», a expliqué M. Couture, à l’occasion de son témoignage lors d’un sommet international sur le transfert d’entreprise au Hyatt Regency Montréal, vendredi.

Laurent Couture avait identifié une personne à qui transférer l’entreprise, mais elle souhaitait imposer ses conditions, alors il lui a fermé la porte. Aujourd’hui, sa fille a pris le relais et dirige les 150 employés depuis trois ans déjà. Pour M. Couture, le transfert d’entreprise ne concerne pas que le président, mais aussi les employés clés de 55 ans et plus du groupe. «Pour remplacer un sénior, ça prend 1,3 employé», rappelle-t-il.

Ne pas faire peur aux clients

Les entrepreneurs qui sentent le besoin de passer le flambeau sont souvent hésitants à mettre en vente leur compagnie. «Ils ne veulent pas faire peur à leurs clients», explique la vice-première ministre du Québec, Lise Thériault.

Le repreneuriat est un peu le parent pauvre de l’entrepreneuriat, admet Vincent Lecorne du Centre de transfert d'entreprise du Québec (CTEQ). Les propriétaires-dirigeants d’entreprise se croient parfois immortels, ajoute-t-il. Dix fois plus de personnes veulent reprendre une entreprise qu’en céder une. Ceux-ci trouvent souvent plus excitant de développer la croissance de leur compagnie... que de penser à leur départ à la retraite, note M. Lecorne.

Certaines personnes n’osent pas mettre de l’avant l’aspect familial de leur entreprise, lance Chanel Alepin, une avocate qui a repris la boîte d’une quarantaine d’employés de ses parents.

Le tabou de la famille

«Ils craignent d’avoir l’air plus petits», observe-t-elle, en citant les réussites mal connues des Saputo, Molson, Benny et Maison Corbeil.

Selon elle, le repreneuriat est souvent vu de façon moins sexy qu’une «startup». Pourtant, lancer sa propre entreprise comporte beaucoup plus de risques que d’en reprendre une déjà existante et établie, résume-t-elle.

Pour Mme Alepin, le choix allait de soi. «C’est le syndrome Obélix. Je suis tombée dedans étant petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose qu’être avocate», raconte celle qui est aussi associée au Groupe La Relève, en famille, en affaires, qui vise à aider les repreneurs d’entreprises familiales à assurer la pérennité de leur compagnie.

Profil des PME au Québec (2015)

  • PME au Québec: 235 075
  • Emplois: 1 887 000
  • Nouvelles entreprises: 1750
  • Faillites d’entreprise: 1711
  • Contribution au PIB: 30 %
  • Moyenne d’âge des cédants: 56 ans
  • Moyenne d’âge des repreneurs: 38 ans

Transferts d’entreprise par régions (2016)

  1. Montérégie: 119
  2. Montréal: 104
  3. Laurentides: 92
  4. Centre-du-Québec: 78
  5. Mauricie: 57

Secteurs où il y a le plus d’entreprises à céder

  1. Commerce de détail: 92
  2. Hébergement et services de restauration: 48
  3. Fabrication: 43

Secteurs privilégiés par les repreneurs

  1. Fabrication: 856
  2. Commerce de détail: 442
  3. Commerce de gros: 288

Source : Centre de transfert d’entreprise du Québec et PwC