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Nos élèves sont des superhéros

Nos élèves sont des superhéros

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Même s'il est tentant actuellement de s'attarder sur les multiples failles de notre système d'éducation en matière d'évaluation, je préfère profiter de cette tribune pour saluer la volonté et la résilience dont les élèves québécois ont fait preuve durant la dernière année scolaire.

Alors qu'ils sont souvent traités de paresseux et qu'on leur sert continuellement la même rengaine comme quoi leurs prédécesseurs étaient plus travaillants qu'eux, nos jeunes du primaire et du secondaire se sont levés chaque matin pour tenter d'être à la hauteur des attentes des multiples adultes qui croisent leur route. Du lever jusque tard dans la soirée, ils ont à vivre avec les valeurs d'adultes disant vouloir ce qu'il y a de mieux pour eux, mais qui n'ont souvent pas le même discours.
 
Chaque jour, dans mon école, je vois ces jeunes superhéros...
 
Parfois arrivés dans un service de garde à 6h45 le matin après avoir affronté une routine presque oppressante, nos enfants doivent déjà être dans un état de performance afin que ceux qui sont en autorité sur eux soient satisfaits. Vient ensuite le cadre de la classe où on leur dit encore quoi faire et comment on doit agir pour réussir, être dans la norme. Lorsque l'élève verra son parent venir le chercher, il se sera écoulé plus d'une dizaine d'heures durant lesquelles il y a toujours quelqu'un à l'observer, le juger et le recadrer.
 
Vous le feriez, vous? À chaque jour, vraiment?
 
Je vois déjà les commentaires de ceux qui diront qu'avant, nous avions aussi nos problèmes et que nous sommes parvenus tout de même à mieux écrire et compter que cette génération qui est née en même temps que le téléphone intelligent. Affirmer cela, c'est gargariser notre amour-propre d'adulte, mais ça reste une belle hypocrisie.
 
Certes, nous avions nous aussi des défis importants à relever, mais nous avions la chance d'évoluer dans un monde qui allait moins vite. Moins connectés au reste de la planète, notre vision du monde dans lequel nous changerions les choses était teintée d'une naïveté que les enfants d'aujourd'hui perdent maintenant bien vite.
 
Quand j'avais 12 ans, mes principales préoccupations étaient les jeux vidéos avec lesquels je jouais sur notre vieille télé dans le salon et la rumeur comme quoi, un jour, on verrait ce qui s’était passé dans les épisodes précédant la trilogie originale de la Guerre des Étoiles.
 
Aujourd’hui, nos enfants ont, pour la plupart, à vivre avec une lourde étiquette de trouble de ceci ou déficit de cela. Ce code à barres symbolique qui leur colle à la peau les amène invariablement à penser qu’ils sont moins bons que les autres...
 
À vivre quotidiennement dans un monde où chaque minute compte, nos enfants sont plus stressés que jamais avec un nombre insuffisant d’heures de sommeil parce que l’horaire des parents est trop chargé. Cela est sans compter qu’un enfant sur deux enchaîne des routines de vie différentes à se promener d’une maison à l’autre. Rien pour aider la stabilité nécessaire à un développement plus sain.
 
Je ne dis pas que c’est la faute des parents: il est normal de chercher à être plus heureux au plan personnel et vouloir performer davantage dans un marché du travail parfois impitoyable. Cependant, on ne peut nier l’impact sur nos élèves de notre nouveau mode de vie où se succède un changement après l’autre.
 
Enfin, vous et moi ne vivions pas, enfants, avec un statut social sur des réseaux sociaux que nous devions gérer afin que le regard des autres sur nous soit approbateur. Certes, nous avions à vivre avec nos bons coups et nos maladresses durant les récréations en écoutant les railleries de nos camarades de classe. Mais, ce stress se limitait aux murs de l’école et ne nous suivait pas partout à toute heure du jour ou de la nuit.
 
Voilà pourquoi j’admire mes élèves, mes superhéros du quotidien qui gardent le moral, peu importe ce qui arrive dans leurs vies déjà fort mouvementées.
 
En fait, les enfants que je côtoie sont meilleurs que la plupart des adultes que je rencontre, car ils ne cherchent pas d’excuses dans la fatigue ou en me racontant mille raisons expliquant leurs difficultés. Ces enfants de ma deuxième famille me demandent plutôt inlassablement comment se relever et arriver à faire plus et mieux.