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Trump encore impopulaire malgré une économie forte

President Trump participates in a Made in America product showcase  - DC
AFP

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Six mois après son accession à la présidence, le taux d’approbation de Donald Trump continue de languir autour de 40% dans les moyennes de sondages. S’il est à ce point impopulaire alors que l’économie va bien, on est en droit de se demander si Trump pourra remonter la pente.

Dans l’opinion publique américaine, Donald Trump ne décolle toujours pas. La moyenne calculée par RealClearPolitics situe son taux d’approbation à 40% et celle de FiveThirtyEight.com le situe à 39%. Dans un cas ou dans l’autre, il s’agit de niveaux historiquement bas pour un président en début de mandat et les raisons qui expliquent cet état de fait ne sont pas liées aux facteurs qui expliquent habituellement les taux d’approbation des présidents américains.

Graphique 1: Taux d’approbation de Donald Trump selon la moyenne des sondages de RealClearPolitics, Janvier-juillet 2017

Blogue 2017 07 17 No 1

 

L’économie, la guerre et l’usure du temps

En effet, la plupart des études qui se sont penchées sur ces facteurs d’explication identifient les variables économiques en tête de liste des facteurs qui influencent les niveaux d’approbation du président. Les considérations liées aux conflits armés et autres événements qui rallient l’opinion, comme les attaques du 11 septembre 2001 et leurs suites, ont aussi un impact sur les taux d’approbation. L’explication est simple. Les échecs majeurs de politique étrangère comme la guerre du Viêtnam et celle d’Irak sont perçus par tous et généralement attribués à la responsabilité du président. Les fluctuations de l’économie affectent aussi concrètement le bien-être de l’ensemble de la population.

Le passage du temps est un autre facteur qui influence le taux d’approbation du président. Toutes les études sur l’évolution des taux d’approbation notent une période de grâce au début d’une administration présidentielle, où une partie substantielle des électeurs qui ont voté contre un président entrant lui accordent au minimum le bénéfice du doute pendant quelques mois. Ainsi, tous les présidents de Dwight Eisenhower à Barack Obama ont entamé leur mandat avec une majorité d’approbation, qu’ils ont conservée pendant plusieurs mois.

Pas de lune de miel pour Trump

Règle générale, donc, un président bénéficie d’une période favorable en début de mandat et, au fil du temps, l’approbation du public varie d’abord en fonction de l’état de l’économie et de la performance de l’administration dans les conflits armés si ceux-ci sont particulièrement saillants. Or, Donald Trump fait exception à toutes ces règles. S’il a pu bénéficier d’une amélioration momentanée de son taux d’approbation aux premiers jours de son mandat, sa stratégie de campagne axée sur la consolidation de sa base et les attaques systématiques contre son adversaire l’a empêché de faire le plein d’appuis chez les indépendants et démocrates. Selon l’indice composé compilé par le site FiveThirtyEight.com, Trump a commencé son mandat avec un solde modérément favorable dans l’opinion (45,5% d’approbation et 41,4% de désapprobation au jour 4). Ce n’est que le 14e jour de son mandat que les deux indicateurs se sont croisés. Depuis, la proportion d’électeurs qui désapprouvent la performance de Donald Trump progresse pendant que celle de ceux qui l’approuvent diminue.

Pourtant, les principaux indicateurs économiques se portent assez bien depuis janvier. Le chômage est passé de 4,8% en janvier à 4,3% en mai et 4,4% en juin. La croissance de l’emploi s’est maintenue au même taux que pendant les quelques années précédentes, tout comme la progression du PIB et l’inflation. La bourse continue de battre des records avec une progression solide des principaux indices depuis le début de l'année. De plus, les conflits armés dans lesquels les États-Unis sont impliqués ne donnent pas de signes évidents de s’empirer. Pourtant, l’approbation de la performance du président se détériore et bat des records de faiblesse. 

Les recherches en science politique ont démontré que même si une bonne partie de la population porte peu d’attention aux nouvelles politiques et ne suit pas les débats et scandales qui affectent la classe politique à Washington, l’état de l’économie a tendance à se refléter directement dans les niveaux d’appui au président. Dans le passé, les controverses et scandales divers ont donc eu moins d’effet sur l’approbation des présidents que les hauts et les bas de l’économie, à l’exception notable de l’affaire du Watergate... et de la présidence Trump.

Non seulement le président Trump a réussi à battre des records d’impopularité pour les premiers six mois d’un mandat présidentiel, mais il l’a fait dans un contexte où les principaux facteurs d’explication de l’approbation d’un président devraient lui être favorables. Si l’économie se mettait à battre de l’aile, il y a de bonnes raisons de croire que les chiffres de ses appuis chuteraient à des niveaux encore plus abyssaux. En effet, un sondage ABC/Wahington Post demande aux répondants de comparer Trump à ses prédécesseurs. Seuls 23% jugent qu’il fait un meilleur travail que ses prédécesseurs, alors que 50% soutiennent qu’il est pire (38% disent qu’il est beaucoup pire; 24% croient qu’il fait à peu près pareil). (voir les résultats du sondage ici)

Ce n’est pas tout. Les sondages effectués suite à la rencontre du G20 et aux révélations embarrassantes impliquant le fils de Donald Trump et ses contacts avec des agents russes pendant la campagne commencent tout juste à sortir et ils démontrent une chute marquée de la confiance accordée au président Trump dans presque toutes les dimensions de son travail. Par exemple, selon un sondage ABC/Wahington Post, deux Américains sur trois (67%) disent ne pas faire confiance à Donald Trump pour négocier avec les leaders mondiaux au nom des États-Unis. Si on spécifie que le leader en question est Vladimir Poutine, le résultat est sensiblement le même.

Trump pourra-t-il étendre sa «base»?

Si on plonge dans les détails des sondages récents, on constate que le noyau dur des partisans de Trump (ceux qui approuvent fortement son action en tant que président) représente environ un quart des électeurs. C’est ce quart des électeurs qui donnent des réponses systématiquement favorables aux points de vue de Trump, même quand ceux-ci sont largement discrédités par les faits. En effet, les sondages confirment que les électeurs de Donald Trump qui composent ce noyau dur vivent dans une bulle où les informations factuelles défavorables au président ne les atteignent pas.

Le calcul politique de Trump et des républicains consiste à miser sur ces appuis indéfectibles comme base d’appui et à reconquérir le centre de l’électorat en se fiant d’abord à la partisanerie et à l’opinion négative qui subsiste dans une bonne partie de la population à l’égard des démocrates. Toutefois, ce calcul néglige un élément fondamental qui est l’économie. Si les choses vont si mal pour Trump alors que l’économie va si bien, il n’est pas irréaliste de supposer que sa base ne résisterait pas à une récession ou à une période prolongée de croissance anémique. Bref, si le comportement de Trump ne change pas et si les scandales qui l’entourent ne disparaissent pas, les conditions qui pourraient l’amener à éviter d’être jugé par l’opinion publique américaine comme un des pires présidents de l’histoire des États-Unis risquent de ne jamais se présenter.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM