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Quelques réflexions sur le sondage d'aujourd'hui

Periode des questions
Photo d'archives Simon Clark

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Le sondage de ce matin confirme une petite poussée dans l’électorat. Si le PLQ demeure en tête des intentions de vote, essentiellement à cause de l’appui massif des anglophones et des communautés culturelles, même si on fait semblant de ne pas le voir, c’est désormais la CAQ qui s’installe comme principal parti d’opposition. Le PQ est bon troisième et semble en voie de déclassement. Évidemment, ce reclassement entre les partis n’a rien de radical et on ne saurait annoncer dès maintenant le résultat des prochaines élections. La vie politique, on le sait, peut toujours conduire à des retournements inattendus. Rien n'est vraiment écrit à l'avance. Cela ne veut pas dire qu’il soit insignifiant et qu’on ne puisse en tirer quelques constats.

Le premier, c’est qu’on assiste probablement à un déplacement électoral chez une partie de ceux qui ont comme priorité d’en finir avec le PLQ lors des prochaines élections. Il y a une course ouverte depuis un bon moment entre le PQ et la CAQ pour savoir qui a le plus de chance de pouvoir porter le vote antilibéral en 2018. Il semble qu’en ce moment, la CAQ soit en train de l’emporter. Pour peu que la tendance se confirme avec quelques sondages, cela enverrait un message important dans l’électorat francophone : ceux qui veulent en finir avec le règne libéral doivent massivement voter pour la CAQ. Les péquistes, de leur côté, doivent tout faire pour stopper ce mouvement s’ils veulent être dans la course lors des prochaines élections.

Le deuxième constat, c’est que la stratégie convergiste du PQ a ses limites. Depuis quelques mois, publiquement, tout ce qu’on entend du PQ, c’est qu’il veut converger. De temps en temps, avec QS. À d’autres moments, avec la CAQ. Mais chose certaine, il veut converger. L’intention était noble : elle témoignait d’un désir de rassemblement des nationalistes où chacun mettrait de l’eau dans son vin pour construire un programme commun et renverser un gouvernement toxique. Mais il y a eu un prix à payer : le PQ n’a cessé de rappeler son incapacité à prendre le pouvoir seul. Il s’est mis dans une position de faiblesse. On n’entend plus vraiment son message, on ne distingue pas clairement sa vision politique. Il serait bien qu’on l’entende de nouveau. Il devra capter l'imagination de l'électorat.

Le troisième constat, c’est que le souverainisme est en panne historique et que rien ne laisse croire à sa renaissance à court ou moyen terme. On peut croire, sans trop risquer de se tromper, que ce que les électeurs rejettent, c’est moins tel ou tel point de programme du PQ que sa raison d’être. Ils veulent se délivrer d’une politique encore structurée par le clivage entre souverainistes et fédéralistes, alors que ce dernier semble de plus en plus déréalisé. Le cycle historique centré sur la question nationale est fermé depuis un bon moment déjà. D'une élection à l'autre, le PQ est toujours hanté par la possibilité de son effondrement. Le PQ de Lisée a beau avoir mis de côté tout référendum à court terme, il est encore plombé par sa raison d’être, qu’il ne saurait renier sans se dénaturer. C'est tragique, naturellement. Il semble néanmoins déconnecté du monde réel et évoluer dans un univers parallèle. Comment le PQ peut-il sortir de sa bulle et renouer avec l'électorat susceptible de voter pour lui?

Quatrième constat: ce qui reste de la question nationale, dans les circonstances, c’est la question identitaire. Autrement dit, les quoi qu’on en pense, les enjeux comme la laïcité, l’immigration, les accommodements raisonnables ou l’avenir du français ont plus d’importance qu’on veut bien le croire. C’est autour d’eux désormais, bien davantage qu’autour de l’indépendance, que s’exprimera le désir de nationalisme des Québécois. C’est autour de ces enjeux qu’ils jugeront si un parti se porte ou non à la défense de l’identité québécoise. Ils sont susceptibles, de ce point de vue, de définir l’identité politique d’un parti en plus de le connecter à la charge passionnelle qu’ils contiennent. Celui qui n'hésitera pas à transgresser la rectitude politique tirera un avantage de son courage.

Dernier constat : rien n’est joué. Évidemment, les caquistes chercheront dans les prochains jours à transformer ce début de tendance en vague irrésistible. Ce serait aller assez vite en affaire. Mais on peut être certain que ce sondage aura l’effet d’un électrochoc. Le PLQ se sent probablement menacé pour la première fois depuis 2014 : il ressortira sa machine à diaboliser. La CAQ cherchera à confirmer son avantage. Le PQ va devoir faire un grand geste pour renverser la tendance et redevenir le point de ralliement des nationalistes antilibéraux. QS va être excité par la faiblesse du PQ et militer pour qu’il s’effondre, une étape indispensable pour concrétiser son rêve de le remplacer. La politique risque d’être particulièrement robuste dans les mois à venir.