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Pédaler 1000 km sur deux fronts

Pierre Lavoie veut à la fois promouvoir les saines habitudes de vie et soutenir la recherche sur les maladies héréditaires orphelines

saglac
Photo Roger Gagnon

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SAGUENAY | Pierre Lavoie fourbit ses armes à l’aube du neuvième départ du 1000 km du Grand défi qui porte son nom. À partir de jeudi et jusqu’à la conclusion du périple à travers le Québec, dimanche, le sportif portera le flambeau qu’il juge nécessaire pour la réussite de son mouvement.

Lavoie et 1059 cyclistes prendront le départ ce soir au quai d’escale, à La Baie, pour faire la promotion des saines habitudes de vie et soutenir la recherche sur les maladies héréditaires orphelines. Comme à l’habitude, ils parcourront plus de 1000 km, en passant notamment par Québec, Trois-Rivières, Gatineau et Montréal, où ils seront accueillis en héros par des milliers de jeunes au Stade olympique.

Pour ce neuvième chapitre de la randonnée cycliste du Grand défi Pierre Lavoie, le cofondateur du mouvement veut frapper un grand coup. Si les nombreux efforts en matière d’activité physique auprès des enfants faits au cours des dernières années ont interpellé le gouvernement, il y a loin de la coupe aux lèvres en ce qui concerne les maladies orphelines. Lavoie a tenu à le rappeler à la veille du grand jour et il profitera des prochains jours pour frapper sur ce clou.

«Ça prend une politique sur les maladies rares au Québec, a tranché le triathlète en entrevue au Journal de Québec près du quai d’escale. Il n’y a pas de stratégie. En 2011 [le ministre] Yves Bolduc avait promis une stratégie en ce qui a trait aux maladies rares, comme il en existe dans le reste du Canada, aux États-Unis, en France et en Angleterre. On traîne de la patte et ça n’avance pas trop.»

Un demi-million de personnes

Au Québec, on estime à près de 500 000 le nombre de personnes atteintes ou porteuses d’une maladie rare. L’absence de politique en la matière empêche les patients de recevoir les services appropriés, selon Lavoie, dont deux de ses enfants sont décédés de l’acidose lactique à la fin des années 1990. Les premiers coups de pédale de Pierre Lavoie pour sensibiliser la population tirent leur origine de ces événements. Aujourd’hui, il est possible de prévenir et de dépister l’acidose lactique.

«On ne parle pas de recherches, mais bien que ces gens puissent se faire bien servir par le système, car ils ont des besoins différents, a-t-il soutenu. On a du retard et je vais profiter de la fin de semaine pour le dire. Ça prend une politique pour bien établir les règles, pour bien encadrer les personnes victimes de ces maladies, que les médecins puissent se parler entre eux, etc. C’est au ministre [de la Santé, Gaétan Barrette] à mettre ses culottes et à régler cela.»

Une taxe à transformer

L’autre message qu’il livrera pendant ses nombreux arrêts visera les entreprises et la taxe de 3 % qu’elles doivent payer au gouvernement du Québec proportionnellement à leur masse salariale. Pour Pierre Lavoie, cette taxe devrait servir à financer la prévention de la santé chez les employés.

«Pour moi, c’est quelque chose de logique que l’employeur puisse disposer de ce 3 % pour l’investir dans la santé de ses employés, que ce soit pour construire des douches, embaucher un kinésiologue ou guider ses employés vers la voie de la prévention de la santé, a expliqué le Baieriverain.

 

Vers un succès national ?

 

Le programme Force 4, qui sera implanté dans 450 écoles primaires du Québec à compter de l’automne, pourrait se transporter à l’échelle du pays dans les prochaines années. À condition que cette nouvelle formule fonctionne.

Annoncé en grande pompe en avril dernier, le programme Force 4, qui est chapeauté par le Grand défi Pierre Lavoie (GDPL), donnera les outils nécessaires aux écoles qui y adhèrent pour faire bouger tous les élèves pendant 60 minutes chaque jour, que ce soit en classe, à la récréation ou au service de garde. Le gouvernement Couillard a octroyé 8 millions $ pour la réalisation de ce projet qui s’inscrit dans la suite du défi des Cubes énergie.

