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Du caporal Virginie au caporal Vincent

Un soldat québécois transsexuel se confie dans une rare entrevue sur les dessous de sa transition

Le caporal Lamarre est responsable des déplacements, de l’entretien et des réparations des véhicules sur la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Photo Chantal Poirier Le caporal Lamarre est responsable des déplacements, de l’entretien et des réparations des véhicules sur la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu.

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«Qu’est-ce que tu as entre les jambes? » «Es-tu rendu gay?» «Vas-tu te faire opérer en bas?» L’un des rares soldats transsexuels dans les Forces armées canadiennes mène le combat d’une vie: mettre fin aux stéréotypes et tabous de ce milieu typiquement macho.

Vincent Lamarre a commencé sa carrière dans l’armée canadienne à l’âge de 23 ans. À l’époque, son prénom était Viriginie.

C’est en tant que femme qu’il a été déployé pendant huit mois en Afghanistan en 2010. Il y était la seule soldate à ravitailler la ligne de front et transporter des victuailles en pleines zones de guerre.

Le caporal Vincent Lamarre, à l’époque Virginie Lamarre (2e à partir de la gauche), a reçu un «coin» de la part du brigadier-général Sébastien Bouchard (à gauche), en Afghanistan. Il s’agit d’une pièce spéciale remise pour un travail qui mérite d’être souligné.
Photo courtoisie
Le caporal Vincent Lamarre, à l’époque Virginie Lamarre (2e à partir de la gauche), a reçu un «coin» de la part du brigadier-général Sébastien Bouchard (à gauche), en Afghanistan. Il s’agit d’une pièce spéciale remise pour un travail qui mérite d’être souligné.

Le caporal Lamarre n’a visiblement pas froid aux yeux. Rien ne l’arrête. Mais il y a une chose qu’il n’avait jamais réussi à faire jusqu’à récemment: se sentir à l’aise dans son corps.

Ce n’est qu’après avoir frôlé la mort lors d’un voyage en 2014 que Virginie a décidé de devenir Vincent.

L’armée ne peut dire avec exactitude le nombre de personnes transsexuelles dans ses rangs. Chose certaine, Vincent fait partie des 19 soldats à qui l’armée a payé le processus de changement de sexe depuis 2008.

Parmi eux, le trentenaire originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu est l’un des rares qui accepte de parler si ouvertement de ce choix de vie.

Appui des collègues

S’il dit pouvoir compter sur l’acceptation quasi inconditionnelle de ses collègues et l’appui de ses supérieurs militaires, sa transition ne s’est pas faite sans heurts d’abord sur la base de Valcartier, puis à celle de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Il n’a eu d’autre choix que de s’habituer au barrage de questions parfois indiscrètes. Ni de faire face au malaise palpable de ses collègues masculins dans les toilettes, vestiaires et douches qu’ils partagent désormais.

«Au départ lorsque j’entrais dans la toilette ou les vestiaires, les gars qui étaient là devenaient gênés et sortaient pour me laisser mon intimité. Ensuite, lorsque je sortais, ils rentraient tous en s’excusant», dit-il, en ajoutant que le malaise s’est dissipé dès que son corps a commencé à se transformer.

Le caporal Lamarre raconte que c’est à l’âge de trois ans qu’il a commencé à se sentir comme un étranger dans son corps, même s’il était trop jeune pour comprendre le concept de «genre» ou de «sexe».

«Dans ma jeunesse, j’étais convaincu que j’étais né comme hermaphrodite et que ma mère avait fait enlever mon pénis. Même quand j’ai compris que ce n’était pas le cas, j’ai refoulé une rage intérieure envers elle pendant des années parce que j’étais convaincu que c’était à cause d’elle que j’étais dans un corps de femme», raconte le caporal lors d’un entretien à la garnison de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Mais ce n’est qu’au moment d’atteindre la puberté que le caporal Lamarre a commencé à ressentir une détresse psychologique qui le poussait même à se blesser.

Seins maudits

«Quand mes seins ont commencé à pousser, je les bandais avec un ruban serré en espérant qu’ils disparaissent. Quand j’ai eu mes premières menstruations, je me frappais dans le ventre en espérant empêcher le développement de mon utérus et mes organes féminins. Je ne voulais rien de tout ça», se rappelle-t-il.

