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Confession d’un «cave»

Michaëlle Jean
Photo Pierre-Paul Poulin

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Les journalistes exaspèrent bien du monde de nos jours au Québec.

Face à leurs questions, plusieurs puissants rêvent, à l’instar du ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, cette semaine, de nous lancer un «On va arrêter de faire le cave icitte, là!».

Si poser des questions, demander des précisions, tenter de comprendre ce que nous dit l’élu, insister, comme le faisait ce jour-là le chef de bureau de Radio-Canada Sébastien Bovet face à M. Lessard, c’est «faire le cave», eh bien assumons.

Allez, journalistes, en solidarité, disons: «Je suis Bovet.» Ou plus généralement encore: «Je suis cave.»

Un harceleur

Le «cave» est vraiment casse-pied. Et pire encore. Écoutons la manière dont Philippe Couillard, cette semaine au 93,3 à Québec, le décrit: «C’est clair que, quand on a un gouvernement qui réussit, qui tient ses engagements [...] on a une campagne, toujours en fin de mandat, de dénigrement, de harcèlement systématique.»

Autrement dit, révéler – prenons un exemple parmi tant d’autres – des faits (non contestés) sur la relation d’un premier ministre avec un ancien organisateur comme Marc-Yvan Côté, qui fait actuellement face à des accusations très graves (fraude, abus de confiance et corruption), relève du «dénigrement» et du «harcèlement systématique». (Certains préféreraient «systémique» peut-être?)

Au détour d’une phrase de la même interview, M. Couillard, au sujet de M. Côté, est allé jusqu’à dire: «J’avais connu ce monsieur-là.» Étrange, il y a quelque cinq ans, dans ses courriels, il l’appelait «Marc-Yvan», le qualifiait d’«ami» intime et l’invitait à la maison pour le consoler!

On a parfois l’impression qu’on nous prend pour des «caves»...

Qui sait, bientôt, M. Couillard parlera peut-être de Jean Charest en le désignant ainsi: «Ce monsieur-là.» Car le premier ministre actuel veut prendre ses distances de son prédécesseur comme jamais. Questionné, vendredi, sur les déclarations de son ancien chef (M. Charest a confié à La Presse qu’il aurait souhaité témoigner publiquement devant la commission Charbonneau), M. Couillard, très irrité, a carrément refusé de commenter.

Populisme

Le mot «cave» est un québécisme voulant dire «crétin». Michaëlle Jean se l’appropriera-t-elle? La Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie est une ancienne journaliste, après tout.

Mais cette semaine, elle a qualifié de «bruit pour rien» le travail d’enquête de notre Bureau et a soutenu que celui-ci exsudait le «populisme». Aïe, nous n’avions pas assez d’avoir été considérés récemment comme des caves, des dénigreurs et des harceleurs!

Or, le populisme, ce n’est vraiment pas très joli, sous la plume de la Secrétaire générale. C’est entre autres l’«ignorance», la «division», la «suspicion». Ce mal absolu a même suscité un «appel pour un humanisme universel», lancé solennellement cette semaine à Montréal, par Mme Jean, de concert avec trois homologues d’organismes comparables: l’organisation ibéro-américaine, le Commonwealth et la Communauté des pays de langue portugaise.

L’«appel» condamne sans les nommer des décisions prises démocratiquement par certaines nations (Brexit, élections de Trump). Et enfin, exige des États qu’ils donnent de manière «urgente» aux «organisations internationales», ces «enceintes privilégiées d’un multilatéralisme assumé, les moyens financiers nécessaires à l’accomplissement de leurs missions».

Lorsque vous, le «cave», vous comptez exposer de manière étoffée la façon dont certains dirigeants multilatéralistes dépensent cet argent, «vous n’y pensez pas? C’est du populisme mon cher!», nous répond-on.

Ah, je n’avais pas compris. Je suis cave, vous dis-je.

La citation de la semaine

« En plein hiver, j’ai passé entre trois et quatre mois sans eau chaude! » – Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Le carnet de la semaine

Poésie lessardienne?

Laurent Lessard a-t-il tenté de faire du Nelligan, dont les vers célèbres sont justement «comme la neige a neigé»? Toujours est-il que le ministre des Transports a déclaré, cette semaine: «La neige a son historique de neige et puis ce qu’on dit c’est la surveillance des marchés on en a fait pas suffisamment.»

Dépaysement caquiste

À la clôture des travaux parlementaires, le chef caquiste François Legault a fait une suggestion de destination vacances à ses ouailles: «Je suggère d’ailleurs à mes députés, à mes collègues caquistes de venir faire une expédition à Montréal, hein? [...] Faire du Bixi sur Le Plateau-Mont-Royal ou dans le Mile-End, là... L’Afrique, l’Indonésie, c’est de la petite bière. Pour un caquiste, là, il n’y a rien de plus dépaysant que de venir à Montréal.»

Pogo solidaire

En souhaitant bon été à tous en chambre, Manon Massé de QS a fait l’éloge «des activités où, au ras des pâquerettes, on se retrouve, on prend de la bière, on mange des hot-dogs». À la suggestion d’un collègue, elle a ajouté: «Oui, des pogos! On se le souhaite pour cette année, en tout cas, quelques pogos et dégelés... et bien sûr quelques mets végétariens, puisqu’une partie de notre population ne mange pas de viande.»