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Isabelle Boulay au naturel

Elle lance En vérité, son 14e album

Isabelle Boulay au naturel
Photo Pierre-Paul Poulin

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Impossible d’écrire sur le nouvel album d’Isabelle Boulay sans mentionner les magnifiques photos qui ornent sa pochette, d’autant plus qu’elles sont signées Peter Lindbergh, célèbre photographe qui a travaillé avec les plus grands mannequins et les plus grandes stars de la planète.

«Ça, c’est un rêve absolu», nous dit ­l’artiste.

«Je sais que ça paraît impossible, ­s’empresse-t-elle d’ajouter. C’est pour cette raison que ça vaut la peine que je raconte l’histoire au complet.»

Tout a commencé en 2014, lorsque son ami Thierry-Maxime Loriot, ancien ­mannequin à qui l’on doit notamment l’exposition Jean Paul Gaultier, lui a ­demandé de l’accompagner à une ­exposition de Lindbergh.

«S’il y a un photographe dont j’ai acheté les livres, c’est lui. Je les ai tous, souligne la chanteuse avec enthousiasme. Il a un regard sur les femmes qui fait ­apparaître quelque chose de primitif, de naturel, de presque sauvage chez elles. Ça, j’ai toujours­­ aimé ça. Il fait des ­photos sublimes­­.»

Isabelle Boulay au naturel
Photo courtoisie

«Je me retrouve donc à l’exposition, j’ai au moins 30 centimètres de moins que toutes les femmes qui sont là, et là, je n’arrête pas de sourire, poursuit-elle. J’étais tellement heureuse d’être là, de voir toutes les femmes qu’il avait ­photographiées en personne...»

C’est Peter Lindbergh lui-même, ­intrigué par l’artiste et son sourire ­«omniprésent», qui a questionné Thierry-Maxime Loriot à son sujet.

«Il lui a demandé qui était la petite ­femme avec lui. Thierry lui a dit que j’étais chanteuse. Il lui a ensuite dit qu’il aimerait me photographier, parce que je souriais tout le temps. Je me disais que ça ne pouvait pas être possible, qu’il ­allait oublier ça.»

Au contraire, c’est Peter Lindbergh, par l’entremise de M. Loriot, qui est revenu à la charge pour fixer un rendez-vous pour la séance (ils se sont arrêtés sur le 4 septembre 2015, une date désormais ­impossible à oublier, pour Isabelle).

«C’est un cadeau qu’il m’a fait, en fait», observe la chanteuse, en toute ­humilité.

Et comment les choses se sont-elles ­déroulées?

«Je n’en revenais tellement pas d’être là que la séance photo était commencée et je ne me suis pas rendu compte qu’il photographiait­­ déjà, relate-t-elle en riant. La photo préférée qu’il a faite de moi, elle est dans le livret de l’album. C’est celle sur laquelle je souris. Elle est aussi dans son exposition. Thierry me dit que, chaque fois qu’il participe à un ­reportage sur l’exposition, il se met à ­côté de ma photo.»

Isabelle Boulay au naturel
Photo courtoisie

 

Ce qu’elle a dit sur...

Benjamin Biolay, réalisateur d’En vérité et collaborateur de longue date

«S’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que si on me demandait de choisir la personne avec qui je ­devrai faire le reste de tous mes albums, je le choisirais. C’est une évidence, pour moi. C’est quelqu’un qui a beaucoup de génie et en ­même temps, il a beaucoup d’instinct. Il a de grandes connaissances musicales et il est lui-même un grand ­musicien (...) Pour moi, c’est un grand complice, un alter ego. C’est comme un frère. J’ai une confiance absolue dans son talent, dans son acuité et dans son honnêteté. Si, par exemple, il ne se sent pas (capable) de réaliser une chanson, il le dit. Des fois, il va ­travailler, travailler sur une chanson et dire qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il a cette honnêteté-là.»

La vie quotidienne

«J'aime le quotidien. J'aime la vie dans un foyer. J'aime mieux recevoir des amis que d'aller au restaurant, par exemple. Mon fils aussi, il m'a ancrée, mais j'étais déjà comme ça avant. Je pourrais vivre au même endroit tout le temps, pourvu que je voie dehors. J'ai besoin d'avoir de la perspective, de voir des horizons. Là où je vis, il y a un grand puits de lumière qui me permet de voir le ciel. J'ai réalisé que c'était important tant pour moi. À Paris, c'est la même chose. J'ai loué un petit appartement puisque je n'en pouvais plus d'être à l'hotel. Mon appartement est sous les toits, donc je ne vois que le ciel. J'aime le quotidien, mais je fais un métier qui m'amène complètement en dehors de ça. J'ai ces deux dimensions-là, en moi.