Malgré tout, il était persuadé à l’époque qu’il s’habituerait un jour à son physique.

Après quelques années de travail dans la restauration, c’est le déclenchement de la guerre en Afghanistan et un désir profond d’aider son pays qui l’a poussé à se joindre aux Forces armées canadiennes. Il a réussi sa qualification de soldat, pour ensuite faire celle de chauffeur. Deux ans plus tard, il a été déployé en Afghanistan pendant huit mois.

Le caporal Lamarre a été déployé en 2010 et 2011, pendant huit mois, avant sa transition de femme à homme.
Photo courtoisie
Le caporal Lamarre a été déployé en 2010 et 2011, pendant huit mois, avant sa transition de femme à homme.

Malgré les périls et l’adrénaline associés à son travail, il a fallu un accident en plongée sous-marine pendant des vacances en 2014 pour obliger le caporal à envisager sérieusement la possibilité de devenir un homme.

«J’avais fait des années de thérapie pour apprendre à accepter mon corps. Mais je suis passé à un cheveu de mourir noyé pendant mes vacances. Et c’est cet événement qui a été l’élément déclencheur qui m’a fait dire : “assez, c’est assez. Je veux vivre ma vie et je veux arrêter d’être malheureux”», raconte Vincent Lamarre.

Une décision qui n’a pas fait l’unanimité dans son entourage, avoue-t-il. «Quand je l’ai annoncé à ma blonde de l’époque, elle a complètement pété sa coche. Elle ne voulait rien savoir de ça, elle me disait que je l’avais trahie. Aujourd’hui, on n’est plus ensemble», laisse tomber le soldat.

Du côté de sa famille, tous ont rapidement accepté son choix. Et ce, même s’il avait tellement peur de le dire à sa mère que c’est plutôt sa sœur qui l’a fait pour lui.

N’empêche que c’est l’annonce à sa 2e famille, soit ses collègues et supérieurs militaires, qui l’angoissait le plus.

Sans fondement

Or, ses craintes se sont avérées sans fondement. Immédiatement, ses patrons ont pris au sérieux sa transition. Ils l’ont accommodé le plus possible, explique-t-il.

Ce qui a davantage surpris le caporal est plutôt le barrage de questions auquel il a dû faire face de la part de ses collègues.

«Les gens ne connaissent pas le sujet, ils ont vu que j’ai une ouverture à en parler. J’ai donc été bombardé de questions. La plupart étaient très compréhensibles, mais certaines ne se posent vraiment pas. Comment te sentirais-tu si je te demandais si tu avais un pénis entre les jambes, ou si tu étais castré? Ce n’est pas de tes affaires», s’exclame-t-il.

Même un transfert quelques mois plus tard vers la garnison plus petite de Saint-Jean-sur-Richelieu, plus près de ses rendez-vous médicaux à Montréal, n’a pas réduit le nombre de questions.

«Je m’exprime publiquement sur mon cheminement dans le but d’informer les gens. Si je peux éviter à cinq personnes de devoir répondre à ces questions, ça se peut que je sauve cinq personnes trans [de la dépression]. La transition est déjà tellement éreintante, c’est encore plus épuisant de te faire­ poser plein de questions», explique le caporal.

Collègues surpris

Le supérieur du soldat, le caporal-chef Dominic Morin, avoue que l’annonce de la transition de sexe du caporal Lamarre a étonné son équipe. Les questions n’ont pas tardé à fuser.

«Je connais le caporal Lamarre depuis que nous étions tous les deux en poste à Valcartier, avant l’annonce de sa transition. C’est sûr que lorsqu’on nous a dit qu’il changeait de sexe, ça a pris plusieurs personnes par surprise. On connaît tellement peu de personnes trans, et encore moins des soldats», raconte le caporal-chef.

La transition vers la vie dans un corps d’homme a mené à son lot d’adaptations, avoue en riant le jeune militaire, que ses collègues décrivent comme «hyperactif», «enjoué» et surtout, «verbomoteur».

Le plus important changement fut l’utilisation des toilettes, vestiaires et douches des hommes, qui s’est fait avant même que son corps commence lentement à se transformer grâce aux traitements hormonaux.

«C’est moi qui ai eu le plus de misère à m’habituer au changement de locaux. La situation avec les toilettes et les vestiaires me stressait beaucoup», explique-t-il.

