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Absence de recours pour les parents d’élèves du privé

Des parents d’enfants victimes d’intimidation sont insatisfaits des mesures mises en place dans une école privée

De gauche à droite : Véronique Perrault, Christine Gingras, Nancy Wood et Sonia Grenon. Ensemble, ces quatre mères dont les enfants ont subi des intimidations dans une école privée dénoncent les mesures mises en place pour gérer ces cas.
Photo Martin Alarie, agence QMI De gauche à droite : Véronique Perrault, Christine Gingras, Nancy Wood et Sonia Grenon. Ensemble, ces quatre mères dont les enfants ont subi des intimidations dans une école privée dénoncent les mesures mises en place pour gérer ces cas.

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Quatre mères insatisfaites de la manière dont une école privée a géré des cas d’intimidation se tournent en dernier recours vers le Protecteur du citoyen.

«Il n’y a aucun autre recours pour les élèves du privé parce qu’il n’y a pas de protecteur de l’élève», lance Christine Gingras, qui encourage d’autres parents à faire de même.

Cette mère multiplie les démarches depuis que sa fille a été victime d’intimidation en 2014, ce qui a mené à un diagnostic d’anxiété généralisée. Mme Gingras estime que l’école primaire privée que fréquentait sa fille, l’Académie des Sacrés-Cœurs à Saint-Bruno-de-Montarville, n’a pas mis en place toutes les mesures pour protéger son enfant, tout comme trois autres mères qui ont entrepris des démarches semblables.

De son côté, la direction de l’école n’a pas voulu commenter la situation parce qu’un processus de médiation est en cours.

À la Fédération des établissements d’enseignement privés, son président Jean-Marc St-Jacques reconnaît qu’il n’y a pas de mécanisme indépendant dans le réseau privé qui permet à des parents insatisfaits de se faire entendre. Ils peuvent toujours entreprendre des démarches auprès du conseil d’administration, mais «il n’y a pas de recours autres que par l’école», précise-t-il.

Dans un échange de courriels, le ministère de l’Éducation a par ailleurs expliqué à Mme Gingras que toutes les écoles sont tenues de mettre en place les mesures prévues dans leur plan de lutte contre l’intimidation. Le ministère ne peut toutefois porter de jugement sur la qualité de ces interventions, peut-on lire.

Un protecteur de l’élève au privé?

Dans le réseau public, des parents insatisfaits peuvent se tourner vers le protecteur de l’élève, qui relève de chaque commission scolaire. À la Coalition avenir Québec, le député Jean-François Roberge propose de modifier cette structure afin que des protecteurs de l’élève soit désignés pour chaque région, ce qui permettrait aussi d’inclure les écoles privées de ce territoire.

«Au public, le protecteur de l’élève est inefficace et au privé, il est inexistant», lance M. Roberge, qui précise que ce mécanisme pourrait être mise en place «à coût nul». Le député péquiste Alexandre Cloutier pense aussi que les parents dans le réseau privé devraient bénéficier «d’une véritable procédure d’appel».

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on rappelle que Sébastien Proulx s’est déjà montré ouvert à modifier le rôle du protecteur de l’élève pour l’élargir au privé. «Plusieurs scénarios sont évalués actuellement et nous travaillons en collaboration avec le protecteur du citoyen», a indiqué son attachée de presse, Marie Deschamps.

Or selon Claire Beaumont, titulaire de la chaire de recherche Sécurité et violence en milieu éducatif à l’Université Laval, l’important est que les parties en arrivent à «trouver un terrain d’entente», peu importe les structures en place.

De son côté, Mme Gingras précise que tout ce qu’elle réclame, ce sont des excuses de la part de la direction de l’école. «En envoyant nos enfants au privé, on pensait qu’ils seraient mieux protégés contre l’intimidation, laisse-t-elle tomber. On s’est trompé.»

LE PROTECTEUR DE L’ÉLÈVE SOUS LA LOUPE
 
Il y a dix ans, le Protecteur du citoyen avait recommandé au ministère de l’Éducation de doter le réseau scolaire d’un mécanisme de traitement des plaintes, ce qui a été fait en 2010 avec la mise en place d’un protecteur de l’élève dans chacune des commissions scolaires. Pour faire le point, le Protecteur du citoyen mène présentement un «état de situation» afin d’analyser les procédures qui ont été mises en place. Un rapport est prévu à l’automne.

Moins de services dans des écoles privées

Les professionnels qui sont aptes à gérer des cas d’intimidation sont moins nombreux dans certaines écoles privées que dans le réseau public.

C’est du moins l’avis de Denis Leclerc, président de l’Ordre des psychoéducateurs du Québec. Ce dernier précise toutefois que la situation varie d’une école à l’autre.

Mais dans les écoles qui sélectionnent leurs élèves, les services d’un psychologue ou d’un psychoéducateur se font plus rares, «puisque les clientèles les plus difficiles n’y sont pas», observe-t-il.

Or l’intimidation peut toucher tous les élèves, pas seulement ceux qui ont des problèmes de comportement ou des difficultés scolaires. «C’est un phénomène qui est aussi présent dans le public que dans le privé», précise M. Leclerc.

Par ailleurs, lorsqu’un plan d’intervention est élaboré, la démarche doit être faite par un professionnel dans les écoles publiques alors que les écoles privées ne sont pas soumises à la même obligation, précise-t-il.

À la Fédération des établissements d’enseignement privés, son président Jean-Marc St-Jacques affirme que les services varient énormément d’une école à l’autre. De manière générale, le nombre de professionnels dans le réseau privé est en hausse, indique-t-il, sans toutefois détenir de chiffres à ce sujet. M. St-Jacques rappelle que leurs écoles n’ont pas accès au financement supplémentaire accordé au réseau public pour des services aux élèves en difficulté, ce que réclame le réseau privé depuis plusieurs années.

«La pointe de l’iceberg»

La psychoéducatrice Isabelle Cyr a quant à elle accompagné plusieurs familles à la suite d’un manque de services dans des écoles privées. Lorsqu’elle travaillait dans le réseau public, elle a aussi vu plusieurs élèves quitter des écoles privées par manque de services, que ce soit pour des cas d’intimidation, de dépression ou encore d’anxiété. «Les écoles privées n’étaient pas en mesure de soutenir ces élèves», affirme-t-elle.

Le cas de ces quatre mères mécontentes du manque de service dans une école privée de la Rive-Sud de Montréal n’est que la «pointe de l’iceberg», selon Mme Cyr. «Il y en a beaucoup plus qui vivent ça. Il y a une loi du silence. Il y a des parents qui décident de tourner la page, mais qui n’en parleront jamais», affirme-t-elle.

De son côté, Claire Beaumont, titulaire de la chaire de recherche Sécurité et violence en milieu éducatif à l’Université Laval, rappelle que «toutes les écoles, quelles soient publiques ou privées, sont tenues d’offrir un environnement positif et tous les adultes ont le devoir d’assurer la sécurité des enfants».