/opinion/columnists
Navigation

Une toute nouvelle joute politique

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark La lutte pour le pouvoir risque de se faire autour d’un axe opposant le Parti libéral à la CAQ, les deux partis fédéralistes de droite.

Coup d'oeil sur cet article

Les grandes manœuvres préélectorales s’amorcent. Dans ce monde où les plaques tectoniques politiques bougent vite, bien imprudents ceux qui oseraient prédire le résultat des élections du 1er octobre 2018. La seule chose que j’oserais avancer est que la joute politique sera nouvelle et inédite.

Pour la première fois depuis la création du Parti québécois, le prochain scrutin ne reposera plus sur l’axe souveraineté-fédéralisme. En lieu et place, deux nouveaux axes s’entrecroiseront pour un dénouement franchement imprévisible.

À moins d’un revirement majeur – tout est possible, comme on le sait –, la lutte pour le pouvoir risque néanmoins de se faire autour d’un premier axe opposant le Parti libéral du Québec et la CAQ – à divers degrés, deux partis fédéralistes de droite.

Sur le deuxième axe, le Parti québécois et Québec solidaire – deux partis se disant souverainistes et progressistes – se diviseront les électeurs favorables à ce courant. Sans convergence PQ-QS, les deux alliés potentiels seront des adversaires acharnés.

Reconfiguration majeure

Ce qu’il faut surtout comprendre est que cette nouvelle dynamique aux lendemains incertains n’est pas un phénomène spontané. Elle est l’enfant des deux dernières décennies. Depuis la défaite serrée du Oui en 1995, cette reconfiguration majeure de la politique québécoise s’est construite brique par brique.

Au PQ, les trop nombreux virages et les mises en veilleuse de sa propre option souverainiste ont démobilisé une part croissante de sa base électorale et éloigné ses alliés traditionnels dans la société civile. Au fil des ans, la souveraineté comme objet central de débat collectif est tout simplement disparue du radar.

Idem pour la défense de la langue française, son corollaire. Alors que la «jeunesse» constituait le socle de ces deux combats, à force de ne plus y être exposées, les générations post-1995 sont allées voir ailleurs.

En réaction à l’obsession du déficit zéro, des progressistes déçus fonderont aussi Québec solidaire. Des nationalistes se sentant délestés et en quête de changement trouveront également refuge à l’ADQ, puis chez la CAQ.

Nouveaux axes éclatés

Le PLQ post-référendaire ne fut pas en reste. S’éloignant tout autant de sa propre identité moderne et nationaliste façonnée par les Lesage et Bourassa, l’arrivée de Jean Charest à sa tête en 1998 le métamorphose en formation fédéraliste inconditionnelle et néolibérale. Un virage inquiétant qui s’accélère sous Philippe Couillard.

Petit à petit, les principaux repères politiques et sociaux de l’après-Révolution tranquille ont volé en éclats. Comment s’étonner des nouveaux axes éclatés qui en résultent aujourd’hui? Ils sont le miroir d’un électorat francophone qui, toutes origines confondues, flotte en errance et qui, par conséquent, est divisé comme jamais. Même des indépendantistes convaincus commencent déjà à réfléchir à un néonationalisme post-souverainiste.

Sauf pour le Printemps érable et la première mouture d’Option nationale sous Jean-Martin Aussant, le Québec des dernières années s’éteint lentement sous une classe politique trop souvent à l’avenant. La joute dangereusement inédite qui s’annonce en est l’indéniable reflet.