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Le MTQ est vulnérable, selon la VG

Extras non justifiés dans les temps, fragilité face aux firmes externes et embauche d’ex-employés

Guylaine Leclerc
Photo Simon Clark Dans un rapport, la vérificatrice générale Guylaine Leclerc dévoile notamment que 94 % des contrats du MTQ sont à la fois exécutés par le privé et surveillés par le privé.

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Le ministère des Transports est vulnérable lorsqu’il négocie avec les firmes externes, qui accomplissent 94 % des travaux routiers, et autorise régulièrement des extras après qu’ils soient effectués. Il donne aussi plusieurs contrats à d’anciens employés. La deuxième partie du rapport spécial de la Vérificatrice générale sur le MTQ publiée mercredi donne en «grande partie» raison à l’analyste Annie Trudel, embauchée par Robert Poëti pour surveiller les activités du ministère, a concédé l’actuel ministre des Transports Laurent Lessard.

94 % des contrats exécutés et vérifiés par le privé

Dans son rapport, la vérificatrice générale Guylaine Leclerc dévoile que 94 % des contrats du MTQ sont à la fois exécutés par le privé et surveillés par le privé. «À tout le moins, si c’est donné à l’externe, il faut s’assurer que l’encadrement effectué par le ministère se fait avec suffisamment de rigueur. Ce n’était pas fait avec suffisamment de rigueur», a lancé Mme Leclerc. Pour l’instant, le ministère est en situation de vulnérabilité, estime-t-elle.

Le président du Conseil du trésor Pierre Moreau a indiqué avec optimisme que la portion effectuée par le secteur public, estimé par la VG à 5 %, «a depuis été augmentée de 100 %». 

Des estimations qui manquent de rigueur

La VG affirme que les estimations de coûts du MTQ «manquent de rigueur». À l’interne, les documents justificatifs se font rares et les ingénieurs se fient à «leur expérience». À l’externe, il y a peu ou pas d’encadrement pour vérifier si les calculs des entreprises sont valables. «Nous sommes d’avis que, lors de la négociation des honoraires, le ministère est en position de faiblesse en raison de sa capacité limitée à défendre ses estimations». Le gouvernement reconnaît cette lacune et promet d’embaucher des estimateurs professionnels plutôt que de confier ce travail à des ingénieurs dont ce n’est pas la spécialité.

Extras non justifiés

Sur 88 extras étudiés par la vérificatrice générale et son équipe de limiers, 74 n’ont pas obtenu d’autorisation alors que les travaux avaient débuté. «Inacceptable», a lancé le ministre des Transports, Laurent Lessard. C’est pourtant une situation critiquée depuis très longtemps. En 2011, Jacques Duchesneau le déplorait dans un rapport. «Je n’ai pas l’explication de pourquoi ça se fait comme ça. Ce qu’on a constaté, c’est que c’était très fréquent et que le ministère doit s’engager à corriger la situation», a expliqué Mme Leclerc. Le MTQ ne respecte pas non plus toutes les règles du Conseil du trésor lorsque vient le temps d’accorder des contrats à d’ex-employés. «De 2010 à 2016, ce dernier a conclu 80 contrats avec d’ex-employés exploitant ou non une entreprise individuelle» pour une valeur de 3,6 M$», lit-on dans le rapport.

Le déneigement et l’asphaltage sous la loupe

La vérificatrice générale ne peut exclure qu’il existe des monopoles régionaux ou une forme de collusion dans les entreprises d’asphaltage et de déneigement.

«Le ministère doit faire un travail d’analyse suffisamment approfondi pour pouvoir écarter cette problématique-là ou l’identifier puis mettre en place les contrôles nécessaires», a-t-elle indiqué en point de presse. De 2013-2014 à 2015-2016, le MTQ a attribué 114 contrats (95,6 M$) de gré à gré en affirmant qu’un appel d’offres n’aurait pas servi l’intérêt public. Il a aussi accordé 407 contrats (254,6 M$) pour lesquels il n’a reçu qu’une seule offre conforme. Ils concernent surtout l’asphaltage et le déneigement. Elle demande au MTQ d’approfondir ses analyses. Le ministre Laurent Lessard a affirmé qu’il compte agir.