Sa voix

«Je me considère plus comme une chanteuse réaliste que ­comme une chanteuse à voix. Ce n’est pas péjoratif du tout. Il y a plein de chanteurs à voix extraordinaires. D’ailleurs, j’en ­entends plein à La Voix. Je suis vraiment admirative, mais je ne pense pas que je suis dans cette catégorie-là (...) J’ai une voix, oui, une voix reconnaissable sur laquelle il y a une certaine ­empreinte, mais mon plaisir, il est vraiment lorsque je trouve une cohérence. J’ai aimé chaque seconde du projet ­Reggiani, car j’étais dans une cohérence totale. Si j’avais été un homme, j’aurais sûrement été comme lui.»

Son spectacle au Festival d’été de Québec et ses 25 ans de carrière

«J’ai reçu un appel de la part du FEQ qui me demandait d’assurer le spectacle d’ouverture, sur les plaines d’Abraham. Je leur ai ­demandé la date, et puis ils m’ont répondu le 6 juillet. Je me suis dit que l’occasion était trop belle, puisque je vais fêter mes 45 ans, ce jour-là. En plus, je célèbre mes 25 ans de carrière. Il y a quelque chose, entre moi et les plaines... J’ai peut-être été un soldat dans une autre vie, je ne le sais pas! J’ai fêté mes 40 ans sur les plaines aussi, lorsque nous avons fait le spectacle France-Québec. C’était le 5 juillet, mais à minuit, c’était mon anniversaire. Mes 25 ans de carrière, ça me fait ­drôle d’y ­penser. En même temps, j’ai ­encore envie qu’il y ait le ­même 25 ans à venir. Je regarde des femmes comme Juliette Gréco, qui chante encore, ou Barbara, qui a chanté vraiment longtemps, et j’espère que j’aurai une carrière aussi longue que les leurs.»

Won’t Catch Me Cryin’, reprise de Willie Nelson qu’on trouve sur En vérité

«Je suis folle de cette chanson-là. Je l’ai écoutée je ne sais combien de fois dans ma vie. J’avais toujours le fantasme de la faire. Nous l’avions essayée sur Les grands espaces­­, et je ne m’étais pas trouvée particulièrement pertinente (...) Pour nous réchauffer, en studio, Benjamin a l’habitude de nous faire jouer des affaires qui ne se retrouveront pas forcément sur le disque. Ce qui est arrivé, cette fois-ci, c’est qu’il a dit: “Tiens, si on commençait par Won’t Catch Me Cryin”. Je n’avais pas les ­paroles de la chanson. Il m’a prise par surprise (...) Les gars se sont mis à jouer avec beaucoup de sentimentalité. Ils étaient tellement contents de jouer du country! Ç’a donné cette chanson-là. Ce qu’on entend, sur le disque, c’est ­vraiment ce qui a été enregistré lorsque nous l’avons faite.»

Sa vie amoureuse

«C’est difficile de mener une ­carrière, de faire ce métier-là qu’on aime et, en même temps, d’avoir une vie amoureuse. Ce n’est pas ­évident. Ce n’est pas non plus ­évident d’être le compagnon d’une chanteuse. Moi, je ne suis pas une fille très compliquée, dans la vie, mais mon métier prend tellement de place que c’est vrai que ça prend quelqu’un qui a une grande compréhension, ­beaucoup d’ouverture. Je ne suis pas très égocentrique, mais c’est un ­métier qui t’oblige parfois à l’être, en fait. C’est sûr que tu es obligé de rassembler tes forces pour faire ce métier-là. Par exemple, je suis quelqu’un qui adore la solitude. Maintenant que j’ai un fils, un compagnon, la solitude, quelle place occupe-t-­elle? Parfois, c’est nécessaire pour laisser l’eau ­remonter dans le puits, pour se remettre à niveau avec la vie normale.»

Isabelle Boulay au naturel
Photo courtoisie

 

Le retour en force d’Isabelle Boulay

La prochaine année en sera une marquante pour Isabelle Boulay. En plus de nous présenter En vérité, son 14e album, la chanteuse qui célèbre cette année ses 25 ans de métier amorcera une tournée qui l’amènera à parcourir les routes du Québec et de la France, à compter de septembre. Malgré un horaire hyper chargé (nous l’avons rencontrée à quelques jours de la grande finale de La Voix, où elle était coach), Le Journal a pu s’entretenir longuement avec l’artiste au sujet de ce nouvel opus, un disque qu’elle considère comme l’un des plus beaux accomplissements de sa carrière.

