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Qui sont les zombies, aujourd’hui?

George A. Romero
Photo AFP George A. Romero

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Comme vous le savez, le père des films de zombies, George A. Romero, est décé­dé dimanche.

En fait, contrairement à ce qu’ont dit les médias, Romero n’est pas vraiment le « père » des films de zombies. Il y a eu beaucoup de films de ce genre avant lui, et pas des moindres (comme Carnival of Souls, par exemple, tourné en 1962)...

Mais c’est le premier qui utilisa le personnage du zombie comme métaphore sociale.

CONSOMMATION ET RÉVOLUTION

Dans Night of the Living Dead, son premier film du genre tourné à la fin des turbulentes années 1960, le zombie est le symbole de l’establishment américain qui veut étouffer la voix de la contre-culture (représentée, ce qui était révolutionnaire pour l’époque, par un héros noir).

Dans Dawn of the Dead, son meilleur film à mon avis, le zombie incarne le consommateur moderne, hypnotisé par la pub et condamné à errer ad vitam æternam dans des centres commerciaux climatisés sans jamais satisfaire ses désirs...

Et dans Land of the Dead, son dernier long-métrage du genre, les zombies incarnent la mauvaise conscience de l’Occident, les déshérités de la mondialisation (le fameux 1 %) qui se regroupent et s’organisent pour revendiquer leurs droits et « faire payer les riches »...

Si Romero (l’un des artistes les plus influents du 20e siècle) était toujours vivant, ses prochains zombies représenteraient quel groupe social ?

Voici quelques idées...

LA TRIBU DES TÊTES PENCHÉES

Ils sont partout : dans les gares, dans la rue, aux abords des piscines, dans les hôtels et les restaurants, la tête constamment penchée sur leurs écrans lumineux, traînant les pieds, isolés dans leur bulle, les yeux hagards, attendant on ne sait quoi, on ne sait qui...

Contaminés par un virus qui a vu le jour dans un garage de Californie, ils se reproduisent à une vitesse fulgurante, transformant tous ceux qu’ils touchent en moribonds.

Ils se croient vivants, mais comme les humains de The Matrix, ils ne vivent pas vraiment, enfermés à jamais dans un cocon virtuel qui les sépare de la réalité.

LES ENFANTS DU LIVRE SACRÉ

Assommés par la Vérité, engourdis par Le Livre, endoctrinés dès l’enfance, ils rêvent de mettre la planète à feu et à sang afin de préparer la voie à la venue de leur Messie.

En attendant l’Apocalypse, ils avancent en titubant à coups d’accom­modements grâce à des complices occupant des postes clés dans la société civile.

Divisées en plusieurs sous-groupes, qui chacun prient un dieu différent, ces créatures disent être mues par le désir de faire le Bien. Mais en fait, elles sèment la haine et l’intolérance partout où elles passent.

Le gros problème avec ces zombies, c’est que rien ne les distingue des personnes normales, ce qui occasionne malheureusement plusieurs mépri­ses. C’est ainsi que de nombreux individus sains de corps et d’esprit ont été envoyés par erreur dans des centres de décontamination.

On a même nié à certains groupes le droit pourtant tout à fait légitime d’enterrer les leurs...

LA CHAPELLE

Le cerveau lavé par un dogme (qui se termine bien souvent en « isme » : progressisme, libéralisme, conservatisme, socialisme), ces zombies ont cessé de réfléchir depuis longtemps.

Ils se contentent de répéter mécaniquement des formules toutes faites...