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Le piège des marges de crédit

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La récente hausse du taux directeur de la Banque du Canada risque de faire mentir le slogan d’une banque bien connue, qui devrait maintenant se lire : « Vous êtes moins riches que vous le croyez. »

Car même une hausse de seulement 0,25 % peut signifier la fin du party pour certains emprunteurs. On parle beaucoup de l’effet sur les prêts hypothécaires variables et à taux fixe, mais là où ça pourrait faire mal – surtout si les taux continuent de monter, comme le prévoient les économistes –, c’est sur les marges de crédit.

Les marges de crédit hypothécaires sont généralement à taux variable. Tout comme les marges de crédit « ordinaires », qui sont directement liées à la hausse ou à la baisse du taux préférentiel, lui-même lié au taux directeur. Résultat : les taux des marges de crédit ont déjà commencé à grimper à la suite de la décision de la Banque du Canada.

La maison comme guichet automatique

Le problème, c’est que les marges de crédit, qui ont amené plusieurs ces dernières années à se servir de leur maison comme d’un guichet automatique, sont devenues LE moteur de l’endettement des Canadiens. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) publiait justement un rapport sur la question au début du mois de juin.

Les soldes des marges de crédit hypothécaires ont explosé depuis 2000, passant de quelque 35 milliards de dollars à environ 186 G$ en 2010, soit un taux de croissance annuel moyen de 20 %. Pendant cette période, la part des marges de crédit hypothécaires dans la dette à la consommation (hors dette hypothécaire) est passée d’un peu plus de 10 % à près de 40 %.

Depuis 2011, le nombre de ménages ayant une marge de crédit hypothécaire assortie d’un prêt hypothécaire garanti par la valeur de leur résidence a augmenté de près de 40 %.

L’ACFC cite également une enquête récente menée par les Comptables professionnels agréés du Canada qui dévoilait que 41 % des titulaires d’une marge de crédit hypothécaire n’effectuaient pas régulièrement de paiements couvrant les intérêts et le principal, et 27 % effectuaient uniquement le paiement minimum exigé.

Enfin, la vaste majorité des marges de crédit hypothécaires n’étaient pas entièrement remboursées au moment de la vente de la maison.

Pas de panique... pour l’instant

Toujours selon l’ACFC, la popularité grandissante des marges de crédit a contribué au fait qu’aujourd’hui, les ménages canadiens ont 1,60 $ de dette pour chaque dollar de revenu disponible, alors qu’ils en avaient 1,07 $ en 2000.

Il n’y a pas encore lieu de paniquer pour une hausse de 0,25 % par la Banque du Canada. Mais si ces hausses se répètent, certains risquent d’avoir une désagréable surprise.