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Londres : pas de « Oui, mais... »

Londres : pas de  « Oui, mais... »
Photo AFP

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Quand j’ai entendu qu’un automobiliste avait foncé dans une foule à Londres, je me suis dit: «Tiens, encore un bouddhiste!»

Une façon sarcastique de dire: «Tiens, encore un islamiste!»

Eh bien non.

C’était un Britannique blanc qui allait à la chasse aux musulmans.

COMBATTRE DES IDÉES PAR DES IDÉES

Tout de suite, sur les médias sociaux, on pouvait lire des messages disant «Oui, mais ils l’ont cherché», ou «Oui, mais il faut comprendre les Britanniques, ils sont au bout du rouleau»...

Désolé, mais il n’y a pas de «Oui, mais...»

Rien ne justifie un geste violent comme celui-là.

«Oui, mais ce n’est pas un attentat terroriste...»

Désolé, mais qu’est-ce que c’était, sinon un crime destiné à terroriser la communauté musulmane de Londres?

«Oui, mais le gars ne faisait pas partie d’un réseau, d’une organisation...»

Un, on ne le sait pas.

Deux, il n’y a pas de différence entre un raciste qui se lève un matin en se disant qu’il va tuer des musulmans et un islamiste qui se lève un matin en disant qu’il va tuer des mécréants.

C’est le même délire, la même haine aveugle.

«Oui, mais c’était une mosquée radicale...»

Et alors? Ce n’est pas parce que tu sors d’une mosquée où des propos extrémistes ont déjà été entendus que tu es un extrémiste.

Et puis, on ne combat pas des idées par des actes violents, mais par d’autres idées.

C’est ça, une démocratie. Contrer des discours par des discours.

Pas en faisant couler le sang.

LE SPECTRE DE LA GUERRE CIVILE

On demande aux musulmans de dénoncer haut et fort les crimes commis au nom de leur religion?

Eh bien, il faut nous aussi dénoncer haut et fort les crimes commis au nom de la lutte au radicalisme.

Le racisme et l’islamisme sont les deux faces d’une même pièce, les deux têtes du même monstre.

Je suis sûr que ce qui est arrivé à Londres fait l’affaire des soldats d’Allah. Parce que c’est exactement ce qu’ils veulent: créer un climat propice au déclenchement d’une guerre civile.

Ce qu’ils veulent voir, ce qu’ils souhaitent, ce qu’ils espèrent de tout cœur, c’est que les musulmans et les non musulmans se battent, s’affrontent dans les rues des grandes capitales.

Qu’ils participent chacun de leur côté à jeter de l’huile sur le feu et à aggraver les tensions entre les communautés.

La guerre, si guerre il y a, n’est pas entre musulmans et non-musulmans.

C’est entre ceux qui aspirent à vivre en paix et ceux qui veulent tuer ou mourir pour leurs idées.

UNE LUTTE COMPLEXE

Le combat que nous devons mener se déploie sur quatre fronts.

Il faut lutter contre les islamo-fascistes, contre les racistes, contre ceux qui mettent les musulmans et les islamistes dans le même sac et contre ceux qui brandissent la menace de l’islamophobie pour taire toute critique.

Il faut se donner les moyens de lutter contre le radicalisme sans pour autant étouffer nos libertés individuelles.

Comme dirait l’autre: c’est pas de la tarte.

C’est un combat qui sera long et complexe.