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Trump et Cuba : aberrant

Trump et Cuba : aberrant
AFP

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Dans sa rage obsessionnelle de détruire tout l’héritage de Barack Obama, Donald Trump vient de résilier les récents accords entre les États-Unis et Cuba.

Le président américain, qui comme d’habitude ne pense pas beaucoup avant de parler, s’est vanté que désormais «l’Amérique allait dénoncer les crimes du régime Castro».

Les crimes de ce régime sont indéniables. Mais Castro a fait deux ou trois choses qui méritent le respect. D’abord, il a débarrassé les Cubains des richissimes crapules qui dirigeaient le pays. Ces crapules se sont par la suite réfugiées aux États-Unis qui les attendaient les bras ouverts. Ensuite, Castro a construit un système de santé qui est toute proportion gardée bien meilleur que celui que subissent les États-Unis. Enfin, Castro a généralisé l’accès à l’éducation. Encore ici, Cuba pourrait donner quelques leçons aux Américains.

Bien-entendu, personne à Cuba ne peut critiquer le régime Cubain. Il n’existe pas d’opposition digne de ce nom. Les libertés économiques très restreintes et les salaires sont très bas. Tous cela est condamnable et doit être critiqué.

Mais si Tump veut devenir le porte-parole des gens qui critiquent les pays autoritaires, il devrait les critquer de manière égale. Avant de dénoncer Cuba, il pourrait s’intéresser à la Chine, où les droits de la personne régressent. Au Venezuela, où 30 000 personnes meurent assassinées chaque année. Au Vietnam, à la Birmanie, à de multiples États africains et même à ses très bons amis d’Arabie Saoudite ou du Qatar. Il est curieux que Trump demeure complètement silencieux sur les droits de la personne dans ces pays.

Parlant d’Arabie Saoudite et du Qatar, les dirigeants de Cuba disposent peut-être d’une excellente façon d’améliorer leurs relations avec les États-Unis. Ils leur suffiraient d’acheter pour quelques milliards de dollars d’équipements militaires américains.

Blague à part, Donald Trump est en train de ruiner la politique extérieure des États-Unis. La dénonciation des accords avec Cuba n’est qu’un épisode parmi tant d’autres. Les relations entre les États-Unis et l’Europe sont en train de prendre une tournure inquiétante depuis  le retrait des États-Unis des accords de Paris sur le climat. Le projet de loi sur les sanctions à la Russie qui vient d’être adopté au Sénat enrage les Européens. Les responsables allemands et autrichiens ont accusé les États-Unis de se servir des sanctions contre la Russie pour imposer le gaz américain à l’Europe. Et la manœuvre américaine ressemble bien à cela.

Pour être juste, il faut ajouter que Rex Tillerson a déclaré qu’il était contre ce projet de loi parce qu’il risquait de nuire à l’établissement de relations constructives avec la Russie. Trump, sauf erreur, ne s’est pas encore prononcé sur ces sanctions.

Mais l’image qui ressort de tout cela est celle d’une politique étrangère américaine improvisée, au cas par cas, sans aucune vision à long terme. Une telle politique va discréditer davantage les États-Unis dans le monde.

Pourtant, si Trump a raison sur un seul point, c’est sur le nécessaire rapprochement entre Russes et Américains pour résoudre plusieurs conflits dans le monde. À long terme, un tel rapprochement sera inévitable si l’Allemagne et la France parviennent à refonder l’Europe. Il ne faut jamais oublier que les Russes sont d’abord et avant tout des Européens, en vaste majorité, et en dépit des tergiversations du Kremlin sur l’âme russe.  Mais surtout, à mesure que la Chine deviendra de plus en plus puissante, Américains, Russes et Européens devront faire contrepoids aux Chinois.

Ces considérations historico-politiques devraient guider les dirigeants américains. Mais il n’est pas du tout sûr que le rapprochement avec la Russie voulu par Trump obéisse à ces raisons.

En attendant, le grand cirque Trump poursuit son spectacle. Après le tour d’escamotage sur Cuba, quel sera le prochain numéro sur le grand chapiteau de la Maison Blanche ? Un nouveau nunéro de clown peut-être?