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Il lui faut 40 000$ pour aller aux Jeux

Privé d’un brevet de financement par Snowboard Canada, Sébastien Beaulieu devra se débrouiller seul

Sierra Nevada 2017 FIS WCS - PSL
Photo courtoisie Sébastien Beaulieu sera privé du soutien fédéral et de l’aide québécoise conséquente de 10 000$ sous forme de bourse et de crédit d’impôt. Une mauvaise nouvelle pour le champion canadien, sans le sou en cette année olympique.

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Privé de son brevet de financement pour une deuxième année de suite même s’il est champion canadien, le planchiste Sébastien Beaulieu a fixé le coût de la prochaine saison qu’il devra payer de sa poche pour espérer se qualifier pour les Jeux olympiques : «probablement 35 000$ et même autour de 40 000$».

Le Québécois a appris cette semaine que sa fédération nationale, qui évoque un financement épuisé, ne l’avait pas recommandé parmi les quatre athlètes de la discipline du snowboard alpin pour l’obtention d’un soutien annuel de 18 000$ (1500$ par mois) du Programme d’aide aux athlètes (PAA) de Sport Canada.

Canada Snowboard a soumis les noms de 32 athlètes, soit 18 en Big Air/Slopestyle, 10 en snowboardcross et quatre chacun dans les disciplines de la demi-lune et du alpin.

«Je trouve aberrant qu’on ne soit pas capable de supporter nos meilleurs athlètes dans toutes les disciplines. Mes chances d’aller aux Jeux olympiques sont excellentes, je suis champion canadien, mais, aujourd’hui, je me retrouve sans financement. Quand le fédéral annonce en grandes pompes des investissements de 5 millions $ (par année pour cinq ans, selon le budget dévoilé en mars dernier), mais qu’on ne voit rien de tout ça en bout de ligne, c’est vraiment absurde», s’indigne l’athlète originaire de Sherbrooke qui réside maintenant à Saint-Ferréol-les-Neiges.

Système D

Le planchiste de 26 ans juge injustes les critères de CS dans l’attribution des brevets et n’entend pas porter en appel cette décision, un exercice dans lequel il avait échoué l’an dernier devant le Centre de règlement des différends sportifs du Canada et perdu une somme qu’il évalue à 8000$ en frais d’avocat.

À huit mois des Jeux de PyeongChang, avec en vue les camps d’entraînement et les cinq Coupes du monde auxquelles il devra participer pour se qualifier, Beaulieu devra avoir recours au «Système D» de la débrouillardise, une option qui lui avait permis de participer à la dernière saison en recueillant 30 000$ en sociofinancement et commandites.

«Je vais être obligé de refaire sensiblement la même chose. Je vais devoir m’activer bientôt. Le faire deux années de suite, c’est beaucoup d’énergie que j’aimerais mettre ailleurs», déplore-t-il toutefois.

Au moment d’acheminer cet article, le gestionnaire du comité haute performance de SC, Tyler Ashbee, n’avait pas répondu à nos questions soumises par courriel.

Devenir indépendant

Beaulieu prévoit devoir assumer toutes les dépenses de la prochaine saison de Coupe du monde (avion, hébergement, frais de subsistance, etc) qui débutera en Italie le 14 décembre. D’ici là, - «si je suis capable d’amasser l’argent nécessaire», dit-il -, il souhaite également participer à un camp d’entraînement sur neige au Chili, du 15 août au 2 septembre, dont il évalue les coûts entre 5000$ et 6000$.

Pour se sauver des frais d’inscription de 3333$ qu’il dit devoir payer à l’équipe canadienne pour la prochaine saison, iI réfléchit à l’idée de se proclamer athlète indépendant. Il cite l’exemple de Richard Evanoff qui, relate-t-il, s’est joint à l’équipe la saison dernière afin de profiter de l’encadrement d’entraînement sans débourser ce droit d’entrée.

«C’est complètement absurde que je n’obtienne pas mon «carding» (brevet), mais que vous me chargiez 3333$, alors que des athlètes peuvent se joindre à nous sans payer», mijote Beaulieu comme argument déjà prêt devant sa fédération.

Les mieux nantis invités à renoncer à leur aide fédérale

«Je m’adresse personnellement à tous nos athlètes de l’équipe nationale pour une occasion de générosité et d’équité à l’endroit de vos pairs.»

Dans la foulée des déceptions pressenties par les athlètes privés d’un brevet de financement, le directeur exécutif de Canada Snowboard, Patrick Jarvis, a interpellé les acteurs les mieux nantis de la planche à neige d’abandonner leur aide fédérale de 18 000$, méritée en vertu de leurs résultats internationaux, afin que les Sébastien Beaulieu et autres athlètes lésés en héritent.

«Je m’adresse à ceux qui ont une situation plus prospère en ayant un revenu annuel de plus de 50 000$ après toutes leurs dépenses de refuser volontairement (le brevet)», écrit Jarvis dans un envoi à l’interne obtenu par Le Journal.

Parrot, Toutant, etc.

Aucun athlète n’est visé personnellement dans la demande du haut dirigeant, mais un indice sous-entend que le message s’adresse aux spécialistes du Big Air et du Slopestyle comme les Québécois Maxence Parrot et Sébastien Toutant.

«Un membre de l’équipe nationale qui a beaucoup de succès a refusé son brevet, libérant ainsi des sommes destinées à deux autres membres. Nous le remercions pour son choix généreux (...)», évoque Jarvis sans nommer Mark McMorris, le médaillé de bronze en slopestyle des Jeux de Sotchi dont le mot «refus» apparaît aux côtés de son nom dans la liste.

«Le slopestyle est une discipline professionnelle. Quand ils font des podiums, ils font des dizaines de milliers de dollars et ils ont d’excellents commanditaires»», observe Sébastien Beaulieu, qui ne veut pas identifier d’athlètes susceptibles de donner au suivant.

«C’est leur droit de réclamer leur brevet. Mais si certains athlètes font beaucoup d’argent et refusaient leur brevet, j’aurais des chances de l’avoir parce que je suis troisième sur la liste d’attente», dit-il.

Le Québécois Sébastien Toutant n’a pas répondu à notre courriel lui demandant s’il entendait refuser son brevet.