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Les dernières amies de Truman Capote

Melanie Benjamin
Photo Deborah Feignold Melanie Benjamin

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Avec ce brillant roman, la romancière américaine Melanie Benjamin s’est penchée sur l’amitié qui a longtemps uni l’écrivain Truman Capote et la personnalité mondaine, Babe Paley. Une histoire d’amour et de trahison.

À New York, on les appelait les cygnes. Parce qu’en plus de baigner dans un univers où l’argent coulait à flots, elles étaient si belles et si racées qu’on se battait bec et ongles pour les avoir dans les soirées mondaines.

Vers le milieu des années 1950, «Slim» Hawks Hayward Keith (dont le style a notamment inspiré Lauren Bacall), ­Marella Caracciolo di Castagneto (une authentique­­ princesse italienne mariée à l’héritier de l’empire Fiat), Gloria ­Guinness (alors considérée comme l’une des femmes les mieux habillées de la ­planète), Pamela Churchill Hayward Harriman (également surnommée «la dernière grande courtisane», l’Aga Khan, le baron Elie de Rothschild, ­Stavros Niarchos, Maurice Druon ou Franck Sinatra ayant tous succombé à ses charmes) et Babe Cushing Mortimer Paley (célébrissime icône de l’élégance paraissant régulièrement à la une du Vogue ou du Harper’s Bazaar) finiront ainsi par rencontrer l’écrivain Truman Capote, la toute nouvelle star des lettres américaines.

«Après avoir publié La femme de l’aviateur [qui raconte l’histoire de la femme de Charles Lindbergh], je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais ensuite­­ écrire, confie Melanie Benjamin, qu’on a pu joindre chez elle à Chicago. Et puis j’ai aperçu dans ma bibliothèque Prières exaucées, le roman inachevé de Truman Capote. Je savais qu’il y avait eu un énorme scandale à propos du premier chapitre (intitulé La Côte basque), mais je ne me rappelais pas les détails. À ce moment-là, je n’avais lu aucun des livres de Truman Capote et la seule image de lui qui me venait spontanément à l’esprit, était celle d’un homme vieillissant, ravagé­­ par l’alcool et les drogues. La fin de son existence a été un tel désastre que j’ai été curieuse de découvrir comment sa lente descente aux enfers avait ­commencé et, à force de fouiller, je me suis rendu compte que le scandale lié à ce ­premier chapitre, paru sous forme de nouvelle en 1975 dans le magazine ­Esquire, avait dû fortement y contribuer.»

Faits pour s’entendre

Avec Les Cygnes de la Cinquième Avenue, Melanie Benjamin remonte donc jusqu’en 1955, pour décrire avec moult détails l’amitié très particulière qui n’a pas tardé à unir Truman Capote et Babe Paley. Une amitié qui permettra à Truman d’avoir ses entrées dans la haute société new-yorkaise et qui ­permettra à Babe d’avoir enfin quelqu’un à qui se confier. «Même si elle semblait mener une existence de rêve, son richissime mari [William S. Paley, le fondateur du réseau CBS] pourvoyant largement à ses besoins, Babe était terriblement seule et triste», explique Melanie ­Benjamin.

<i>Les Cygnes de la Cinquième Avenue </i><br>
Melanie Benjamin, aux Éditions Albin Michel, 424 pages
Photo courtoisie
Les Cygnes de la Cinquième Avenue
Melanie Benjamin, aux Éditions Albin Michel, 424 pages

Conditionnée depuis sa plus tendre enfance à toujours se montrer sous son meilleur jour, Babe savait en effet si bien se servir de crèmes et de fards pour masquer­­ ses plus noirs sentiments qu’en la voyant, personne ne pouvait deviner à quel point elle était malheureuse. Pas même ses amies cygnes. Mais exercé à regarder au-delà des apparences, son métier d’écrivain lui ayant appris à sonder en douce l’âme de ses contemporains, Truman Capote sera frappé par la vulnérabilité de cette femme trop parfaite qui, peu importe ce qu’elle portait ou ce qu’elle faisait, était aussitôt imitée par des milliers d’Américaines.

«De nombreux articles de magazine et quelques bios ont déjà décrit leur fascinante relation, qui s’étendra sur près de deux décennies, ajoute Melanie ­Benjamin. Je ne suis donc pas la première à en faire mention. Je suis juste la première à lui consacrer un roman!»

Le chant du cygne

À la fois capable de la faire rire aux éclats et de l’écouter sérieusement, ­Truman Capote sera l’un des rares hommes avec qui Babe Paley s’entendra à merveille. Son homosexualité écartant d’emblée jeux de séduction et amours déçues, elle lui parlera de ses manques et il lui racontera son enfance passée à Monroeville, Alabama. Elle s’épanchera sur sa terne réalité d’épouse mal aimée et il lui dévoilera pourquoi il a toujours tenté de plaire à sa mère. Elle lui révèlera ses secrets les plus intimes et il la trahira en rédigeant La Côte basque, une nouvelle dans laquelle la plupart de ces confidences seront couchées noir sur blanc et diffusées à travers les États-Unis.

«Personne ne sait pourquoi il a écrit cette nouvelle, précise Melanie ­Benjamin. Peut-être parce qu’après De sang-froid, il était tellement désespéré qu’il a été au plus facile : écrire sur la vie des autres. À cause de ça, Babe et lui ne se sont plus jamais reparlé. Ce qui a dû être très difficile pour Truman, sa ­relation avec Babe ayant été l’une des plus importantes de son existence...»