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Bombardier: des salaires astronomiques qui ne datent pas d’hier

Bloc Bombardier
Photo d'archives AFP

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Bombardier n’a de privé que le nom

Depuis toujours, Bombardier est sous le respirateur artificiel et la société est tenue en vie grâce aux différentes subventions publiques pigées directement dans vos poches. Une compagnie qui a toujours été mal gérée peut difficilement soutenir la concurrence internationale, dont le brésilien Embraer. Il ne pouvait en être autrement. C’était écrit dans le ciel.

Quand la famille Beaudoin-Bombardier a hérité de la compagnie publique Canadair au début des années 90, Bombardier n’avait jamais fabriqué un avion de sa vie et n’avait pas les fonds nécessaires. Mais grâce à la magie, la famille Beaudoin-Bombardier a hérité pour des pinottes de ce joyau collectif qu’elle a payé en procédant à des émissions d’actions dans le cadre du régime épargne d’actions du Québec (REAQ), très subventionné par l’État. Naturellement, la famille Beaudoin-Bombardier a émis dans le public les actions subalternes comportant peu de droits de vote et s’est gardée les actions à droits de vote multiple lui conférant alors le contrôle de l’effectif de l’entreprise pour peu d’investissement. Une astuce institutionnalisée de première classe.

Même dans sa division de produits récréatifs (motoneiges, motomarines, etc.), Bombardier a été rattrapée par ses concurrents comme Polaris et Artic Cat. C’est pourquoi elle a vendu une partie importante de cette division à un fonds d’investissement américain, Bain Capital Investors, qui gère depuis cette division devenue Bombardier Produits récréatifs (BRP). Cela a revigoré la société.

Beaudoin, le patron le mieux payé au Québec

Ah ben, en 1994, le président et chef de la direction de Bombardier, Laurent Beaudoin, a touché une rémunération annuelle de 19 M$ et son bras droit Raymond Royer 6,7M$, ce qui en ont fait pour cet exercice les deux dirigeants d’entreprise les plus payés au Québec : «Laurent Beaudoin, le mieux payé de chef d’entreprise québécois» (Le Journal de Montréal, 2 août 1995). Gros salaires octroyés aux boss beaucoup grâce aux subventions publiques. Est-il normal que ce soit les deux patrons de Bombardier les plus payés en 1994 au Québec? Pourquoi alors à ce moment n’a-t-il pas eu une levée de boucliers des politiciens, des médias et de la population? Inconcevable une telle effronterie et un tel mépris affichés depuis belle lurette.

Dire que pendant que Bombardier coule à pic, la famille Beaudoin-Bombardier a cru bon de se lancer dans l’exploitation d’une cimenterie en Gaspésie il y a quelques années grâce, encore une fois, à de l’argent pris dans vos poches. C’est quoi le lien entre avionnerie et cimenterie?

Les options d’achats d’actions et l’évitement fiscal

Vous le savez, mes amis, les patrons préfèrent se faire payer en options d’achats d’actions plutôt qu’en chèque de paie comme vous, moi et les autres travailleurs. Pourquoi, vous me demandez? Car la moitié des salaires reçus sous forme d’options d’achats d’actions n’est pas imposable du tout alors que les pitances payées par chèques de paie sont, comme vous le savez fort bien, totalement imposables. Les options d’achats d’actions, une vache sacrée réservée aux gras durs de la société qui prive les gouvernements d’au moins un milliard de dollars par année en impôts et octroyés au 1% du gratin. La progressivité de l’impôt au Québec est une farce grotesque.

Pourquoi cette injustice fiscale criante est-elle tolérée par nos gouvernements, surtout qu’elle profite à des gens riches qui en plus encaissent des millions en salaires chaque année? Ce sont les mêmes qui nous disent aussi qu’il faut couper généreusement dans les services publics, subventionner le privé et qui s’adonnent allègrement à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux. Il serait si facile de boucher cette pratique d’évitement fiscal que sont les options d’achats d’actions en énonçant simplement une politique fiscale disant que tout revenu est imposé de la même manière, peu importe la forme de paiement, que ce soit par chèque de paie, en actions, en argent, en biens et services, etc. En somme, les options d’achats d’actions constituent une autre forme d’évasion fiscale rendue légale grâce à la complicité d’élus inféodés.

Et un petit 154 millions de plus à Laurent

Hourra, le 20 décembre 1999, Laurent Beaudoin lève 3,2 millions d’options d’achats d’actions, qu’il s’était octroyé en guise de précieux services rendus à l’entreprise, et, passant à GO, met dans ses poches profondes 94 millions de dollars : «Laurent Beaudoin s’enrichit de 94 millions» (La Presse, 12 janvier 2000). Naturellement, les dirigeants s’émettent des options d’achats d’actions à bas prix qui ne leur coûtent presque rien et qui ne nécessitent aucune prise de risque.

Et que la fête continue. Les 5 et 13 septembre 2000, Laurent s’est départi de 2,4 millions d’actions et a empoché un autre petit 60 millions de dollars de plus. Payant, payant d’avoir hérité du bien public Canadair : «Laurent Beaudoin a empoché 60 M$ en vendant 2.4 M d’actions» (Les Affaires, 7 octobre 2000). Jamais au grand jamais la famille Beaudoin-Bombardier n’aurait pu devenir aussi riche sans le cadeau octroyé par le gouvernement fédéral qu’est Canadair.

