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«Maroon 5, ça aurait dû être nous!»

Jacques Gaines s’est découvert une passion pour la photo.
Photo Camirand Jacques Gaines s’est découvert une passion pour la photo.

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En 1996, un jeune groupe de Québec, qui n’avait même pas d’album sur le marché, ­surprenait le monde de la ­musique en étant engagé pour faire la tournée nord-américaine de Céline Dion. «C’était un conte de fées», se souvient l’ancien chanteur de Soul Attorneys, Jacques Gaines, devenu aujourd’hui photographe.

L’histoire de Soul Attorneys est pour le moins surprenante. Au début des années 1990, Jacques Gaines avait décidé de former un groupe avec deux autres musiciens de Québec, Éric Filto et Mathieu­­­ Dandurand. Grâce à leur impresario, Sébastien Nasra (aujourd’hui­­­ derrière M pour Montréal), les musiciens avaient été repérés par Sony Music.

Lors d’un concert au Liquor Store de Montréal, en novembre 1996.
Photo d’archives
Lors d’un concert au Liquor Store de Montréal, en novembre 1996.

Pour l’enregistrement de son tout premier album, Soul Attorneys s’était rendu à Los Angeles. C’est là-bas que le groupe avait rencontré Céline Dion. «Nous enregistrions dans le même studio qu’elle, dit Jacques Gaines. Le jour, c’était nous. Le soir, c’était elle. Elle faisait des voix pour Falling Into You. Elle a entendu notre stock et René (Angélil) lui a dit qu’on venait de Québec. Elle nous a invités à faire la première partie pour sa tournée nord-américaine!»

Soul Attorneys lors de la dernière représentation canadienne de Céline Dion, dont ils faisaient la première partie, en 1996.
Photo d’archives
Soul Attorneys lors de la dernière représentation canadienne de Céline Dion, dont ils faisaient la première partie, en 1996.

Ainsi, sans aucune expérience («nous n’avions joué que dans des partys d’université devant 500 personnes!»), Soul Attorneys s’est retrouvé à ouvrir des spectacles pour la chanteuse dans des arénas ­devant des milliers de spectateurs. «On a commencé au GM Place, à Vancouver, dit Jacques Gaines. Il y avait 13 000 personnes! Après notre performance, ce soir-là, René est venu nous voir et il nous a dit: “Les gars, ce soir, ça aurait pu foirer, mais c’était bien bon!”»

Mathieu Dandurand et Jacques Gaines lors d’un concert en mai 1996.
Photo d’archives
Mathieu Dandurand et Jacques Gaines lors d’un concert en mai 1996.

En tout, le trio a accompagné la chanteuse pour 23 spectacles au Canada et 13 aux États-Unis. «C’était un conte de fées, dit Jacques Gaines. Après ça, on était complètement rodés. Mais le contraste a été dur. J’avais juste goûté à ça, l’autobus de tournée, les avions, etc. Quand ç’a redescendu après, ça me tentait plus ou moins.»

Échecs consécutifs

Malgré l’aide de Céline Dion, Soul Attorneys n’a jamais véritablement connu de succès explosifs dans les ventes d’albums. Pour son premier disque, avec les morceaux These Are the Days, See the People et So They Say, il en a écoulé 60 000 exemplaires.

Soul Attorney (JacquesGaines, Éric Filto et Mathieu Dandurand) en mai 1996.
Photo d’archives
Soul Attorney (JacquesGaines, Éric Filto et Mathieu Dandurand) en mai 1996.

Mais dès le deuxième album, ça ne fonctionnait plus. Éric Filto a quitté le groupe, pour des raisons de santé­­­. Et le groupe a été renommé J. Gaines and the Soul Attorneys. «Le deuxième ­album n’avait pas vraiment de ­direction artistique, dit Jacques Gaines. C’était comme une collection de tounes avec différents styles. C’était vraiment n’importe quoi. Si on en a vendu 5000, c’est bon.»

En octobre 1997, Soul Attorneys reçoit un disque d’or pour son premier album.
Photo d’archives
En octobre 1997, Soul Attorneys reçoit un disque d’or pour son premier album.

