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La C Series dans l’œil du dragon

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Le Financial Times nous ­apprenait cette semaine que le constructeur aéronautique Commercial Aircraft Corporation of China (COMAC), une société d’État chinoise, serait intéressé à investir dans la ­Division avions commerciaux de Bombardier, où on retrouve l’avion-vedette C Series.

Où en sont rendues les discussions de Bombardier avec COMAC comme investisseur potentiel?

Après m’avoir répondu que Bombardier a pour politique «de ne pas commenter les rumeurs», le porte-parole Simon Letendre a cependant tenu à ajouter: «Comme nous l’avons déjà dit, nous sommes toujours à ­l’affût d’occasions stratégiques pour créer de la valeur pour nos actionnaires et renforcer notre position concurrentielle, tant dans nos ­secteurs aéronautiques que dans ­celui du transport sur rail».

Avec une telle précision, il faut vraiment prendre au sérieux l’intérêt de COMAC pour la C Series. Et ce pour deux raisons. Un, Bombardier a besoin de partenaires qui ont les poches profondes. Deux, COMAC est déjà lié à la C Series en vertu d’une «entente stratégique», conclue en juin 2013, sur des éléments communs des programmes d’avions C919 de COMAC et de la C Series.

Interrogé à ce sujet depuis Jérusalem où il dirige une mission économique, notre premier ministre Philippe Couillard voit même d’un bon œil l’intérêt des Chinois pour notre C Series. «Tout partenariat intéressant pour le Québec, qui maintiendra chez nous le siège social pour la ­Série C, les emplois, l’ingénierie, va être bienvenu», a-t-il déclaré.

DANGER

Actuellement, la C Series est la propriété d’une société en commandite détenue à hauteur de 50,5 % par Bombardier et de 49,5 % par ­Investissement Québec, à la suite de l’investissement de 1,3 milliard $ du gouvernement Couillard.

Un investissement de COMAC dans la Division avions commerciaux (de la C Series) viendrait évidemment diluer l’emprise des deux ­actionnaires actuels.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas tant cette dilution qui pose problème que l’immense risque de s’associer au constructeur aéronautique chinois.

Quel risque? Le risque de voir la C Series devenir un avion «chinois», et ainsi de se retrouver Gros-Jean comme devant après avoir tant ­investi dans le développement de cet avion «québécois».

Pour la société chinoise, la C Series représenterait une incroyable ­acquisition pour développer son ­propre parc d’avions et ainsi se ­lancer à l’assaut du monde entier avec l’avion technologiquement le plus moderne de sa catégorie, à ­savoir les 100 à 150 places.

CRAINTE

Si jamais Bombardier et le gouvernement du Québec s’associent à ­COMAC, cela risque d’avoir un ­impact négatif sur l’avenir de l’industrie québécoise (et canadienne) de ­l’aéronautique.

Bien entendu, pour répondre à l’exigence de notre premier ministre Couillard, on écrirait noir sur blanc dans l’entente Bombardier-Québec-COMAC que le siège social de la C Series resterait au Québec, y ­compris les emplois, l’ingénierie...

Sur papier, pas de problème.

Sur le terrain? Vous imaginez-vous sérieusement que le gouvernement chinois va laisser sa société d’État investir dans Bombardier et la C Series sans en tirer de grandes ­retombées économiques?

À suivre...