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Encore des retards pour la destruction du Kathryn Spirit

L’épave de Beauharnois pourrit sur les berges du lac Saint-Louis depuis six ans

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La destruction du navire Kathryn Spirit échoué à Beauharnois est repoussée d’un an au désespoir du maire qui pensait en être débarrassé cette année.

La promesse du ministre des Transports Marc Garneau, qui affirmait en novembre dernier que le démantèlement du Kathryn Spirit commencerait dès le printemps de cette année, ne sera pas respectée.

En effet, Services publics et Approvisionnement Canada, l’organisme qui gère ce dossier, a confirmé par courriel au Journal que l’octroi du contrat de démantèlement ne se ferait finalement qu’à l’automne prochain et que ce contrat serait valide jusqu’en 2019.

Contacté par téléphone, un responsable de l’organisme fédéral a affirmé qu’en toute logique les travaux ne commenceraient pas avant l’année prochaine.

En attendant, le navire, amarré à Beauharnois en 2011 par son propriétaire de l'époque, l’entreprise québécoise Groupe St-Pierre, continuera de pourrir sur place.

Informé de ce nouveau contretemps par Le Journal hier, le maire de Beauharnois, Claude Haineault, ne cachait pas son agacement.

«Il va falloir qu’on arrête de rire de nous à un moment, s’est-il emporté. Cela fait six ans qu’on nous balade de service en service et que les annonces se succèdent.»

Manque de transparence

Le maire pensait que les choses allaient enfin bouger quand le gouvernement fédéral a fait construire un batardeau pour soutenir le navire qui menaçait de s'effondrer en février dernier.

«Cet hiver, on me jurait que tout serait fini cette année, et maintenant, on nous parle de 2019, se désolait hier Claude Haineault. Tant que le navire reste là, on risque un accident.»

Lors de son passage, le représentant du Journal a constaté que l’accès au site n’était pas sécurisé.

La députée néo-démocrate de Salaberry-Suroît, Anne Minh-Thu Quach, suit ce dossier de très près et déplore un manque de transparence.

«Quand je pose des questions en chambre, on ne me répond pas, explique-t-elle. On m’a répété à plusieurs reprises que les travaux débuteraient ce mois-ci, on m’a menti les yeux dans les yeux.»

La députée pense que le retard dans ces travaux de démantèlement risque de coûter cher aux contribuables.

«En tout, on a débloqué 20 millions de dollars pour régler cette situation, rappelle-t-elle. Si un accident se produit dans les prochains mois, ce seront les citoyens qui devront payer.»

 

Une saga interminable

2011

L’entreprise Groupe St-Pierre amarre le navire Kathryn Spirit à Beauharnois

2012

Le navire est vendu à une compagnie mexicaine qui prévoit le remorquer jusqu’au Mexique avant de le démanteler

2015

Faillite de la compagnie mexicaine. Le navire n’a plus de propriétaire

2016

Le gouvernement du Canada annonce qu’il assumera les coûts de stabilisation et de démantèlement du navire

 

Une menace pour l’eau

 

Les nombreuses années qu'aura passées le Kathryn Spirit sur les berges du lac Saint-Louis peuvent avoir un impact dangereux sur l'environnement, estime une experte.

«Un réservoir d’eau potable est situé tout près, rappelle Martine Chatelain, la porte-parole de la coalition pour une gestion responsable de l’eau Eau Secours. On sait que la cale du navire contient encore du mazout qui pourrait contaminer l’eau.»

Martine Chatelain veut aussi surveiller les conditions dans lesquelles le démantèlement du navire sera effectué.

«Même si cette opération est nécessaire, elle peut causer beaucoup de dégâts si elle est mal faite», affirme-t-elle.

Selon Martine Chatelain, le cas du Kathryn Spirit est emblématique du manque de volonté du gouvernement fédéral sur les dossiers environnementaux.

«On nous avait promis de remettre en place les nombreuses mesures de protection de l’eau que le gouvernement précédent avait détruites, mais ce n’était que de l’affichage, regrette-t-elle. Dans les faits, rien ne bouge.»