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«Morts parce que pauvres»

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«Une trappe à feu», c’est la seule façon de décrire la tour Grenfell de Londres, devenue un tombeau pour des dizaines, peut-être une centaine, de résidents.

«Ils sont morts parce qu’ils étaient pauvres», a écrit un Londonien sur Twitter. Ce n’est pas faux. Personne ne choisit de vivre dans un tel endroit. Il faut y être forcé.

En Grande-Bretagne, habiter une tour d’habitation n’a rien de prestigieux. Érigées à la va-vite par les gouvernements d’après-guerre, ces HLM remplaçaient des taudis victoriens ou des zones bombardées. Un moyen économique de regrouper le plus grand nombre de personnes possible dans le plus petit espace possible.

Taudis verticaux

La majorité a été mal construite: en 1968, la tour Ronan Point dans l’est de Londres s’est partiellement effondrée à la suite d’une explosion de gaz deux mois après son inauguration.

En 2009, six personnes sont décédées dans l’incendie de la tour Lakanal.

Comme Grenfell, Lakanal venait d’être rénovée à grands frais. Là aussi, les nouveaux panneaux extérieurs s’étaient rapidement embrasés. Il n’y avait qu’un seul escalier et pas de système d’alarme central.

L’enquête a révélé que les autorités connaissaient les risques.

Huit ans plus tard, l’incendie de la tour Grenfell suscite un sentiment de déjà-vu: un seul escalier, pas d’alarme centrale, la même consigne de ne pas bouger, des nouveaux panneaux extérieurs qui ne résistaient pas au feu, des rénovations mal faites et des résidents qui ont tenté, en vain, pendant des années, d’obtenir des correctifs du propriétaire.

Ils avaient peur et ils avaient raison d’avoir peur. Mais personne ne les a écoutés. Après tout, la plupart n’étaient que des immigrants, des réfugiés, des pauvres, parqués dans la partie défavorisée de Kensington, le plus prestigieux secteur de Londres.

(En 2006, des changements à la loi sur la sécurité incendie ont imposé alarmes et gicleurs, mais aux nouvelles constructions seulement.)

Les vrais coupables ?

Le chef du Parti travailliste, le marxiste Jeremy Corbin, n’a pu s’empêcher de classer l’hécatombe de Grenfell dans le dossier de la lutte des classes. Allant même jusqu’à suggérer de prendre d’assaut les résidences des riches étrangers de «l’autre» Kensington, pour y loger les victimes de l’incendie.

L’incendie de la tour Grenfell va mettre de la mine dans le crayon politique de Jeremy Corbin, surtout que la première ministre Theresa May a démontré autant de compassion qu’un 2X4.

Si les morts étaient pour la plupart des pauvres, c’est qu’ils étaient exploités par de riches propriétaires, n’est-ce pas?

Non. Grenfell était un projet d’habitation municipal. Un HLM.

Tout comme la tour Lakanal, dont le proprio, l’arrondissement de Southwark, a été condamné à une amende de 500 000 livres sterling.

Grenfell appartient à l’arrondissement de Kensington et Chelsea et sa gestion avait été confiée à un organisme parapublic local sans but lucratif.

Morts parce que pauvres, oui, mais c’est encore plus terrible quand on découvrira que tant de gens ont péri de façon atroce parce que des serviteurs de l’État les ont ignorés quand ils ont dit qu’ils avaient peur.