Ne sachant pas d’avance dans quelle mesure l’armée voudrait bien l’accommoder, le caporal a même acheté sa résidence pour s’assurer d’être à l’aise.

«Quand j’ai été transféré à Saint-Jean, j’ai acheté une maison à 4 km de la base pour pouvoir y aller n’importe quand pour me laver ou me soulager», avoue M. Lamarre.

Ça s’est avéré inutile. Le caporal explique que l’armée a plutôt mis une toilette et une douche individuelle à sa disposition près de son travail.

Transition à 50 %

Le processus de transformation entamé par le caporal Lamarre en 2014 s’avère péniblement long. D’abord, les traitements hormonaux. Ensuite, les nombreux mois d’attente pour sa première opération qui a finalement eu lieu en juin 2016. Il a subi l’ablation des seins, avant de se faire retirer l’utérus.

«Je dirais qu’aujourd’hui, je suis à un peu plus de 50 % de la transition physique, même si ça fait des années que je l’ai entamée. C’est un processus super long et extrêmement douloureux par moments, mais la partie la plus frustrante est certainement l’attente interminable pour avoir des rendez-vous», explique le caporal.

Maintenant, c’est la phalloplastie – la création d’un pénis – qui l’attend. Un processus qui prend pas moins de deux à trois ans et qui réussit rarement du premier coup, admet Vincent Lamarre.

«Je ne suis pas encore sorti du bois et de nombreuses personnes transsexuelles ne vont pas jusqu’à la création d’un pénis, dit-il. Mais je compte aller au bout du processus, c’est ce que je veux au plus profond de moi.»

Plus facile d’être un homme dans l’armée qu’une femme

Le caporal Lamarre a été transféré à la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu après l’annonce de sa transition afin d’être plus près de Montréal où il va à ses rendez-vous médicaux. Cette base, où il se trouve sur cette photo, est plus tranquille qu’à Valcartier.
Photo Chantal Poirier
Le caporal Lamarre a été transféré à la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu après l’annonce de sa transition afin d’être plus près de Montréal où il va à ses rendez-vous médicaux. Cette base, où il se trouve sur cette photo, est plus tranquille qu’à Valcartier.

Le caporal Vincent Lamarre assure aujourd’hui qu’il est bien plus facile d’être un homme qu’une femme au sein des Forces armées, un milieu essentiellement masculin.

«La perception est très différente, il y a vraiment une très grosse différence entre être une femme et un homme dans l’armée, lance sans détour le soldat. Comme tout milieu masculin, je me mettais beaucoup de pressions inutiles [lorsque j’étais une femme] parce que si je faisais une erreur, j’avais l’impression que je serais tout de suite jugée fortement par les gars.

«Aujourd’hui, j’ai l’impression que si je fais une erreur, les gens disent “pas grave mon chum, ça arrive à tout le monde” et on passe à autre chose. Les pressions que s’imposent les femmes dans les Forces armées canadiennes sont nettement supérieures», continue-t-il.

La différence s’est fait sentir lors de sa tournée en Afghanistan en 2010-2011 à titre de chauffeur qui ravitaillait notamment les unités militaires afghanes. Le caporal Lamarre était à ce moment-là la seule femme dans une unité de plusieurs dizaines de soldats canadiens au Moyen-Orient.

Le traitement que lui réservaient les forces armées locales n’a rien fait pour alléger son malaise envers son corps.

«Ce n’était pas facile de travailler avec la communauté locale à titre de femme, parce que c’est une culture tellement différente. J’étais constamment en train de rappeler aux Afghans que je n’étais pas un objet. Heureusement, je me sentais vraiment protégé par mes 41 collègues canadiens», explique en rigolant le caporal.

Pas assez de femmes

D’ailleurs, la direction des Forces armées reconnaît qu’il manque présentement de femmes au sein de ses équipes. Celles-ci représentent à peine plus de 15 % des 100 000 personnes qui travaillent au sein des FAC.

L’administration des forces a donc annoncé la semaine dernière qu’elle espérait atteindre le cap de 25 % de femmes d’ici 10 ans grâce à un plan fort ambitieux d’augmenter le recrutement féminin d’un pour cent par année sur 10 ans.

«Nous pouvons en faire bien plus pour refléter la force et la diversité de la population que nous servons, tant dans l’effectif militaire que civil», a écrit la Défense nationale dans sa nouvelle politique.


