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Hommage à mes finissants 2000-2017

Lors du gala Méritas 2017 à mon école, j'ai décidé de monter sur scène afin de démontrer un classique de mon cours de chimie. À la gauche, mon collègue de sciences Hugo Laplante et à la droite, mon directeur M. Christian Couture.
Steeve R. Baker Lors du gala Méritas 2017 à mon école, j'ai décidé de monter sur scène afin de démontrer un classique de mon cours de chimie. À la gauche, mon collègue de sciences Hugo Laplante et à la droite, mon directeur M. Christian Couture.

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D’abord, je tiens à vous féliciter. En effet, contrairement à environ 25 % de vos collègues, vous êtes diplômés. C’est tout à votre honneur. Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que j’ai pris une décision. À la suite de 18 années à enseigner la chimie de 5e secondaire, j’ai décidé de prendre ma retraite*

Vous m’avez probablement déjà entendu dire que j’arrêterais le jour où mon plaisir serait en décroissance. J’ai fait ce constat cette année.

Je fais mes boîtes cette semaine. C’est avec un petit pincement au cœur que je quitte mon local de chimie. Celui où vous êtes passés depuis le nouveau millénaire. Vous savez, ce genre de local digne d’une polyvalente des années 70 : un amas de ciment dépourvu de fenêtres. L’image qu’on se fait d’une prison.

Ce local, je le baptisais «l’antre du bonheur». Pendant toutes ces années, j’ai voulu vous transmettre l’idée qu’il était possible d’aimer les sciences. De comprendre que malgré la rigueur qu’exige la démarche scientifique, il est envisageable d’apprendre avec le sourire.

Je peux aussi vous dire que j’ai toujours conçu l’école comme un lieu où la culture générale passe bien avant mon cours.

D’ailleurs, je n’ai jamais vu mon cours comme une finalité. Seulement comme un moyen à ma disposition afin de vous connaître, vous voir grandir et évoluer. Pour vous aider à passer de la fin de votre «idiolescence» à l’âge des jeunes adultes autonomes et responsables...

C’est avec une grande fierté que je revois ou que j’entends parler de mes ex-élèves. Non pas parce qu’ils sont médecins, pharmaciens, enseignants, avocats, ingénieurs, serveurs, tireurs de joint, infirmiers, artistes ou autres.

Non. C’est parce que je me rappelle l’adolescent qu’ils étaient. On ne définit pas un individu par ce qu’il fait comme métier, mais par ce qu’il est.

De ce côté, je tiens à vous remercier. Vous en avez fait beaucoup pour moi. J’apprends à chaque année.

À titre d’exemples, il me suffit de penser à votre résilience face au deuil d’un proche, à votre capacité à vous relever d’un échec, à la sortie du placard de certains, au surdoué qui comprend que la vantardise attire le mépris et que l’humilité suscite l’admiration, etc.

Je vous mentionne souvent qu’il existe un phare dans la vie : l’attitude. À ce propos, je vous invite à lire La leçon de Jean Béliveau. J’ai écrit ce texte en pensant à nos échanges en classe.

En fait, je pense souvent à vous. C’est mon métier. Sachez que je vous lis aussi. Lors des journées moroses, celles où je remets mon choix de carrière en question, j’ouvre mes albums de finissants et je lis vos mots à mon intention. Ça chasse les nuages gris et ça m’apporte un doux rayon de soleil.

Je vous confirme qu’un prof aime sa matière, qu’il aime ses vacances et qu’il aime sa paye, mais par-dessus tout, ce qui le tient au travail et en vie, ce sont ses élèves. Ceux qu’il a vu grandir et changer lors de cette période tumultueuse.

Quel est mon souhait le plus cher? Qu'il vous reste un petit quelque chose de votre passage dans mon antre du bonheur.

Si vous voulez me faire plaisir, il suffit d’exploiter votre potentiel à sa juste valeur. Ayez confiance en vos moyens. Soyez positifs, déterminés, authentiques, honnêtes et équilibrés.

Pour ceux qui m’ont connu un peu plus jeune, sachez que j’ai maintenant trois enfants. Un peu comme vous, ils sont loin d’être parfaits. Ce n’est pas comme moi! (Vous connaissez ma devise : pour être heureux, l’important, c’est de se croire.)

Malgré tout, j’ai l’espoir de les voir bien vieillir. Vous savez pourquoi? Parce qu’à chaque année, je rencontre des adolescents à qui je veux que mes enfants ressemblent un jour.

Je découvre des personnes attachantes que je n’oublierai jamais. De ce fait, c’est une joie et un privilège de croiser votre route.

Merci!

C’est grâce à vous si j’aime encore ce métier.


* Par contre, inutile de pleurer ou de festoyer! Je demeure enseignant. J’ai uniquement besoin d’un nouveau défi : les mathématiques.