/news/currentevents
Navigation

L’homme abattu par le SPVM devait être expulsé le 1er juillet

Son comportement agressif dérangeait les autres locataires de l’immeuble

Vers 19 h mardi, les policiers ont été appelés concernant un homme qui était en train de tout démolir dans son appartement.
Photo Agence QMI, Erik Peters Vers 19 h mardi, les policiers ont été appelés concernant un homme qui était en train de tout démolir dans son appartement.

Coup d'oeil sur cet article

L’homme en crise abattu mardi soir par des policiers dans un immeuble de Montréal devait être expulsé de son appartement dès ce week-end en raison de ses comportements erratiques et agressifs.

Pierre Coriolan, 58 ans, avait provoqué le déplacement des pompiers à deux reprises, en septembre 2016, pour des débuts d’incendie, notamment en raison d’un chaudron oublié sur la cuisinière.

De plus, il dérangeait à répétition les autres locataires du HLM de l’avenue Robillard, souligne une récente décision de la Régie du logement ordonnant son expulsion le 1er juillet.

Des problèmes

« Depuis septembre, on avait beaucoup de problèmes avec lui, dit Claudine Laurin, directrice générale de la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal. Disons que sa marmite bouillait depuis septembre, et elle a éclaté. »

Vers 19 h mardi, les policiers ont été appelés concernant un homme qui était en train de tout démolir dans son appartement.

À leur arrivée dans le logement, à l’angle des rues Saint-André et Robillard, les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été confrontés à l’individu tenant un tournevis dans chaque main. Il était très agité et ne voulait pas lâcher ses armes.

Approches tentées

Devant l’insuccès du pistolet à impulsion électrique et des balles de caoutchouc, les policiers ont dû utiliser leurs armes à feu. M. Coriolan est décédé à l’hôpital.

« L’intervenante en soutien communautaire du logement a tenté des approches auprès de l’homme qui tenait des discours étranges et a jugé bon de faire intervenir le service d’urgence psychosociale du CLSC. Il n’y a pas, à sa connaissance, eu de suite à cela », peut-on lire dans la décision de la Régie du logement.

« On peut présumer qu’il n’a pas voulu s’aider. On ne peut pas obliger quelqu’un à moins qu’il représente un danger imminent. Il n’était pas perçu comme ça », indique pour sa part Claudine Laurin.

« Avant septembre, nous n’avions jamais eu de problèmes avec lui. Son état s’est mis à se dégrader », précise-t-elle au sujet de l’homme qui logeait dans le HLM depuis 2008.

Un voisin change de logement

D’ailleurs, devant les comportements dérangeants « continuels et réguliers » du quinquagénaire, un voisin de l’immeuble à loyer modique du quartier gai avait requis un changement de logement, lit-on dans la décision de la Régie.

M. Coriolan avait ainsi la manie de se mettre à crier soudainement et sans raison, puis de sortir fréquemment à l’extérieur, même en plein milieu de la nuit.

D’autres locataires ont dit ressentir beaucoup de stress causé par les agissements de M. Coriolan et se sentaient même intimidés, selon la décision.

Pierre Coriolan possédait un long casier judiciaire, essentiellement pour des infractions liées aux stupéfiants et de petits crimes comme des vols à l’étalage. Sa dernière condamnation remonte cependant à plus d’une douzaine d’années.

Les policiers ont tenté de raisonner l’homme en crise

Les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) auraient tout tenté pour maîtriser Pierre Coriolan avant d’être contraints d’ouvrir le feu, selon un homme qui a assisté à la scène.

Apparemment dans un état second, l’homme de 58 ans semblait insensible aux armes alternatives des agents, a relaté un locataire du HLM de la rue Robillard, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Selon lui, le pistolet à impulsion électrique et les balles de caoutchouc des policiers n’ont pas ébranlé Pierre Coriolan.

Même atteint de quelques projectiles, ce dernier continuait de se montrer agressif, a-t-il rapporté.

« Les policiers essayaient de le raisonner, mais il était hors de contrôle. Il n’écoutait pas lorsqu’ils lui disaient de lâcher ses armes et il était menaçant, a raconté le témoin. Même à terre, il ne voulait pas lâcher son arme et bougeait encore. On voyait qu’il voulait piquer les policiers. Ils ont bien agi dans les circonstances. »

« Bloc à problèmes »

Selon plusieurs locataires qui l’ont côtoyé ces dernières années, M. Coriolan souffrait de problèmes de santé mentale.

« Il ne parlait à personne, il était très renfermé. La nuit, il était bruyant et lâchait des cris tellement forts, sans raison. Je suis persuadé qu’il a fait une psychose », soutient Alain Beaulieu­­­, qui souligne habiter l’endroit depuis 22 ans.

Selon les locataires avec qui Le Journal a pu s’entretenir, le logement de l’avenue Robillard est « un vrai bloc à problèmes ».

« Depuis tout le temps que j’habite ici, je ne suis même plus surpris que ça se soit produit hier. Il y a des problèmes de consommation de drogues fortes, il y a tellement d’overdoses qu’on ne les compte plus », a déploré M. Beaulieu.

De nombreux vendeurs de drogue se trouveraient dans le secteur.

Le BEI enquête

Puisque des policiers ont été impliqués, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a été chargé de faire la lumière sur ce triste événement.

Douze enquêteurs du BEI, assistés de deux techniciens en identité judiciaire de la Sûreté du Québec, ont fouillé la scène et recueilli des éléments de preuve pendant de longues heures.

Il s’agit par ailleurs de la 50e enquête indépendante lancée par le BEI, qui fêtait sa première année d’existence mardi.