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Le cimetière qui divise

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C’est un « non » qui fait mal. Le refus par référendum d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire présente à nouveau l’image d’un Québec frileux et intolérant. Or, comme à l’habitude, l’image est trompeuse.

Certains résidents de cette petite municipalité de la région de Québec craignaient, certes à tort de voir pousser des mosquées dans leurs rangs. En même temps, 19 personnes seulement sur les 36 électeurs ayant voté – des chiffres ridiculement minuscules – ont dit « non ».

Certains ont voté « non » par peur des musulmans. D’autres, par contre, ont voté contre le projet d’un cimetière musulman entièrement séparé, tel que porté par le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), lieu de l’attentat sanglant du 29 janvier tuant six hommes de confession musulmane.

Débat complexe

Le résultat comporte certes une part sombre de préjugés, mais il expose aussi un désaccord de nature nettement plus philosophique. Un fossé profond sépare en effet les tenants d’un cimetière multi­confessionnel à ceux qui souhaitent un cimetière musulman séparé, dont le CCIQ, durement éprouvé par l’attentat du 29 janvier.

Bref, le « cas » de Saint-Apollinaire est l’expression d’un débat plus complexe qu’il n’y paraît. Un débat sur un « vivre ensemble » qui, pour certains, s’étend jusqu’au « mourir ensemble ». Le vrai défi étant celui-ci : comment le faire tout en respectant les non-croyances de même que des croyances de plus en plus diversifiées ?

Il faut savoir que ce même débat divise non seulement la petite municipalité de Saint-Apollinaire, il divise aussi les Québécois de confession musulmane, pratiquants ou non.

Pendant que le CCIQ défend le projet d’un cimetière musulman entièrement séparé, d’autres citoyens musulmans de la même région saluent quant à eux l’annonce d’une première section musulmane de 500 lots réservée au sein du cimetière Les Jardins de Québec à Saint-Augustin-de-Desmaures.

Par ailleurs, les besoins étant croissants, dans la grande région métropolitaine, on trouve déjà de plus en plus de sections réservées aux personnes de confession musulmane au sein de cimetières déjà existants.

Séparé ou pas ?

Favorisant elle-même la création de ces « carrés » musulmans dans des cimetières existants, selon Hadjira Belkacem, présidente de l’Association de la sépulture musulmane au Québec, l’idée de nouveaux cimetières séparés irait à l’encontre d’une intégration plus proactive à la société québécoise.

Voilà le vrai débat ouvert par le « cas » de Saint-Apollinaire. Doit-on favoriser la création de sections confessionnelles comme on en trouve plusieurs à Montréal dans des cimetières existants ? Ou doit-on ériger de nouveaux cimetières confessionnels séparés comme il en existe également depuis longtemps ?

Ce débat n’est pas simple, car il divise aussi les Québécois et les Québécoises de confession musulmane, toutes origines confondues. Se crier des noms de part et d’autre fait fi de cette réalité pourtant indéniable.

L’important est tout d’abord de combattre les préjugés parfois mutuels, mais de le faire en sachant que des différends majeurs sur ces questions sensibles traversent en fait toutes les composantes de la société québécoise.