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La défense plaide la théorie du complot

Elle croit que 10 présumées victimes seraient de mèche pour faire condamner un ex-religieux pour de l’argent

Réjean Trudel
Photo d'archives, Josée Hamelin L’ancien frère mariste Réjean Trudel, accusé d’avoir commis des agressions et des attouchements sexuels, devrait connaître le verdict du juge dans quelques semaines.

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SAINT-HYACINTHE | Dix présumées victimes d’un ex-religieux auraient comploté dans le but de lui soutirer de l’argent advenant une condamnation criminelle, selon la défense.

Dans sa plaidoirie présentée lundi, l’avocate de la défense, Mélissa Gagnon, n’a pas hésité à remettre en cause la crédibilité de chacun des 11 témoins appelés à la barre par la Couronne, dont 10 présumées victimes, dans le cadre du procès de l’ancien frère mariste Réjean Trudel.

Ce dernier est accusé d’avoir commis des agressions et des attouchements sexuels lorsqu’il était le responsable du centre Patro Lokal sur une période de 16 ans, entre 1970 et 1986. L’établissement accueillait des adolescents de 12 à 17 ans placés, à l’époque, par les services sociaux.

Menaces

Me Gagnon a rappelé plusieurs faits qui pourraient laisser croire que la possibilité de toucher une somme d’argent importante serait la motivation des témoins dans le cadre du recours collectif entamé en 2014 contre la communauté des Frères maristes.

« L’un des témoins a envoyé des courriels de menaces à la congrégation, dont un, le 14 avril 2014, affirmant que les Frères maristes avaient jusqu’au 18 avril pour lui verser la somme de 264 000 $, sinon il contacterait les médias pour faire part des abus dont il a été victime », a-t-elle plaidé.

De son côté, la procureure de la Couronne, Marie-Claude Morin, a condamné les propos tenus par sa collègue voulant que les présumées victimes aient porté plainte pour les mauvaises raisons.

« C’est drôle, mais c’est seulement lors des cas d’agressions sexuelles où l’on remet en question la crédibilité des témoins parce qu’ils demandent un dédommagement pécuniaire pour les sévices qu’ils ont vécus, alors que dans les autres cas du Code criminel, on n’en parle pas, a-t-elle expliqué dans son exposé. Par exemple, si un individu perd une jambe en raison d’une négligence criminelle, il a le droit d’être dédommagé. Pourquoi pas dans le cas d’une agression sexuelle ? »

Collusion ?

Selon les dires de l’avocate de la défense, les victimes se seraient rencontrées à plusieurs reprises pour élaborer un stratagème visant à inventer des histoires afin d’obtenir la condamnation de son client.

« Plusieurs témoins ont déposé leur plainte au criminel après avoir rejoint le recours collectif, a fait valoir Me Gagnon. Une condamnation au criminel peut avoir un impact dans un éventuel arrangement en lien avec le recours collectif. »

La procureure de la Couronne n’a pas hésité à remettre en question cette affirmation devant le juge Richard Marleau.

« Il n’est pas vrai que la décision rendue dans un procès criminel ait prépondérance sur la décision d’une cour civile ; ce sont des causes indépendantes, rien ne prouve que cela a un effet », a expliqué la procureure de la Couronne.

Me Morin a également tenu à préciser qu’il n’y a aucune preuve dans les témoignages qui démontrent que ceux-ci ont été contaminés lors d’une rencontre de type retrouvailles en 2013.