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Référendum de la peur

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Il ne pouvait y avoir meilleur exemple que le rejet du projet de cimetière musulman à Saint-Apollinaire pour démontrer pourquoi des maires réclament depuis des années l’abolition du processus référendaire dans les municipalités du Québec.

Il est tout à fait inconcevable qu’une poignée de citoyens ait pu décider ainsi du sort d’un tel projet. Le tout s’inscrivait dans un débat de société beaucoup plus large que celui du simple aménagement d’un cimetière. Mais surtout, son rejet, plutôt que d’être porté par des motifs justifiables, a pris racine dans d’obscurs prétextes guidés par la peur et l’intolérance.

« La mécanique référendaire (...) ne sert que l’intérêt individuel de groupes organisés insatisfaits au détriment de l’intérêt collectif. Ces groupes qui font grand bruit éludent l’appui que peuvent recevoir les projets par une majorité de citoyens », avait déclaré le maire Labeaume lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 122.

En vertu de cette nouvelle loi, les municipalités adoptant une politique de participation publique ne seront plus obligées de tenir des référendums à la demande des citoyens sur des questions d’aménagement du territoire ou d’urbanisme.

Intolérance

Dans le cas de Saint-Apollinaire, le projet de cimetière était accueilli de manière plutôt favorable, et le maire s’était prononcé en faveur. Mais comme il impliquait un changement de zonage, des opposants ont pu obtenir un référendum après avoir réuni le petit nombre de signatures requis.

« Ils me font peur, les musulmans ». « Avez-vous réfléchi aux conséquences ? » « La prochaine fois, si les Hells cherchent un endroit pour bâtir un bunker, ça va être ici ? » Voilà autant de réflexions gênantes qui ont été avancées par des opposants.

Et pourtant, qu’est-ce qui pouvait bien faire peur dans ce projet ? Le fait qu’on y enterrerait des morts ? Des corps plutôt que des cendres ? Que des gens de religion musulmane ? Ou encore qu’on pourrait bien voir plus de musulmans au village ?

Quelle que puisse être la déplorable explication, on est ici bien loin de l’esprit derrière la tenue de référendums, qui devaient servir à autre chose qu’à seulement mobiliser les opposants et ainsi tuer les projets valables.