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Notes gonflées: pression sur 55% des enseignants du secondaire

Un nouveau sondage permet de tracer un portrait plus précis des enjeux entourant l'évaluation

Palmares ecole
Photo Simon Clark D’après le nouveau sondage, 84 % des enseignants ont précisé que ce sont les directions d’école qui leur ont demandé de modifier un résultat obtenu par un élève.

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Un nouveau sondage réalisé auprès d’enseignants permet de tracer un portrait plus précis de la pression exercée pour réviser à la hausse les résultats de leurs élèves. Au secondaire, 55% des profs affirment avoir déjà vécu cette situation, a appris Le Journal.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a réalisé un autre sondage auprès de 502 enseignants à la mi-mai pour faire le point sur l’évaluation des élèves, un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières semaines.

Un autre sondage, réalisé en février et portant sur les épreuves ministérielles, avait permis d’apprendre que 47% des enseignants avaient déjà vu la note accordée à un élève être modifiée au bulletin sans leur consentement. Dans la foulée de cette enquête, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, avait indiqué que des élèves qui obtiennent 58% ou 59% à une épreuve ministérielle se voient automatiquement accorder la note de passage, une pratique en vigueur au ministère depuis de nombreuses années et qui touche seulement 1,6% des élèves.

Or selon le deuxième sondage réalisé par la FAE, la problématique entourant l’évaluation des élèves est loin de concerner uniquement les épreuves ministérielles.

De manière générale, 37% des enseignants affirment qu’on a déjà remis en question leur jugement, qu’on leur a déjà demandé de modifier un résultat obtenu par un élève ou qu’une note a été modifiée sans leur accord, que ce soit pour des travaux scolaires, des examens ou lors de l’inscription de notes au bulletin. Au secondaire, cette proportion grimpe à 55%.

Pression des directions d’école

Par ailleurs, 84% des enseignants ont précisé que ce sont les directions d’école qui leur ont demandé de modifier un résultat, alors que 19% ont répondu qu’il s’agissait plutôt de parents.

«C’est venu confirmer ce qu’on nous disait depuis longtemps», affirme Sylvain Mallette, président de la FAE. Ce dernier réclame à nouveau une commission parlementaire pour faire la lumière sur les enjeux entourant l’évaluation des élèves, tout comme 74% des enseignants interrogés dans ce nouveau sondage.

Le ministre Proulx a déjà rejeté cette demande, évoquant le malaise des enseignants qui refuseront de venir témoigner à visage découvert devant les élus.

Pour Sylvain Mallette, il s’agit d’un faux prétexte qu’utilise le ministre pour «visser le couvercle sur le presto». «Il y a quelque chose de tordu qui existe et ils ne veulent pas que la situation soit dévoilée au grand jour», affirme-t-il.

Au début mai, le ministre Proulx a indiqué qu’il comptait poser des «gestes concrets» pour mettre fin à certaines pratiques entourant l’évaluation des élèves. Il a par ailleurs rappelé que ce sont les enseignants qui sont responsables de l’évaluation des élèves.

Le sondage en chiffres

  • 25 % des profs ont répondu que leur jugement avait déjà été remis en question concernant l’évaluation d’un élève
  • 26 % des profs ont répondu qu’on leur a déjà demandé de modifier la note d’un élève 12 % des profs ont répondu que le résultat d’un élève avait déjà été modifié sans leur accord
  • Au total, 37% des enseignants ont vécu l’une ou au moins une des trois situations précédentes. Au secondaire, cette proportion est de 55%.

Source : sondage de la firme Léger réalisé auprès de 502 enseignants de la Fédération autonome de l’enseignement entre le 11 et le 14 mai 2017.

D’autres résultats sur l’évaluation faite par les profs

Raisons pour modifier les résultats des élèves

  • Pour ne pas faire vivre d’échec à l’élève (49%)
  • Pour permettre à l’élève d’atteindre les cibles de réussite (45%)
  • Pour arrondir les résultats (29%)
  • Parce que les critères d’évaluation ont été jugés trop sévères (27%)
  • Pour préserver la réputation de l’établissement (10%)

Note plancher pour plus de la moitié des profs

  • 54% des enseignants affirment qu’il existe une note minimale fixée par l’école ou la commission scolaire
  • 32% d’entre eux affirment que cette note minimale se situe à 40% et plus.

Abolir les cibles de réussite

  • 69% des enseignants pensent que le ministère de l’Éducation devrait abolir les cibles de réussite qui découlent de la gestion par résultat en vigueur dans le réseau de l’éducation.

Exigences à la baisse pour les élèves en grande difficulté

  • 40% des enseignants affirment qu’on leur a déjà demandé de réaliser un bulletin modifié pour des élèves en grande difficulté intégrés dans des classes ordinaires, c’est-à-dire de baisser les exigences pour ces élèves.

Source : sondage de la firme Léger réalisé auprès de 502 enseignants de la Fédération autonome de l’enseignement entre le 11 et le 14 mai 2017.