Selon le visage du mouvement, il ne serait pas étonnant que les autres provinces emboîtent le pas, d’autant plus que les Cubes énergie sont déjà bien connus chez nos voisins canadiens.

«Les autres provinces regardent comment ça va aller. Et si ça marche, les autres provinces voudront sûrement aller de l’avant et elles vont se tourner vers l’État [lire gouvernement fédéral] pour instaurer le même concept», a dévoilé le sportif de 53 ans.

Norme OMS

Le GDPL s’est basé sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la création de Force 4. D’ici 10 ans, Pierre Lavoie et le gouvernement veulent que 80 % des enfants dans les écoles primaires atteignent cette référence. 

«Quatre Cubes, ça nous permet d’atteindre la norme de l’OMS. C’est tout ce qu’on fait, soit d’atteindre cette norme alors que l’OMS nous dit qu’un enfant doit bouger une heure par jour pour maintenir son corps en santé.

Expansion canadienne ?

Pierre Lavoie s’est d’ailleurs rendu à Ottawa en décembre dernier pour rencontrer des fonctionnaires fédéraux. 

«Sports Canada et Santé Canada avaient un intérêt pour voir comment on pouvait développer le Grand défi [...] On leur a dit qu’on ne changeait pas trop la recette, car ça marche. Ils nous connaissaient peu, mais c’était une belle rencontre. On est en attente de leur part, mais il faut rappeler qu’on est déjà dans toutes les provinces [avec les Cubes énergie].

 

En forme malgré les caprices météo

Bien reposé, Pierre Lavoie roulera environ 800 km au cours du périple qui s’amorcera ce soir à La Baie. Si la température capricieuse du printemps lui a joué de vilains tours dans sa préparation, il assure être prêt à relever – une nouvelle fois – l’imposant défi. «Je sais que ma forme est là», a-t-il soutenu. Il s’est même récemment tapé un triathlon pour vérifier son état. Et il s’attaquera au Ironman 70,3 de Mont-Tremblant aussi tôt qu’une semaine, jour pour jour, après la fin du 1000 km. Il tentera d’obtenir son billet pour le Championnat du monde du demi-Ironman qui se tiendra au Tennessee, en septembre. 

«Je sais que j’aurai pas beaucoup de jambes à cause du 1000 et ça fait en sorte que je me fais rattraper à vélo. Mais à la course à pied, je récupère le temps perdu. On verra bien.»

 

Une 10e édition « mémorable »

Foi de Pierre Lavoie, le 10e anniversaire du 1000 km, l’an prochain, promet. Sans trop s’avancer sur les détails de l’événement, le cofondateur du Grand défi nous a mis l’eau à la bouche. «Dans ma tête, la 10e [édition] est cannée et elle sera mémorable, mais je pense déjà à la 11e, car il faut que l’année d’après soit encore plus hot pour qu’il y ait une continuité.»

Le retour de La Boucle à Québec figure parmi les scénarios envisagés pour le 10e rendez-vous, a-t-il laissé entendre à l’auteur de ces lignes. Cette année, La Boucle sera présentée le 2 juillet dans la région de Montréal, en marge des festivités du 375e de la ville.

 

Pierre Harvey au départ

La participation du fondeur Pierre Harvey au 1000 km après plusieurs années d’absence réjouit au plus haut point Pierre Lavoie. La légende canadienne du ski de fond s’alignera avec l’équipe de vedettes de Québecor. «Je vais pédaler avec mon idole! Je me rappellerai toujours quand il avait répondu à un journaliste du Journal, qui lui demandait pourquoi il était présent, “qui va être là si les athlètes n’y sont pas?” Pour moi, c’est le plus grand athlète que le Québec n’a jamais eu alors qu’il a participé aux Jeux d’hiver et d’été», a souligné le Saguenéen.