/news/transports
Navigation

Transport en commun à Québec: la banlieue se sent oubliée

La Ville de Québec a complété samedi sa ronde de consultations sur la mobilité durable

Transport en commun à Québec: la banlieue se sent oubliée
Photo Jean-François Desgagnés

Coup d'oeil sur cet article

Les résidents des banlieues se sentent oubliés dans le système de transport actuel. Autobus aux heures, parcours interminables, projet structurant qui ne les concerne pas, leurs récriminations sont nombreuses et ils réclament plus de service.

«Le SRB, au centre-ville, en tant que résidents des banlieues, on s’en sacre parce que ça nous apportait aucun bénéfice», a exprimé Jean-Michel Gilbert, résident de Duberger, au troisième jour des consultations sur la mobilité durable de la Ville de Québec. En ce beau samedi ensoleillé, une soixantaine de citoyens se sont déplacés au centre communautaire Michel-Labadie, dans le secteur Neufchâtel, et une vingtaine ont pris la parole.

Le système de transport en commun, en banlieue, est nettement inefficace, sont venus exprimer plusieurs citoyens. Francine Dion, du Groupe Action Val-Bélair, est venue déplorer que les itinéraires d’autobus sont «demeurés les mêmes depuis 80 ans», même si la population a connu une forte augmentation. «Il n’y a jamais eu d’accès entre Loretteville et Val-Bélair. (...) Il y a deux circuits d’autobus et il y a 30 minutes de décalage entre les deux. Ça nous donne le temps d’aller prendre un café au Normandin parce que nous autres, à Val-Bélair, des bons abribus, on n’en a pas!»

« Pourri »

«Le transport est vraiment pourri en dehors des Métrobus et des express. Notre territoire semble carrément ignoré», a soutenu Nadège Doyon, de Loretteville, qui a regretté que le projet de SRB concerne uniquement le centre-ville.

Plusieurs ont plaidé pour une amélioration notable du réseau de transport dans les banlieues.

Pierrette Martel, de Loretteville, est usagère du Réseau de transport de la capitale. Elle prend l’autobus pour se rendre sur la colline parlementaire et se retrouve souvent à devoir rester debout. «On est 25 debout, il fait 25 degrés dehors, ça sent le cowboy. (...) Ça n’a pas de bon sens, il n’y a pas de place pour s’asseoir. On va prendre nos chars. Premièrement, il faut améliorer le RTC. C’est du concret, c’est pas des nuages!»

Envie d’y adhérer

Se définissant comme une «résidente typique de la banlieue, qui travaille au centre-ville et se déplace seule en voiture», Caroline Brodeur, mère de quatre enfants habitant à Loretteville, affirme que l’option du transport en commun ne lui convient pas actuellement. «Mais j’ai envie d’y adhérer et de délaisser ma voiture. Un système efficace pour les banlieues, ça me plait énormément. J’embarque et je délaisse ma voiture, c’est certain.»

Marc-André Lacasse, des Saules, constate qu’il lui coûte moins cher de mettre de l’essence dans sa voiture que de prendre le transport en commun, qui ne convient pas à la conciliation travail-famille. «J’ai lâché l’autobus parce que ça ne répondait pas à mes besoins. Pour aller travailler, je devais prendre trois autobus et je travaillais sur le boulevard Bastien, qui n’est pas très loin d’ici !»

Certains citoyens ont plaidé pour la liberté des automobilistes d’utiliser leur voiture. André Guay, du secteur de l’Aéroport, à Sainte-Foy, a dit que «le principal problème des solutions présentées jusqu’à maintenant est qu’ils enlèvent des voies de circulation aux automobiles» et que «les solutions proposées n’améliorent en rien la couverture des banlieues». Il croit que les solutions doivent être «complémentaires au transport automobile, pas contre.» Les voies réservées devraient selon lui être en tout temps accessibles au covoiturage.

D’entrée de jeu au début de la consultation, le maire Régis Labeaume s’était montré sensible à la cause des gens des banlieues, rappelant ses origines à Neufchâtel. Il a soutenu qu’il n’y aura pas un projet de transport structurant à Québec sans qu’il passe par la couronne nord. «Il faut qu’il passe au nord de la ville. Moi je suis un gars de Neuchâtel. Avant, c’était Québec-Lévis, mais le nouveau projet, il faut qu’il passe ici au nord et dans l’est de la ville. C’est incontournable.»

Une dernière séance de consultation se déroulera ce dimanche après-midi à l’ancien hôtel de ville de Sainte-Foy.

Bilan des consultations

725 personnes y ont assisté

160 personnes ont pris la parole

5500 questionnaires ont été remplis sur internet

Portrait de la situation à Québec

100 000 voitures de plus depuis 10 ans

100 000 déplacements de plus aux heures de pointe depuis 5 ans, et ils augmenteront de 22 % d’ici 2041

►Les temps de parcours ont augmenté de 40 % entre 2003 et 2007


Surpris de la participation

Malgré le beau temps, la salle de consultation publique était bondée, à Sainte-Foy, samedi après-midi. Une cinquantaine de citoyens ont pris la parole.
Photo Agence QMI, Daniel Mallard
Malgré le beau temps, la salle de consultation publique était bondée, à Sainte-Foy, samedi après-midi. Une cinquantaine de citoyens ont pris la parole.