Une première fois marquante

La première fois que le caporal Lamarre a uriné en compagnie de collègues masculins a été des plus mémorables.

À l’aube d’une parade militaire en 2014, tous devaient faire un test urinaire antidrogue. Les femmes devaient se mettre dans une première file d’attente et les hommes, dans une seconde. Or, il n’y avait qu’une douzaine de femmes qui patientaient, tandis qu’il y avait des centaines d’hommes.

«Les gars me demandaient pourquoi je n’allais pas avec les femmes. “Tu as encore la chance”, me disait-on. Mais j’ai refusé, parce que je venais de déclarer que j’étais un homme, alors je ne voulais pas les avantages d’une femme. Ça ne marche pas, je veux être comme tous les autres hommes», dit le caporal.

«Donc j’ai pissé à côté des gars, la porte ouverte et devant tout le monde. Les gars étaient tous crampés. Ça s’adonne que c’était la journée que j’avais reçu l’autorisation d’utiliser les toilettes des hommes, donc ça a été une entrée fracassante. J’avoue que j’étais pas mal nerveux», dit-il en riant.


Intérêt international

Le cas «exceptionnel» de Vincent Lamarre n’intrigue pas seulement ses collègues. Depuis plus d’un an, le jeune caporal est le sujet d’un documentaire de la part d’une réalisatrice française qui le suit depuis le début de sa transition.

«La réalité en France est que ces choses ne sont pas discutées au sein des forces armées, et ça demeure un sujet très tabou. Le caporal ne se gêne pas d’en parler ouvertement, et nous espérons pouvoir inspirer d’autres militaires avec son parcours», explique la lieutenant de vaisseau Delphine Bonnardot, qui accompagne le caporal Lamarre.


Merci aux uniformes unisexes

Le caporal Lamarre ne s’en cache pas. Il était particulièrement nerveux au début de sa transition, car il ne savait pas si l’annonce serait acceptée par ses pairs et ses supérieurs dans un monde aussi macho que les Forces armées.

Or, deux éléments inattendus de la vie de militaire ont rendu la transition nettement plus facile: l’uniforme de travail unisexe et l’utilisation du nom de famille plutôt que le prénom.

Son supérieur immédiat à la garnison de Saint-Jean-sur-Richelieu, le caporal-chef Dominic Morin, est du même avis.

«Une chose qui est intéressante dans l’armée, c’est que personne n’a de prénom. On s’adresse aux gens par leur grade et leur nom de famille, donc on est passé de “caporal Lamarre” à “caporal Lamarre”. L’affaire où je me trompais le plus, c’était surtout au niveau des pronoms “il” et “elle” par contre», avoue le militaire de 39 ans.


Transition ou transformation ?

Il faut absolument utiliser le mot «transition» plutôt que «transformation» pour parler du changement de sexe graduel d’une personne trans, avertit Vincent Lamarre. «Les personnes trans n’aiment pas le mot transformation, parce qu’il donne l’impression que ça se fait en deux secondes et en claquant des doigts. Le mot transition illustre mieux le processus incroyablement long et souvent douloureux», explique-t-il.

Celui-ci n’a d’ailleurs pas hésité à corriger notre journaliste et même une collègue des Forces armées pendant sa rencontre avec Le Journal.

«Je pense que c’est une des choses que je corrige avec le plus d’insistance, car c’est un mot qui peut sembler très inoffensif pour plusieurs, mais qui est très dérangeant pour moi», partage le militaire.


L’exception : Une barbe

Le caporal Lamarre est responsable des déplacements, de l’entretien et des réparations des véhicules sur la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Photo Chantal Poirier

Un atout physique qui démarque d’emblée le caporal Lamarre du reste de ses collègues sur la base militaire est sa barbe. De façon générale, les Forces armées canadiennes interdisent formellement le poil sur le visage et exigent que tous les soldats soient rasés quotidiennement.

Or, la barbe est plutôt devenue un élément thérapeutique pour Vincent Lamarre, qui a obtenu une exemption «exceptionnelle» pour continuer à la porter pendant son service.

«Ça me brisait le cœur de devoir me raser. Quand tu es en transition, les changements sont tellement progressifs que tu n’oublies jamais ton ancien visage. Aussitôt que je me rase, je recommence à voir mon visage du passé et je suis rempli d’anxiété», raconte le militaire.

