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Cette fois, Justin Trudeau a raison

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Justin Trudeau a eu le culot de dire tout haute ce qu’une majorité de Québécois francophones disent entre eux :  ‘nous aut’, on est des pas pareils. On est des latins...’ avec tous les sous-entendus, pour la plupart sympathiques selon moi, que cette pensée colporte.

Non mais, quelle insulte, de rugir le Québec politique ! Nous, un peuple porté sur la fête, qui aime la vie, moins discipliné que ses voisins, un peu bordélique par moments ? Ben voyons donc, nous sommes tellement débrouillards et gentils.Comme si un annulait l'autre.

Le mot ‘désorganisé’ qu’il a utilisé n’était peut-être pas bien choisi mais tout le monde a compris ce qu’il voulait dire.

Du moins, je l’espère.

Attention aux généralisations

Attribuer des défauts – à des peuples entiers peut frôler le racisme. Tous les Allemands ne sont pas des maniaques de l’ordre. Tous les Français ne sont pas des râleurs. Tous les Américains ne sont pas stupides. Tous les Chinois, ou les Africains, ne se ressemblent pas. Mais en quoi est-ce mal de dire que les Italiens ont plus le sens de la fête et de l'amour que, disons, les Néo-Zélandais ?

Certaines cultures – rien à voir avec la race - partagent des traits indéniables. Prenons les protestants. Elle existe bel et bien cette éthique protestante qui place le travail et le devoir avant le plaisir. La social-démocratie telle qu’elle est pratiquée en Scandinavie exige beaucoup de discipline et d’abnégation pour fonctionner aussi bien qu’elle fonctionne. Ce qu’enseignent les églises protestantes, y compris les britanniques, depuis la Réforme

(Justin Trudeau en sait quelque chose car sa mère Margaret, née Sinclair, est de descendance écossaise. L’Église presbytérienne d’Écosse est une des plus rigides de toute la chrétienté en termes de dogme.)

Et puis il y a la culture populaire scandinave, issue des légendes de Vikings qui ne connaissaient pas la peur, le froid, la douleur. Ou la compassion. Ce qui ne fait pas des Scandinaves actuels des assoiffés de sang. Les clichés ont leurs limites...

Ici, le seul ‘héros’ dont la réputation a été construite sur le courage, Dollard des Ormeaux, a été déboulonné.

Avant de monter sur vos grands chevaux, abonnés du premier degré, j’espère que vous saisissez l’ironie dans mes propos. Bien sûr que nos ancêtres étaient courageux. On ne crée pas une société comme la nôtre en moins de 500 ans sans l’être.

Notre réputation internationale

Dans les années 80, j’ai travaillé pour la défunte société gouvernementale Téléglobe Canada responsable des communications internationales, satellites, câbles sous-marins, etc. Le patron du service des Relations internationales m’avait raconté un jour que les représentants des sociétés étrangères impliquées dans le même commerce adoraient tenir les rencontres à Montréal parce que les Québécois savaient faire la fête.

Tout le monde Chez Parée ! Le reste au Super Sexe !

Mais ils insistaient pour que les réunions sérieuses aient lieu à Toronto ou à Ottawa.

Et puis voilà qu’on s’insurge parce que Justin Trudeau a dit ce que tout le monde claironne depuis toujours. Nous ressemblons beaucoup plus à nos cousins louisianais dont la devise est ‘laisse le bon temps rouler’ qu’aux peuples germaniques qui aiment que tout soit in ordnung.

Le nier, c’est mentir.

D'ailleurs, le Justin qui se déguise, qui danse le bhangra penjabi en public comme un jeune premier de Bollywood, qui déparle, qui fait des câlins à une licorne en peluche, c'est le Justin québécois. Quel politicien et premier ministre de culture anglo l'imiterait ? Vous imaginez Stephen Harper ou Joe Clark ? Diefenbaker ? Pearson ? Sir John A. se jeter dans la cage d'escaliers pour rigoler, à la télévision ? Même son père, un hypercartésien formé chez les Jésuites, avait le sens du spectacle, de la pirouette, du glamour grâce à tempérament latin. .

Mario Beaulieu à la rescousse !

Cliché grotesque, a protesté Mario Beaulieu qui en sait une chose ou deux sur les clichés grotesques.

Je revois dans ma tête les images de M. Beaulieu, alors président du Mouvement Montréal français, déguisé en guide touristique à bord d’un autobus à ciel ouvert qui pointe du doigt les commerces aux noms anglophones de Montréal, notamment la bijouterie Birk (le nom des fondateurs !) et le magasin de vêtements Banana Republic, une marque de commerce américaine (faudrait-il dire La banane républicaine ?) pour prouver que le français est menacé dans la métropole.

Je ne dis pas que le français d’ici ne subit pas de pressions intenses du monde anglo-saxon, comme la plupart des cultures et des langues dans le monde, mais la discipline intellectuelle, le côté cartésien de Mario Beaulieu n’étaient certes pas à l’honneur ce jour-là.

Comment voir dans cette clownerie un geste ordonné, discipliné, voire intelligent ou même utile ? Mais bon. Mario Beaulieu n’en est pas à une contradiction près.

C’était franchement bordélique. Et ridicule.

Justin Trudeau en plein dans le mille

Justin Trudeau a raison de dire que nos ‘profondes racines latines’ rendent le Canada plus ‘dynamique’.

Grimper aux rideaux pour cette raison me fait bien rire, nous qui aimons nous moquer, en privé, des têtes carrées qui ont des balais dans le c.u.l.

Mais voilà, l’occasion était trop belle pour les ennemis du premier ministre de se faire du capital politique sur notre dos en nous dépeignant une fois encore comme des victimes.

Victimes, ben oui, victimes.

Trop souvent de nous-mêmes.