/opinion/blogs/columnists
Navigation

Omar Khadr : merci monsieur Trudeau

Omar Khadr
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Je vous remercie monsieur Trudeau d’avoir redonné au Canada son sens humanitaire en offrant des excuses, au nom du pays, à ce citoyen canadien fait enfant soldat. Je vous remercie aussi d’avoir approuvé une juste compensation pour les sévices qu’il a subis. Il faut faire preuve d’aveuglement volontaire pour croire qu’un enfant d’onze ans amené par son père dans un camp de djihadistes en Afghanistan méritait d’être torturé impunément par les américains à Guantanamo sous prétexte qu’il avait commis un crime de guerre en pleine connaissance de la portée de ses actes.

Après avoir visité la prison américaine de l’île de Phu Quoc où on y internait les Vietnamiens du Vietcong et du Nord, j’ai été en mesure de constater à quelles atrocités les soldats américains pouvaient s’adonner pour supposément arracher des renseignements en contrevenant aux traités internationaux qui commandent de  considérer les prisonniers de guerre avec respect et dignité. Je ne doute pas un seul instant que Guantanamo puisse avoir été un enfer pour Khadr et les autres prisonniers qui y séjournèrent, car l’histoire nous révèle que les États-Unis n’hésitent pas à agir dans l’illégalité sans même pouvoir prétendre à une quelconque légitimité.

La mort ou les blessures, qu’auraient présumément infligées Khadr à deux soldats américains, sont des évènements déplorables démontrant que la guerre est une sale affaire. Chaque perte de vie et mutilation sévère rappellent que la paix a bien meilleure goût et qu’il est infiniment triste que les superpuissances ne s’emploient pas à l’assurer en contribuant à un meilleur partage de la richesse dans le monde. Nous ne saurons fort probablement jamais la vérité sur les faits reprochés à Khadr et il faut se souvenir que ses aveux ont été arrachés sous la contrainte avec l’espoir pour celui-ci de se sortir de l’enfer. Quoiqu’il en soit, ce sont des soldats qui ont été atteints en Afghanistan et j’oserais dire  que c’était dans les risques de leur métier. Dans un tel cadre, il est plutôt loufoque qu’un tribunal américain ait émis un jugement imposant plus d’une centaine de millions de dollars en dommages et intérêts à être versés par  Omar Khadr aux familles de ces présumées victimes. À ce compte là, je ne sais combien de milliards de dollars devraient être réclamés par les familles irakiennes, afghanes, syriennes, vietnamiennes et beaucoup d’autres pour les dommages que l’empire leur a créés avec ses guerres et ses répressions.

D’autre part, il n’est guère surprenant de voir les conservateurs se montrer outrés des gestes de réparation du gouvernement Trudeau, car ils sont les premiers responsables des inconvénients subis par Khadr en ayant refusé de faire pression sur le gouvernement américain pour le rapatrier. L’étroitesse d’esprit de l’ancien premier ministre Harper dans ce dossier a mené au gâchis que les libéraux doivent réparer aujourd’hui. Les propos du député Paul-Hus qui balbutie son objection à la torture et qui considère l’internement de Khadr à Guantanamo mérité, reflète le manque de jugement qu’ont toujours eu les conservateurs en s’étant fait les petits valets de l’ex-président Bush.

Omar Khadr répondait aux caractéristiques d’un enfant soldat et il aurait dû bénéficier d’un traitement conséquent, à commencer par la protection de son pays. La Cour suprême a reconnu que le gouvernement Harper avait erré dans ce dossier, ce qui explique les obligations de compensation et les excuses d’aujourd’hui pour les bévues du précédent gouvernement. Il reste à espérer que cette humanité soit retrouvée pour longtemps et que nos gouvernants conserveront leur bon jugement dans l’avenir pour mettre à l’abri tous ces enfants engagés dans des guerres. Entretemps, espérons que les tribunaux canadiens ne se prêteront pas à une parodie de justice qui empêcherait Khadr de pouvoir jouir de la compensation financière parce que des familles américaines voudraient se l’approprier.