Samedi, la salle de consultation publique était bondée à Sainte-Foy, en plein après-midi ensoleillé. Quelque 130 citoyens se sont déplacés, dont une cinquantaine qui ont pris la parole majoritairement pour un réseau efficace de transport collectif et actif. On a réclamé plus de pistes cyclables, de stationnements incitatifs, de parcours nord-sud, de voies de covoiturage. Une participation qui a surpris le maire et son équipe de conseillers et de candidats, qui étaient nombreux à écouter les citoyens. «Je n’en reviens pas. Il y a de l’intérêt», a commenté Régis Labeaume en fin de journée. «Et je n’ai pas vu beaucoup de monde qui m’a dit que ça ne prenait pas de transport collectif. [...] Il y a de l’appétit. Il faut recommencer à en parler. Je trouve que c’est important. J’ai trouvé beaucoup d’énergie dans ces quatre rencontres là. C’était des interventions de qualité.»


Le discours anti-SRB peu entendu

Régis Labeaume a souligné que le discours anti-SRB qui prend énormément de place depuis des mois sur les ondes de certaines radios n’a pas trouvé beaucoup d’échos parmi les nombreuses interventions entendues en consultation. «Il faudrait qu’il soit réel, ce point de vue là, et que les gens y soient réellement intéressés. Il y a beaucoup de haut-parleurs là-dedans.» Il convient que les gens qui se sont présentés avaient un intérêt sur la question. «Mais il faut faire la distinction entre les haut-parleurs et ce que la population pense.» La grogne qui s’est exprimée était selon lui dirigée vers le projet Québec-Lévis plutôt que vers un système de transport collectif structurant.


Le maire sort de sa réserve

Le maire Régis Labeaume a indiqué avoir pris note des critiques formulées par les citoyens sur le modèle de desserte actuelle du RTC.
Photo Agence QMI, Daniel Mallard
Le maire Régis Labeaume a indiqué avoir pris note des critiques formulées par les citoyens sur le modèle de desserte actuelle du RTC.

Alors qu’il s’était promis de ne pas intervenir dans les consultations sur la mobilité, le maire n’a pu s’empêcher de bondir au micro lorsque son administration a été accusée de favoriser ses «amis promoteurs». L’attaque a été lancée par l’aspirant à la mairie Nicolas Lavigne-Lefebvre, d’Option Capitale-Nationale, qui a cité le choix du tracé du SRB, le Phare et le développement des terres des Sœurs de la Charité. «C’est dégoûtant ce qu’on vient d’entendre. On n’a pas le droit de faire de telles allégations gratuites, inutiles, insensibles. Il faut respecter les gens. L’intelligence, c’est ça», a répliqué le maire, du tac au tac, sous les applaudissements.

Fini les grands autobus vides dans les banlieues

Les gens de la banlieue ont raison de critiquer le système de transport collectif actuel, croit Régis Labeaume, qui promet des solutions révolutionnaires. «C’est fini le transport seulement en grand autobus.» 

Le maire de Québec a pris bonne note des critiques sur le modèle de desserte actuelle du Réseau de transport de la capitale (RTC) pour la périphérie. «Les gens de la banlieue, ils ont raison. Et c’est mon monde, je connais ça. Ils ont beaucoup critiqué le modèle actuel.»

Ils trouveront des réponses à leurs critiques dans le nouveau système restructuré que présentera le RTC d’ici l’automne. 

Moyens technologiques

La Ville ne veut plus de grands autobus vides sur des parcours en périphérie. Elle présentera des moyens alternatifs plus efficaces et moins coûteux. «On pourrait les transporter en taxi, en Uber, en taxi collectif, en petits autobus, en minibus et ça coûterait beaucoup moins cher». Le défi est de trouver la bonne plateforme technologique pour réaliser cette vision, explique le maire.

«C’est une restructuration majeure. Peut-être qu’on ne reconnaîtra même plus le réseau actuel. Ça va être basé sur la valeur du temps, la connectivité et la technologie.»

Les penseurs du RTC cherchent à trouver des moyens pour que le transport soit tellement efficace et rapide qu’il incite des automobilistes à laisser leur voiture dans la cour.

Le maire a répété que le futur réseau de transport structurant à Québec desservira assurément la périphérie. «Je veux garantir ça à tout le monde.»

En matinée, devant les gens de Neufchâtel, il a d’ailleurs rappelé ses origines dans le quartier. «Moi je suis un gars de Neufchâtel. Avant, c’était Québec-Lévis, mais le nouveau projet, il faut qu’il passe ici au nord et dans l’est de la ville. C’est incontournable.»