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Enquête tchadienne sur des condos montréalais

La justice africaine s’intéresse à notre enquête

Devanture bâtiments
Photo d'archives Un immeuble de la rue Peel qui a été la cible d’investisseurs tchadiens.

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Le Tchad vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur l’acquisition de biens immobiliers à Montréal par plusieurs membres de la belle-famille du président du pays, Idriss Déby, révélée dans un grand reportage du Journal le 3 juin.

«Nous avons eu des informations, par voie de presse, selon lesquelles des citoyens tchadiens qui ont eu des responsabilités ont acquis d’importants biens matériels», a déclaré à l’AFP le ministre de la Justice et des droits de l’Homme, Ahmat Mahamat Hassan. «Si cela est avéré, ils seront poursuivis.»

8,6 M$ investis

Au début du mois, notre Bureau d’enquête révélait que trois membres de la belle-famille du président tchadien et un de leurs contacts camerounais ont investi au total près de 8,6 M$ dans l’immobilier à Montréal, dans les quartiers Griffintown et de L’Île-des-Sœurs, presque toujours sans hypothèque.

Les transactions ont eu lieu de 2012 à 2016. À l’époque, tous les acheteurs occupaient des postes clés dans la gestion du pétrole et des finances du Tchad. Certains d’entre eux ont multiplié les controverses: valise de billets de banque aux frontières, allégations de détournement de fonds par les services secrets, conflits d’intérêts dans les marchés publics, commissions obscures dans les contrats pétroliers...

Ibrahim Hissein Bourma, Investisseur
Photo courtoisie
Ibrahim Hissein Bourma, Investisseur

 

Parmi eux, le plus important investisseur fut de loin le mari de la sœur de la première dame, Ibrahim Hissein Bourma. Ce millionnaire de 28 ans a investi près de 6 M$ à Montréal, surtout dans trois tours à condos du promoteur Devimco dans Griffintown, sans jamais prendre d’hypothèque.

Grande famille tchadienne

Héritier d’une grande famille d’entrepreneurs tchadienne, Bourma a dirigé la division des ventes de la Société des hydrocarbures du Tchad, la compagnie publique qui commercialise du pétrole pour l’État. En 2013, il s’est aussi fait pincer à l’aéroport du Caire avec 199 000 euros en liquide cachés dans sa valise, alors qu’il voyageait avec un passeport diplomatique vers Dubaï.

Ses avocats montréalais, Sabine Venturelli et Olivier Lessard, n’ont pas répondu au courriel de notre Bureau d’enquête hier.

Le frère de Hissein Bourma, Mahamat Zene, marié à une fille du président Idriss Déby, a aussi investi à Montréal. Jusqu’en 2016, cet homme d’affaires a occupé le poste de Trésorier payeur général, un haut fonctionnaire qui agit comme caissier de l’État. Mais en octobre, les services secrets du pays l’ont fait arrêter sur des soupçons de détournement de fonds.

-Avec l’Agence France-Presse