Pour les smattes universitaires à la solde de la classe dominante, il faut absolument subventionner le privé comme Bombardier, SNC-Lavalin, les minières et les papetières et les pharmaceutiques, toutes des multinationales milliardaires, mais, en aucun cas, il faut subventionner des sociétés publiques comme les postes, les aéroports, etc. Si on privatise les postes, et aussi la santé et les écoles, alors là, oui il sera bénéfique de les gaver de fonds publics. Vous commencez à comprendre la «gimmick»?

Laurent continue à se payer la traite

Tiens, tiens, en 2002, Laurent Beaudoin encaisse 25 millions de dollars et le président démissionnaire, Robert Brown, reçoit 5 millions$ en guise de prime de départ. Imaginez, le PDG démissionne de lui-même et reçoit malgré tout 5 millions$ de l’entreprise Bombardier. Une vraie Joke très cynique : «Bombardier en arrache, mais pas ses dirigeants» (Le Journal de Montréal, 23 mai 2003). Bombardier en arrache du genre des pertes nettes de 615 millions$ subies en 2002, mais la «familia» Beaudoin-Bombardier poursuit à se payer la traite.

Depuis 2010, ça plane pour les patrons

N’oubliez surtout pas que depuis toujours Bombardier n’a eu de cesse de transférer des emplois ailleurs, de faire chanter pour recevoir toujours plus de fonds publics et de voguer dans les paradis fiscaux. L’entreprise a approché plusieurs firmes étrangères afin de s’associer à elles dans le domaine de l’avionnerie, mais elles ont toutes émis une fin de non-recevoir. Seuls le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt de placement ont embarqué dans l’affaire Bombardier en risquant des milliards de dollars puisés dans notre portefeuille ou en sabrant dans nos services publics.

Et ça continue en 2010. La rémunération de cinq dirigeants les mieux payés de Bombardier a crû de 64% en 2010 alors que les profits ont augmenté de 8% : «Les dirigeants de Bombardier bien traités» (La Presse, 19 avril 2011). Puis en 2011, la rémunération a bondi de 90% pour les boss alors que le profit a baissé de 16% au cours des 3 dernières années : «Bombardier. La rémunération des dirigeants critiquée» (La Presse, 11 mai 2012).

Et pour l’année financière 2013, les hauts dirigeants se sont octroyés des émoluments de 23 millions US, soit environ 31 millions canadiens$, une hausse substantielle encore une fois de 29% par rapport à l’année 2012.

Mais faut les aimer pareil

Philippe Couillard vient nous larguer cette autre ineptie : «Les Québécois doivent continuer d’aimer Bombardier, dit Couillard» (Le Journal de Montréal, 10 mai 2017). Faut sortir la famille Beaudoin-Bombardier de l’entreprise et la fusionner avec une firme étrangère, mais avec des conditions fermes et écrites quant au siège social, à l’emploi, à l’investissement, à la recherche et développement. Il ne faudrait pas se limiter à des ententes verbales qui ressemblent plus à des vœux pieux comme ce fut le cas pour Provigo, Alcan, Rona, Domtar, Cambior et cie.

Tel père, tel fils

Comme vous le savez sans doute, le fils de Laurent Beaudoin a pris les destinées de Bombardier, malheureusement sans plus de succès que son père, mais en se payant la traite comme ce fut le cas en 2017. Malgré les retentissants et coûteux (pour la population s’entend) échecs de la firme, la famille Beaudoin-Bombardier a toujours pu compter sur ses irréductibles fans.

Déjà, en 2006, même des gens de droite avaient vu le problème, mais pas nos élus. En 2006, le chroniqueur Bernard Mooney du journal Les Affaires avait pondu ce texte intitulé : «L’incroyable travail des dilapidations chez Bombardier. Dans le rapport annuel, la direction essaie vainement de doser la pilule» (Les Affaires, 3 juin 2006). Même le fiscaliste conservateur, le regretté Yvon Cyrenne, avait publié cette opinion en 2003, oui en 2003 : «Je pense que le temps est venu pour tous de regarder attentivement Bombardier et de se demander si l’aventure en vaut toujours la chandelle» (La Presse, 16 mai 2003). Ouch, là où ça fait mal.

Mais d’autres voyaient la vie en rose pour Bombardier : comme Gaétan Frigon : «Retour vers le futur. C’est l’esprit d’entreprise qui a créé Bombardier et c’est encore lui qui va le sauver» (La Presse, 12 septembre 2005). Ce qui, à ce jour, a sauvé Bombardier de la faillite c’est plutôt d’être connectée au robinet des fonds publics.

«Un analyste (de la firme américaine Teal Group) remet en question la santé de Bombardier» (La Presse, 29 janvier 2015). Pas grave, le PLQ aime Bombardier et ses dirigeants et va continuer à l’inonder de notre argent quitte à couper dans le maigre de nos services publics. Et il y a aussi La Presse qui aime beaucoup les Beaudoin, père et fils : «Laurent et Pierre Beaudoin. Personnalités de l’année 2008 de la catégorie Affaires, administration, institutions» (17 janvier 2009). Si les deux Beaudoin sont les meilleurs entrepreneurs au Québec, que sont les autres, je vous le demande? Et puis, vient le top du top : «La personnalité de la semaine à La Presse : Pierre Beaudoin» (La Presse, 23 septembre 2013). Une prédiction pour finir en beauté : Pierre sera élu personnalité d’affaires par La Presse en 2017 ou en 2018.