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Des citoyens prêts à tout pour sauver leur quartier

Des gens de Pointe-Calumet veulent éviter l’expropriation après les inondations

Michel Guérard craint que l’évaluation des dommages ne dépasse 50 % de la valeur de son évaluation municipale de 60 000 $.
Photo Geneviève Quessy Michel Guérard craint que l’évaluation des dommages ne dépasse 50 % de la valeur de son évaluation municipale de 60 000 $.

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POINTE-CALUMET | Des citoyens de Pointe-Calumet dont les résidences ont été endommagées par les inondations se préparent à dire non à une éventuelle expropriation. Ils veulent pouvoir reconstruire dans leur zone inondable.

Dans le secteur est de Pointe-Calumet, près du lac des Deux-Montagnes, les citoyens sont toujours en train de nettoyer, et les rues sont remplies de déchets et d’objets détruits par les inondations du printemps.

Les propriétaires de 58 résidences craignent d’être obligés de reconstruire ailleurs, puisque Québec pourrait les forcer à détruire leur résidence et qu’un règlement municipal les empêche de reconstruire à cet endroit.

En zone inondable

Les propriétaires souhaitent que le gouvernement leur permette de rester en zone inondable, ce que d’autres avaient obtenu après les inondations de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2011.

« Le décret de Saint-Jean-sur-Richelieu n’était peut-être pas parfait, il y a sûrement place à l’amélioration, mais c’est toujours mieux que ce qu’on nous a annoncé la semaine dernière », explique François Fex, résident de la 12e Rue, qui a décidé de convoquer une assemblée publique pour réunir les citoyens aujourd’hui.

Évaluation basse

Comme tous ses voisins, il a appris le 10 juillet que sa résidence devra être démolie si les dommages causés par les inondations s’élèvent à plus de 50 % de l’évaluation municipale. Or, les maisons de ce secteur, qui ne sont desservies ni par les égouts ni par l’aqueduc, ont une évaluation basse.

« Il y a des maisons dont l’évaluation municipale est fixée à 3500 $, ici. Juste enlever et remplacer le gyproc mouillé et on dépasse le 50 % », s’insurge François Fex.

Roger Moussa, propriétaire de 10 maisons et chalets qu’il offre à la location, pense carrément que le gouvernement s’attaque aux pauvres.

« C’est comme ça un peu partout dans les bandes riveraines. On construit de plus en plus de grosses résidences qui rapportent beaucoup de taxes aux municipalités, et les quartiers de petits pauvres, comme ici, on veut s’en débarrasser. Là, ce qu’on voit avec ce que le gouvernement veut faire, c’est que les pauvres vont perdre leurs maisons. »

Le règlement d’urbanisme de Pointe-Calumet adopté en avril 2013 interdit la construction de résidences dans les zones inondables 0-20 ans, et les 58 résidences de ce quartier se trouvent dans l’une de ces zones.

Pas d’argent

« C’est de l’évacuation à rabais. À la limite, on n’en veut pas, d’argent, on veut juste avoir le droit de rester chez nous », lance François Fex, prêt à se battre jusqu’au bout pour rester chez lui.

Plusieurs regrettent maintenant d’avoir déclaré les dommages au gouvernement.

« Avoir su ça avant, j’aurais fermé ma boîte, lance Michel Guérard, résident de la 7e Avenue. On croyait que les inspecteurs étaient là pour nous aider, on leur a fait confiance, et on se sent trahis, maintenant. »

Depuis 36 ans qu’il habite sa maison, c’était la première fois que son sous-sol était inondé. Même chose pour François Fex, dont un pan du solage s’est effondré. « Est-ce qu’on va déclarer notre quartier dangereux pour la reconstruction juste à cause d’une année pire que les autres ? » s’est-il demandé.

Ce qu’ils ont dit

Jacques Henry
Photo Geneviève Quessy
Jacques Henry

« Tout ce que je souhaite, c’est de pouvoir remettre la maison dans l’état où elle était avant l’inondation. Je ne veux pas de château, je veux juste vivre comme avant, continuer à pêcher. » –Jacques Henry

« Ça fait 36 ans qu’on habite ici. Malgré les rues inondées à chaque printemps, il n’y avait jamais eu une goutte d’eau dans le sous-sol avant cette année. Et là, tout d’un coup, on voudrait nous forcer à démolir. On a élevé nos enfants dans cette maison, c’est notre vie, nos souvenirs, on se sent trahi. » –Michel Guérard

« C’est la maison de mon père, décédé il y a 8 ans jour pour jour aujourd’hui, que je risque de perdre. Je capote solide, là, avec tout le stress et la dépression qui viennent avec. Ça me révolte au plus haut point de sentir qu’on se fait jouer ainsi. » –Steven Cloutier

Annette Hébert, François Fex, Robert Moussa et Marlène Farah résident dans le Domaine Royal, un quartier de Pointe-Calumet fortement éprouvé par les dernières inondations.
Photo Geneviève Quessy
Annette Hébert, François Fex, Robert Moussa et Marlène Farah résident dans le Domaine Royal, un quartier de Pointe-Calumet fortement éprouvé par les dernières inondations.

« Ca fait 46 ans qu’on est là. J’y ai vécu mon enfance, mon adolescence, c’est ma vie qui est ici. Des inondations, on en a vu, et même qu’on aime ça. Cette année, c’est la pire en 100 ans. Et alors ? Est-ce qu’on va pénaliser tout le monde ? Au pire, je n’en veux pas, de l’aide du gouvernement, mais qu’on ne vienne pas m’obliger à partir de chez moi. » –François Fex