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Quelque chose de pourri

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Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de plus en plus dysfonctionnel de notre système de santé et de services sociaux. C’est de loin le plus gros secret de Polichinelle au Québec. Dans ma chronique d’hier, j’expliquais les effets pervers de l’omnipuissance de Gaétan Barrette, ministre responsable du gâchis actuel.

Hypercentralisation, gestionnaires déconnectés des vrais besoins dans la population, austérité, privatisation, gonflement de la rémunération des médecins, soins à domicile manquants, personnes vulnérables oubliées, omerta, absence de contrepoids, etc.

L’histoire retiendra un jour que le règne du docteur Barrette, sous l’œil approbateur de son premier ministre, lui aussi un médecin d’obédience affairiste, aura sûrement été le pire des dernières décennies.

Des chercheurs universitaires spécialisés en la matière concluent d’ailleurs à l’échec des « réformes » Barrette. Le ministre nie le tout. Dans sa perception des choses, toute analyse critique est fausse, voire, lance-t-il souvent, trop « négative ».

Déni

Quand le ministre n’est pas occupé à nier la réalité, il la banalise. Cette semaine, 10 des 19 membres du conseil d’administration de l’éléphantesque Centre universitaire de santé McGill (CUSM) démissionnent. Réaction du ministre : ça ira mieux après l’été.

Le Journal rapporte hier une « explosion de problèmes de santé psychologique » chez les employés du réseau de santé et de services sociaux sous la férule des « réformes » Barrette. Réaction du ministre : il y en avait avant aussi.

On lui parle des craintes fondées du personnel médical de l’hôpital pédiatrique Sainte-Justine, à la suite de son regroupement forcé avec le CHUM. Réaction du ministre : pas question de revenir en arrière.

Du moins selon sa propre auguste personne, le ministre Barrette a toujours raison. À ses yeux, ceux et celles qui vivent pourtant les conséquences nuisibles de sa gouverne – personnel médical et citoyens dont les soins et les services écopent – ont toujours tort.

Dernier recours

Devant un mur aussi étanche, le vrai problème, il va sans dire, est politique. Sous Philippe Couillard, le ministre Barrette s’est arrogé d’immenses pouvoirs aux risques et périls du système de santé.

Or, comme le ministre ne connaît pas le doute, comment réparer les pots cassés ? Le problème étant politique, la solution doit nécessairement l’être aussi­­­. Aux élections du 1er octobre 2018, le dernier recours des Québécois pour mettre fin à ce désastre sera l’isoloir.

D’ici là, les partis d’opposition devront­­­ mettre au jeu une vision concrète, humaniste et équitable des soins de santé et des services sociaux. Une vision aux antipodes du gouvernement actuel. Une vision misant sur la remise sur pied d’un système public de qualité et accessible.

Tous les partis parient sur l’éducation comme premier enjeu électoral, mais ils se trompent. L’éducation mérite un réinvestissement majeur, c’est certain. L’erreur serait toutefois d’oublier qu’une société plus juste repose sur trois socles essentiels : éducation, santé et services sociaux.

Dans une société vieillissante comme le Québec, ces trois socles sont plus indissociables que jamais.