N’empêche que ce n’est pas seulement lui qui est plus confortable avec la barbe, ajoute le caporal en riant. «Les gens sont plus à l’aise avec moi quand j’ai la barbe. Quand je suis dans les vestiaires, mais que je suis rasé, il y a vraiment un malaise de la part des autres hommes qui est très perceptible parce qu’ils m’ont connu avant ma transition», dit-il.

De petite-fille à petit-fils préféré

Le caporal Lamarre est responsable des déplacements, de l’entretien et des réparations des véhicules sur la base militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Photo courtoisie

La transition du caporal Lamarre n’aurait jamais été possible sans l’appui de sa famille. Sa grand-mère a même offert de payer 3000 $ pour qu’il puisse se faire enlever les seins chez un chirurgien d’exception en Ontario.

«C’est grâce à ma grand-mère, qui a 84 ans aujourd’hui, que j’ai pu me payer une mastectomie à 8500 $ à Mississauga. Avant, j’étais sa petite-fille préférée, et maintenant je suis son petit-fils préféré. Elle m’aime beaucoup et m’a appuyé dès le départ», raconte Vincent Lamarre, sourire aux lèvres.

La transition l’a même rapproché de sa mère, avec qui il avait longtemps été à couteaux tirés à cause de son propre inconfort avec son corps.

«J’ai eu une relation très tendue pendant ma jeunesse avec ma mère, parce que je lui en voulais de m’avoir fait un corps de femme. Depuis ma transition, nous n’avons jamais été aussi proches et elle est toujours là pour m’aider après mes chirurgies», explique Vincent Lamarre.

Même son frère et sa sœur aînés se sont rapprochés de lui depuis le début de sa transition. Fait cocasse: Vincent Lamarre a décidé d’annoncer la nouvelle en primeur à sa sœur le jour de sa fête à lui, alors que celle-ci avait organisé un événement-surprise en son honneur.

«Quand elle m’a entendu lui dire que je voulais lui parler et qu’on devrait aller prendre une marche, elle a vite compris que c’était sérieux. Et quand j’ai commencé à déballer mon sac, elle a commencé à écrire aux gens pour leur dire que la fête était annulée», rigole le trentenaire.

50 % de sa transition terminée

Le caporal Lamarre a entamé sa transition en 2014. Malgré les années qui se sont écoulées et les innombrables traitements, séances de thérapie, pilules et chirurgies, le caporal estime qu’il n’a complété qu’environ 50 % du processus. Voici les étapes de sa transition.

2014

Il est en thérapie avec des sexologues et des professionnels de la santé mentale pendant plus d’un an pour un diagnostic de dysphorie de genre (le fait de ne pas s’identifier au corps dans lequel tu vis).

2015

Après six mois d’attente, un endocrinologue lui prescrit son traitement hormonal. Il doit s’injecter un cocktail d’hormones, notamment de la testostérone, chaque semaine pour le reste de sa vie.

Juin 2016

Première de deux chirurgies pour l’ablation des seins (mastectomie).

Septembre 2016

Change légalement son prénom et son sexe auprès de l’état civil.

Octobre 2016

Change son prénom et son sexe auprès des Forces armées.

Février 2017

Chirurgie pour enlever son utérus (hystérectomie).

Mars 2017

Deuxième chirurgie pour compléter l’ablation des seins.

À venir 

Trois opérations pour la phalloplastie, soit la création d’un pénis.

  1. Pendant six heures, des chirurgiens vont prélever des morceaux de tissus de peau, de veine et d’artère d’un bras du caporal qu’ils vont ensuite rouler «comme un parchemin» pour façonner l’organe ainsi qu’un scrotum. Le tout sera ensuite attaché au pubis et branché à l’artère fémorale.
  2. S’il n’y a pas de nécrose ou d’infection (ce qui est rare), une deuxième chirurgie aura lieu entre six mois et un an plus tard pour brancher l’urètre à la vessie. «C’est là qu’il y a généralement beaucoup de problèmes qui surviennent, notamment l’urètre qui se bouche et qui fait qu’on urine dans son corps», explique le caporal.
  3. La troisième chirurgie sert à installer une pompe mécanique dans le pénis qui permet d’avoir des érections.