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Le droit de ne rien faire?

Francois Blais
Photo Agence QMI, Simon Clark François Blais

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Cette semaine, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, recevait les réactions à la réforme de l’aide sociale qu’il prépare.

Il tient beaucoup à une idée devant laquelle nombre de gouvernements antérieurs ont reculé.

Il veut obliger les nouveaux prestataires de l’aide sociale, ceux qui s’y inscrivent pour la première fois, à suivre un programme de réinsertion dans le marché du travail, à retourner aux études ou à accepter un suivi social, par exemple dans un cas de toxicomanie.

S’ils acceptent, ils touchent une prestation supplémentaire. S’ils refusent, la prestation de base est réduite.

Raisonnable

Comprenons-nous bien : les mesures projetées ne s’appliqueraient qu’à ceux qui cognent à la porte de l’aide sociale pour la première fois, donc des jeunes.

Les autres ne sont pas visés.

En fait, sans le dire trop ouvertement, le gouvernement, en se concentrant sur les jeunes, reconnaît implicitement qu’il n’y a pas grand-chose à faire avec une bonne partie de ceux qui sont à l’aide sociale depuis des années et qui, souvent, transmettent ce mode de vie à leurs enfants.

Évidemment, une coalition d’organismes communautaires s’insurge, y voyant une sinistre manœuvre néo-libérale, ourdie en catimini au profit du patronat.

Seuls deux organismes patronaux, allègue cette coalition, sont venus soutenir cette réforme. Tous les autres intervenants sont contre, dit-elle.

L’explication est simple : sur ce dossier, les entreprises s’expriment toujours à travers des organisations parapluie, alors que le plus grand nombre possible d’organismes opposés, souvent de très petite taille, prend d’assaut les consultations.

Les organismes patronaux, disent les opposants à la réforme, « poussent dans le dos du gouvernement depuis des années pour qu’il y ait plus de gens qui acceptent leurs jobs ».

Oui, peut-être, mais où est le scandale ?

J’ai une petite entreprise. J’ai besoin de main-d’œuvre bon marché. Je vois des gens qui pourraient travailler.

Ce sera bon pour moi et bon pour eux. Je demande au gouvernement de les diriger vers moi.

Vous y voyez un problème ? Pas moi.

Évidemment, ce seront des emplois au salaire minimum.

Désolé, mais la vérité oblige à dire que le bagage académique et professionnel des jeunes qui aboutissent à l’aide sociale ne leur permet pas, du moins dans un premier temps, d’exiger plus.

Nombre de travailleurs saisonniers mexicains ne lèvent pas le nez sur ces emplois.

Non !

Prenons l’affaire sous un autre angle.

N’imposer aucune obligation à un jeune qui s’inscrit à l’aide sociale pour la première fois, et qui n’a pas un handicap trop débilitant, revient à lui reconnaître un droit de ne pas travailler.

Je dis non.

Mieux, c’est lui reconnaître un droit qui serait financé par ceux qui, tous les matins, même quand ils n’en ont pas envie, se lèvent pour aller travailler.

Je redis non.

Je ferai relâche pendant quelques semaines.