Après cet échec, Jacques Gaines a quitté Sony Music et décidé de faire cavalier seul. Il a lancé un premier album solo francophone, qui n’a pas eu le succès espéré. Et un nouvel album anglophone, en 2007, a aussi été un échec.

«Il n’y a rien qui a “pogné” dans mes deux albums, reconnaît Jacques Gaines. Je me disais que soit je ­n’écrivais pas des chansons qui ­fonctionnaient, soit les compagnies de disques ne voulaient pas les pousser. Je ne voulais pas la réponse.»

Production vidéo

En 2008, il a annoncé à son entourage qu’il arrêtait la musique. «Ça venait aussi du fait que l’industrie du disque est vraiment différente, dit-il. On ne vend plus des morceaux de plastique, on vend des shows

Passionné par la vidéo depuis son enfance, il a commencé à faire de la production de vidéo commerciale. Puis il est devenu consultant vidéo pour une agence de marketing. En 2012, il a été engagé par l’École de cirque de Québec comme fournisseur multimédia. «Ça fait cinq ans que je suis là, dit-il. Mais j’ai donné ma lettre de démission le mois dernier! J’ai tellement d’autres projets qui s’en viennent.»

Quand on demande à Jacques Gaines s’il a des regrets par rapport à la carrière de Soul Attorneys, sa réponse ne se fait pas attendre. «Le seul regret que j’ai là-dedans, c’est que quand ça roulait d’aplomb, je pensais plus aux ventes de disques et au succès futur que j’allais avoir, au lieu d’apprécier ce que j’avais.»

«Je regarde un band comme Maroon 5 et je capote, poursuit-il. Ça aurait dû être nous autres! C’est le même genre. Un groupe de R&B cool avec un hipster qui chante. On n’a jamais eu la chance de se rendre à ce point-là. Mais on avait le talent.»

Retour à la musique

Ayant quitté le monde de la musique il y a près de dix ans, Jacques Gaines y fera très bientôt un retour, annonce-t-il au Journal. «J’ai signé un contrat de disque il y a un mois et demi avec Vega Musique, dit le chanteur de 52 ans. Il y a un album qui s’en vient, mais je ne sais pas quand.»

Même s’il se tenait loin de l’industrie, Jacques Gaines a continué d’écrire et d’enregistrer des chansons, à temps perdu, au cours des ­dernières années. «Je n’avais pas l’intention de les publier», dit-il.

Il a déjà une trentaine de chansons anglophones dans ses tiroirs. Pourrait-il retravailler avec les anciens membres de Soul Attorneys? «Oui, mais ils sont à Montréal et moi, à Québec, dit-il. On verra bien!»

Passionné de photographie, Jacques Gaines a lancé sa chaîne YouTube il y a deux ans, dans laquelle il raconte son cheminement en apprentissage photo. «Je documente tout, les séances de photo, l’équipement dit-il. J’ai fait beaucoup de photos pour l’École de Cirque.» Récemment, il a aussi été engagé par les magasins Simons pour photographier leur catalogue en ligne.


Pour plus d’infos sur Jacques Gaines: jacquesgaines.com.

Soul Attorneys en 6 points

♦En 1995, le groupe de Québec signe un contrat avec l’étiquette Sony Music.

♦En 1996, alors qu’il met la touche finale à son premier album­­­, à Los Angeles, le groupe est invité à faire la première partie de Céline Dion.

♦Au printemps 1996, les choses déboulent pour Soul Attorneys avec la sortie de son premier album. Porté par les succès These Are the Days et So They Say, le groupe reçoit un disque d’or, en septembre 1997.

♦Au tournant de l’an 2000, alors qu’il travaille sur son deuxième album, le groupe apprend la nouvelle qu’Éric Filto souffre d’une tumeur derrière un œil. Même si la maladie s’avère bénigne, le claviériste décide de quitter le groupe.

♦Pour son deuxième album, Another Day, la formation se renomme­­­ J. Gaines and the Soul Attorneys. Malgré le ­morceau Better Man très bien reçu, ­l’album se vend très peu.

♦Après avoir quitté Sony ­Music, Jacques Gaines sort deux ­albums solos, un en français, en 2006, et un en anglais, en 2007. Les deux disques s’avèrent des échecs. Le chanteur annonce l’année suivante qu’il quitte la musique.