Six années se sont écoulées depuis le lancement des Grands espaces, album sur lequel on peut entendre les ­succès Fin octobre, début novembre et Mille après mille. Pour Isabelle Boulay, cette période tampon s’est révélée être salutaire, puisqu’elle lui a permis de faire un plongeon dans l’univers de Serge Reggiani, un périple duquel elle est sortie grandie.

«C’est comme si c’était quelque chose ­d’inévitable pour moi. Je devais passer par la case Reggiani», a-t-elle affirmé en entrevue.

«Ce détour a été bénéfique pour créer ce disque-là, parce que ça m’a laissé la ­perspective, ça m’a laissé plus de temps.»

D’ailleurs, c’est pendant la tournée Merci Serge Reggiani que l’auteur Didier ­Golemanas lui a fait parvenir En vérité, ­chanson qui s’est rapidement imposée comme étant la pièce-titre d’un album qui était ­encore loin d’être achevé.

«C’est arrivé à plusieurs reprises que l’une des chansons de Didier Golemanas soit la chanson-titre de mon album. Mieux qu’ici bas, Tout un jour, Au moment d’être à vous et là, En vérité», a-t-elle souligné.

«L’écriture de Didier, c’est une écriture ­profonde. Dans ses chansons, il y a toute la dimension intérieure, mais en même temps, il y a le mouvement vers l’extérieur, a-t-elle ajouté. Chanter, quelque part, c’est aller vers l’autre. C’est manifester quelque chose.»

Six ans après la parution de son dernier album de chansons originales, Isabelle Boulay présente En vérité, son 14e opus .
Photo Pierre-Paul Poulin
Six ans après la parution de son dernier album de chansons originales, Isabelle Boulay présente En vérité, son 14e opus .

Pièce phare

En l’écoutant parler de cette chanson, l’une des pièces qui forment le «noyau dur» de son album, on comprend rapidement l’importance qu’elle revêt pour la chanteuse.

«En vérité, pour moi, c’est l’histoire de ­quelqu’un qui arrive à la mi-temps de sa vie et qui fait le constat d’un certain nombre de choses en toute conscience, sans se mentir, sans se raconter d’histoire, en acceptant ce qu’il est, même si ce n’est pas toujours ce qu’il aurait voulu être, a-t-elle expliqué. C’est ­quelqu’un qui se tient sur une ligne ­d’humilité, en fait. Quelqu’un qui est capable de se regarder tel qu’il est.»

Lorsqu’on lui demande si, à l’aube de ses 45 ans, il s’agit d’une chose dont elle est déjà capable ou plutôt d’un objectif qu’elle ­aspire à atteindre, l’artiste nous ­répond sans une pointe d’hésitation.

«Je suis assez capable de me voir telle que je suis. Ce n’est pas ­toujours très confortable, mais c’est là que les autres entrent en ligne de compte. C’est là qu’on se dit qu’un ami, c’est quelqu’un qui nous connaît vraiment et qui nous aime quand même.»

Accomplissement

Reflet de la carrière que mène la chanteuse sur deux continents, En vérité, un disque sur lequel se côtoient des influences latines et country, comprend des pièces signées par des auteurs québécois et européens.

Parmi eux, on compte Alex Nevsky (Le train d’après), Cœur de pirate (Nashville), Carla Bruni et Julien Clerc (Le garçon triste), La Grande Sophie (Un souvenir), ainsi que son réalisateur, Benjamin Biolay (Mon amour (la supplique) et Toi moi nous).

«Ce disque-là, pour moi, c’est l’un des plus beaux accomplissements. Il y a à la fois la ­teneur des textes, l’esprit dans la façon dont les musiciens ont fait l’instrumentation, toute la réalisation... C’est comme si on s’était tous donné rendez-vous à la même place et que nous avions voulu faire exister quelque chose. Tout le monde a compris l’intention. J’ai l’impression que c’est le disque qui est le plus près de l’intention que j’avais au départ, avant que les chansons arrivent.»

Cette intention, c’est la même que celle qui l’habite depuis le moment où elle a réalisé, en chantant pour les clients qui fréquentaient le restaurant que possédaient jadis ses parents, en Gaspésie, qu’elle était capable de toucher le cœur des gens avec sa voix.

«Faire du bien. Je n’ai pas d’autre prétention que ça. La chaleur humaine, ce n’est pas quelque chose qui est dans la matérialité, mais c’est une matière qui est vraiment ­vibrante et importante dans le métier que je fais ou, du moins, dans ma façon de le faire.»